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L’Assemblée générale de l’Onu devrait être davantage qu’une immense caisse de résonance diplomatique

Une opinion de Raoul Delcorde, ambassadeur (hon) de Belgique, ancien directeur général adjoint des affaires multilatérales au SPF Affaires étrangèresNew York, en ce mois de septembre, l'Assemblée générale de l'...

Une opinion de Raoul Delcorde, ambassadeur (hon) de Belgique, ancien directeur général adjoint des affaires multilatérales au SPF Affaires étrangères

New York, en ce mois de septembre, l'Assemblée générale de l'Onu a commencé. Comme chaque année, les diplomates du monde entier se retrouvent sous le même toit. Mais jamais peut-être l'écart n'a paru aussi grand entre ce que représente l'Onu et ce que le monde attend d'elle.

Pour un diplomate belge, l'ouverture de l'Assemblée générale des Nations unies n'est pas un simple rendez-vous international. C'est le moment où, pendant quelques jours, la planète vient se parler, parfois pour se comprendre, souvent pour se confronter, et trop souvent pour constater son impuissance. À New York, il sera difficile de parler de diplomatie sans parler de la guerre. Ukraine, Gaza, Moyen-Orient, tensions entre grandes puissances : les crises ne sont plus à la périphérie de l'ordre international. Elles en occupent le centre.

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L'Assemblée générale reste pourtant l'un des rares lieux où tous les États, grands ou petits, peuvent prendre la parole à la même tribune. C'est précisément pourquoi son ouverture est aujourd'hui plus importante que jamais. Non parce que l'Onu aurait toutes les réponses, mais parce que le monde ne peut se permettre de renoncer à la question essentielle : comment empêcher que la force devienne la seule règle des relations internationales ? Cette semaine à New York, il s'agit de savoir si la diplomatie peut encore transformer le rapport de force en compromis, la confrontation en dialogue et les crises en solutions.

Pour la Belgique, qui a toujours fait du multilatéralisme et du droit international des instruments essentiels de son action extérieure, cette question n'est pas théorique. Elle est politique. Elle est diplomatique. Et elle est urgente.

Derrière les discours, les guerres

À New York, il sera difficile de parler de diplomatie sans parler des guerres. Car les conflits qui déchirent aujourd'hui le monde ne sont pas seulement des crises humanitaires ou des affrontements militaires : ils constituent un test grandeur nature pour la diplomatie internationale. Ukraine, Gaza, Soudan, Proche-Orient, mais aussi les tensions qui s'accumulent en Afrique, dans le Caucase ou en Asie : partout, la question est la même. La diplomatie peut-elle encore empêcher que le rapport de force militaire ne devienne la règle des relations internationales ?

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L'Assemblée générale reste le miroir de nos contradictions : une organisation universelle confrontée à des crises mondiales, à des États de plus en plus tentés par le rapport de force et l'unilatéralisme.

C'est là que se situe le paradoxe de l'Assemblée générale des Nations unies. Elle offre à presque tous les États une tribune pour parler de paix, de droit international et de règlement pacifique des différends. Mais elle se réunit alors même que plusieurs guerres montrent les limites de ces principes lorsqu'ils se heurtent aux intérêts nationaux et aux blocages institutionnels.

Le véritable enjeu de New York ne sera donc pas seulement de savoir qui condamnera qui, ni de compter les résolutions et les déclarations solennelles. Il sera de déterminer qui est encore capable de transformer une condamnation en action, une médiation en cessez-le-feu, et de faire de ce dernier le prélude d'un véritable accord de paix. Car une diplomatie qui se contente de constater les conflits risque de devenir le commentaire des guerres plutôt que leur alternative.

Plus nécessaire et plus difficile

La guerre n'a pourtant pas supprimé la diplomatie. Elle la rend au contraire plus nécessaire et plus difficile. Même lorsque les armes parlent, des canaux de communication subsistent, des médiateurs interviennent, des prisonniers sont échangés, des corridors humanitaires sont négociés, des cessez-le-feu sont recherchés. La diplomatie travaille souvent dans l'ombre, par étapes, par contacts indirects et par ce que l'on pourrait appeler une diplomatie des petits pas. Mais ces petits pas ne valent que s'ils conduisent quelque part.

C'est pourquoi l'Assemblée générale devrait être davantage qu'une immense caisse de résonance diplomatique. Elle doit rappeler aux États une responsabilité élémentaire : la paix ne se proclame pas, elle se construit. Elle exige des négociations, des médiateurs, des garanties, des compromis et, surtout, la volonté politique de les mettre en œuvre.

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À New York, la question essentielle ne sera donc sans doute pas : que dit la diplomatie face aux guerres ? Mais plutôt : que peut-elle encore faire pour que la guerre ne soit pas considérée comme l'ultime expression de la politique internationale ? C'est à cette question que les dirigeants devront répondre, non par des discours, mais par des actes.

À New York, le monde ne se réunit pas parce qu'il est d'accord. Il se réunit précisément parce qu'il ne l'est plus. L'Assemblée générale reste le miroir de nos contradictions : une organisation universelle confrontée à des crises mondiales, à des États de plus en plus tentés par le rapport de force et l'unilatéralisme.

Des engagements précis

Mais parler ne suffit plus. Dans les prochains mois, les gouvernements devront transformer leurs déclarations en engagements précis : négocier là où les conflits peuvent encore l'être, respecter le droit international, financer l'aide humanitaire et les opérations de paix, et rendre compte publiquement des engagements pris à New York. Le/la prochain(e) Secrétaire général(e) devra mettre sur la table des propositions concrètes de réforme et de prévention des conflits ; le Conseil de sécurité devra démontrer qu'il peut encore décider ; et les États membres devront accepter de discuter sérieusement de la représentation et du fonctionnement de l'Onu.

Le calendrier est connu : les décisions ne peuvent plus être renvoyées à la prochaine Assemblée générale. D'ici la fin de l'année, les premières mesures devraient être identifiables ; en 2027, elles devront pouvoir être mises en œuvre puis évaluées. C'est à cette condition que les discours de septembre prendront un sens.

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L'Assemblée générale n'a donc pas besoin de davantage de promesses. Elle a besoin d'un calendrier, et de résultats. À New York, les États viennent parler au nom de leurs peuples. Ils doivent désormais repartir avec des obligations envers eux, et envers le reste du monde.

Le temps des déclarations doit laisser place au temps des décisions.


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