L’Arizona au pied du mur pour sa rentrée : nos experts sont d’accord, il faudra faire des économies et trouver de nouvelles recettes
1) Ces dix milliards à trouver, est-ce l’épreuve de vérité pour le gouvernement De Wever ? « Le gouvernement a déjà pensé à plusieurs reprises qu’il venait de conclure son dernier grand accord budgétaire, mais ...
1) Ces dix milliards à trouver, est-ce l’épreuve de vérité pour le gouvernement De Wever ? « Le gouvernement a déjà pensé à plusieurs reprises qu’il venait de conclure son dernier grand accord budgétaire, mais la réalité l’a ensuite contraint à organiser un nouveau round parce que les chiffres continuent de déraper. Personne ne sait s’il s’agit du dernier grand accord, nous verrons bien », réagit Carl Devos (Université de Gand).
Élections ? Quelles élections ?
« Chaque accord devient un peu plus difficile et, à chaque fois, nous nous rapprochons aussi un peu plus des élections. Les responsables politiques ne devraient pas y penser, mais ils le font tout de même discrètement (…) Après tout, nous ne sommes encore qu’en septembre 2026. Il nous reste encore deux années complètes (2027 et 2028) sans élections », précise M. Devos.
Pierre Verjans (Université de Liège) partage cet avis : « Ce sera une épreuve de vérité de plus, un pas important, mais il y en aura d’autres. Même si certains projets ont été affirmés fortement, les accords sur les détails n’ont pas toujours été simples. Cette coalition est née difficilement, elle est fragile et ça continuera à chaque exercice budgétaire, à chaque concrétisation d’un point de l’accord de gouvernement. Avec dix milliards à trouver, les tensions seront très fortes. »
2) Vu la hausse des taux d’intérêt (rentes à long terme), faudra-t-il trouver plus que dix milliards ? C’est, bien sûr, une mauvaise nouvelle pour celui qui emprunte et un État emprunte beaucoup… Si le gouvernement s’est accordé en juillet pour réaliser, d’ici 2029, un effort non pas de 7,7 milliards, mais de 10 milliards d’euros, c’est pour anticiper la boule de neige des taux intérêts qui, selon le Comité de monitoring, se mettra en mouvement à partir de 2031… Et, bien sûr, pour rester le plus près possible des 3 % de déficit admis par l’Europe, un objectif, soit dit en passant, déjà inatteignable pour cette législature.
« Chaque accord devient un peu plus difficile et, à chaque fois, nous nous rapprochons un peu plus des élections. Les responsables politiques ne devraient pas y penser, mais ils le font tout de même »
Entre autres déclarations épinglées cette semaine, celle de Koen De Leus dans la presse flamande. Il est économiste en chef à BNP Paribas Fortis. « Si nous voulons rester sur la trajectoire tracée pour nous par la Commission européenne afin de réduire la dette et le déficit d’ici 2032, nous devrons trouver chaque année 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires. »
Bref, malgré les économies décidées lors de l’accord de gouvernement de fin janvier 2025 (22 milliards) et celles de l’accord de fin novembre (9 milliards), on n’est pas sorti de l’auberge…
3) Cette coalition est-elle capable de faire des accords sans « chameau puant » ? Pour reprendre l’expression du Premier ministre lorsque l’accord tarabiscoté de novembre 2025 sur la TVA s’était effondré.
« Il faudrait tout pouvoir remettre à plat rationnellement, cela pourrait faciliter les décisions », lance M. Verjans… « Mais les politiques sont aussi « des animaux émotionnels ». La vie politique actuelle ressemble à du football panique : on fait des concessions au dernier moment et il y a toujours le risque d’en voir sortir des « horreurs ». Cela ne se passe pas que chez nous. Regardez la France. »
« Nous devons espérer que la coalition a tiré les leçons de ses erreurs précédentes », renchérit Carl Devos. « L’Arizona a la mauvaise habitude de rechercher un compromis très poussé au sein de chaque mesure prise séparément qui est rendue tellement complexe qu’elle rapporte moins et devient difficile à mettre en œuvre. C’est une preuve de méfiance. Il serait préférable de rechercher le compromis sur l’ensemble des mesures. »
« La vie politique actuelle ressemble à du football panique ; on fait des concessions au dernier moment et il y a toujours le risque d’en voir sortir des ‘horreurs’ »
4) Faudra-t-il jouer les prolongations, comme l’an dernier, jusqu’à la fin novembre ? La préparation technique a débuté avant même les vacances des ministres. L’objectif est de parvenir à un accord d’ici la fin septembre… Ou au plus tard, à la mi-octobre quand Bart de Wever est attendu à la Chambre pour son discours sur « l’état de l’Union ». C’est aussi à la mi-octobre que l’Europe attend notre budget.
Pour Carl Devos, un mois pour la négociation politique doit suffire. « Les positions sont connues. C’est réalisable s’il existe une volonté politique et de la confiance. » Mais rien ne s’arrêtera une fois l’accord conclu, dit l’expert. « Le budget restera le thème central. Comme dans les années de crise de Martens et Dehaene. Je ne m’attendrais pas à ce que toutes les mesures permettant de trouver 10 milliards soient prêtes pour fin septembre. »
« Ce sera une épreuve de vérité, une de plus. Ceci est un pas important, mais il y en aura d’autres »
5) La question est posée à chaque difficulté, mais y a-t-il, cette fois, un risque réel de voir le gouvernement tomber ? Toujours ce petit parfum de crise… Avec son lot de réflexions : De Wever n’aurait pas de bon bilan budgétaire, mais pourrait reporter la faute sur les autres partis et, de toute façon, la N-VA se porte bien dans les sondages. Au contraire du MR, mais qui pourrait se positionner comme le défenseur du pouvoir d’achat et puis, son président, Georges-Louis Bouchez, est une telle « bête de campagne électorale ».
Quant aux Engagés, les derniers sondages pourraient les convaincre que le résultat de 2024 ne resterait pas une exception… Stop ! Une chute du gouvernement ferait désordre, encore plus avec une situation budgétaire aussi délicate et aucun parti n’y a vraiment intérêt.
« Les hommes en colère »
« Je n’ai pas l’impression que le risque soit plus élevé cette fois, mais ce sera un moment tendu où tout peut toujours basculer », estime M. Verjans. « Chacun a déjà dû avaler tant de couleuvres depuis le début (…) Personne n’a intérêt à faire tomber le gouvernement. Personne ne peut se départir de l’image du bon père de famille pour jouer « les hommes en colère ». Cela ne leur sera pas permis. »
« Nous pouvons nous attendre à beaucoup de tensions, à un certain spectacle et à un « parfum de crise ». Cela fait partie du jeu », dit Carl Devos. « Si ça devient très difficile, on murmurera que la chute du gouvernement est proche. Ce rituel est parfois nécessaire pour parvenir à un accord : tous les partis veulent prouver à leur base qu’ils sont allés jusqu’au bout pour éviter la crise »
« Une chute du gouvernement ? Personne ne peut se le permettre. Même pour la N-VA, ça constituerait une lourde défaite »
M. Devos n’exclut pas un scénario où le Premier ministre présenterait sa démission au Roi… qui la tiendrait en délibéré ou la refuserait. « Peut-on, sur la base de la répartition actuelle des sièges, former une majorité alternative ? Cela semble impossible avec le PS. On irait alors aux élections. Ce serait une catastrophe pour le pays, sans doute aussi pour la plupart des partenaires qui seraient probablement sanctionnés par les électeurs. Personne ne peut se le permettre. Même pour la N-VA, ça constituerait une lourde défaite. »
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