L’Arizona est-elle entièrement responsable de la dette et du déficit belge ? - RTBF Actus
Sur le plateau de "QR le débat" ce mercredi, l’économiste Hélène Latzer (UCLouvain) explique ceci : "Globalement, ce n’est pas uniquement la responsabilité du gouvernement actuel. On hérite d’une situation qui ...
Sur le plateau de "QR le débat" ce mercredi, l’économiste Hélène Latzer (UCLouvain) explique ceci : "Globalement, ce n’est pas uniquement la responsabilité du gouvernement actuel. On hérite d’une situation qui s’est constituée avec les années. Les 10 milliards en plus dont il est question actuellement et qu’il va falloir trouver sont la résultante d’un certain nombre de chocs inattendus ou, à tout le moins, pas totalement intégrés au scénario initial. Certaines dépenses ont augmenté plus rapidement que prévu à cause de nouveaux événements comme les dépenses de défense qui ont été fortement revues à la hausse à cause des événements géopolitiques et peut-être surtout les nouveaux chocs sur l’énergie qu’il y a eu ces derniers mois, l’inflation qui en a résulté et la remontée des taux".
"Pour un État très endetté, des taux qui remontent sont une facture beaucoup plus lourde", ajoute-t-elle. "Très simplement, une partie de la dette a été contractée presque gratuitement à une période où les taux étaient presque nuls. Au fur et à mesure, une partie de la dette est arrivée à échéance. On fait rouler la dette, c’est-à-dire qu’on réemprunte pour rembourser les emprunts qui avaient été contractés initialement. Et le problème, c’est qu’on réemprunte à des taux beaucoup plus élevés qu’avant. Donc, même si la dette ne bouge pas, elle nous coûte progressivement plus cher et les dépenses augmentent automatiquement. Malheureusement, on ne peut rien y faire. Ce n’est donc pas uniquement le gouvernement actuel, même si on peut reprocher éventuellement des hypothèses sur des effets retour qui avaient été peut-être trop ambitieuses ou qui mettent du temps à se matérialiser. C’est aussi l’héritage d’une situation qui s’est construite avec les années et de chocs inattendus".
Le déficit actuel est la responsabilité de l’Arizona seule
Pierre-Yves Dermagne, chef de file du PS à la Chambre
Des propos qui font réagir l’opposition. "Si bien entendu, on ne peut pas imputer toute la dette à l’Arizona, le déficit actuel est la responsabilité de l’Arizona seule", déclare Pierre-Yves Dermagne, chef de file du PS à la Chambre. Selon lui, le contexte international et les dépenses dans la défense n’expliquent que très peu l’augmentation du déficit. "Les 2% d’investissement dans la défense étaient prévus dans la trajectoire budgétaire de l’Arizona depuis la mise en place du gouvernement", un investissement qui ne devait pas empêcher le gouvernement de ramener le déficit à 3%, rappelle-t-il.
Par ailleurs, le rapport qu’a publié le comité de monitoring en mars 2026 avant le déclenchement de la guerre en Iran "actait déjà un doublement du déficit de l’Arizona, passant de 17 milliards d’euros à la fin de la Vivaldi à 36 milliards d’euros dans le rapport du COMO début mars. Ce rapport ne tenait pas encore compte de la dégradation des paramètres macroéconomiques liés à la guerre en Iran", affirme-t-il encore.
"Et dans le contexte général de l’augmentation des taux (d’emprunts, ndlr), il y a quand même un facteur aggravant qui est la baisse de la crédibilité de la Belgique sur les marchés financiers et les agences de notation. Les agences ont dégradé la note de la Belgique sous l’Arizona en pointant l’incapacité de réformer ou encore la lenteur des processus".
Sur le plateau, le député fédéral Michel De Maegd (Les Engagés) demandait de faire preuve de patience. "Les mesures votées au Parlement ne prennent pas leur impact plein avant parfois 5 ans. Mais ce n’est pas un échec de l’Arizona. La procédure de déficit excessive dans laquelle notre pays est placé date de juillet 2024, après la Vivaldi. Le gouvernement Arizona n’existait pas encore à l’époque. Donc, cela montre bien que nous sommes aussi en train de gérer l’héritage du passé".
De plus, "le gouvernement corrige déjà la trajectoire. Le déficit annoncé par le comité de monitoring était annoncé à 6%. Or, nous sommes déjà redescendus sous la barre des 5% avec les mesures de l’Arizona. Bien sûr, ce n’est pas la panacée puisque nous devons arriver à 3%".
"Les effets retour annoncés dans le budget initial de l’Arizona étaient de quasiment 8,5 milliards d’euros !", enchaîne Pierre-Yves Dermagne. "C’est du jamais vu, totalement inconcevable. A tel point que la Cour des comptes a dit que ces milliards devraient être ramenés à 0 puisqu’il y avait de l’incertitude par rapport à ces montants. Les budgets ont été faits sur la base de recettes surestimées, de diminutions de dépenses surestimées également. Et quand on réduit le pouvoir d’achat des ménages, cela a une influence sur l’économie, la croissance et, au final, sur les finances publiques".
A propos de la dette, Julien Vandernoot tient le même discours que le PS : "Tout parti politique qui a un jour été au pouvoir, qui a un jour approuvé un budget, a une part de responsabilité dans la dette publique".
En revanche, en ce qui concerne le déficit, "il y a une responsabilité accrue du gouvernement dans le résultat budgétaire, et moins de l’opposition. Mais il faut nuancer", affirme-t-il. "C’est bien le gouvernement qui prépare un budget avec des recettes et des dépenses qu’il soumet ensuite au Parlement. Si les prévisions se réalisent, on arrive à ce que le gouvernement a voulu. Le problème, c’est que vous allez avoir des écarts". En effet, "certains éléments dépendent du gouvernement et d’autres pas".
Comme Hélène Latzer le disait, c’est le cas par exemple des intérêts de la dette qui augmentent en raison du contexte géopolitique ou de l’augmentation de la dette publique. Une dette publique pour laquelle, rappelons-le, tous les gouvernements sont responsables. "On ne peut pas dire qu’un gouvernement arrive au pouvoir sans rien avoir à gérer. Il arrive avec des éléments qui dépendent des gouvernements antérieurs".
Toutefois, "le gouvernement actuel a pris un certain nombre de mesures qui laissent penser que la prudence aurait dû le guider dans un sens complètement contraire ou, à tout le moins, beaucoup plus modéré", Conformément à ce qu’expliquait le PS, "la Cour des comptes a notamment critiqué tout ce qui était anticipation des effets retour du gouvernement actuel. Les anticipations en matière d’augmentation des recettes générées par les nouveaux emplois créés ont été trop positives. Il y a aussi eu toute une série d’augmentations de certaines catégories de dépenses sans qu’elles ne soient accompagnées d’une augmentation de recettes".
En effet, comme le soulignait le président du MR, Georges-Louis Bouchez, sur La Première, les recettes de l’Etat représentent aujourd’hui 49,5% du PIB, contre 54,5% de dépenses. Le gouvernement dépense plus que ce qu’il ne reçoit.