L’arachnodactylie de Monsieur Paganini ?
Nous sommes en 1857, Nicolo Paganini (1782-1840) est un grand adolescent, cela ne l'empêche pas d'apprendre patiemment la mandoline sur les genoux de son père. Le jeune homme a déjà ce regard vaguement inquiéta...
Nous sommes en 1857, Nicolo Paganini (1782-1840) est un grand adolescent, cela ne l'empêche pas d'apprendre patiemment la mandoline sur les genoux de son père. Le jeune homme a déjà ce regard vaguement inquiétant, l'œil scrofuleux, la mèche rebelle. Mais l'habit ne fait pas le moine. Troquant sa mandoline pour un violon, il va petit à petit en redéfinir chaque code sans pour autant, opérer de révolution copernicienne : on pense à cette phrase du claveciniste Christophe Rousset qui, à propos de Mozart, se livrait à un constat plus ou moins comparable : "Le jeune génie n'a rien intenté, il a simplement pris sur lui d'additionner toutes les difficultés de l'instrument".
Si l'association avec le malin, quelles qu'en soient les fins (tirage favorable aux osselets, moisson abondante de blé), a longtemps causé bien des misères à celles (oui, autorisons-nous ce féminin) qui pactisaient l'ange déchu. Il faudra le mythe de Faust pour qu'on finisse par trouver un certain panache à l'artiste – faisant fi de la vie après la mort – qui brillerait de mille feux de son vivant, recevant les hourras les foules extatiques, incrédules d'avoir assisté à un miracle tel que de chrétiennes oreilles n'en eurent jamais entendues de telles. Goethe et Faust ont donc été à la base d'accusations d'intelligence avec la bête bi ongulée et Paganini ne fut pas le seul à en souffrir. Locatelli (1695-1764), par exemple dans ses concerti pour violon et ensemble, parvient à faire passer Paganini pour André Rieu un jour de pluie à Maastricht.
"Je n'ai fait qu'un chef-d'œuvre, c'est le Boléro, malheureusement, il est vide de musique"Le diable ou Dorian Gray
Mais ce diable de Paganini tient autant d'une incarnation du portrait de Dorian Gray. Star adulée, il a été abondamment peint et même sculpté. Or le moins que l'on puisse dire est, qu'au fil du temps, le type a commencé à perdre du poids, à s'avachir, à perdre ses cheveux et sa voix. Tout cela, la science moderne n'a aucun mal à l'attribuer à la syphilis ou à la tuberculose ce qui lui valut — peste ou le choléra, c'est chou vert et vert chou — de larges injections de mercure dont les méfaits sont aujourd'hui largement documentés.
Restent ces doigts invraisemblables que certains n'hésitent pas qualifier d'araignées géantes ; on repense ici au virtuose du clavier Wladimir Horowitz, dont les doigts filmés au ralenti, évoquent le vol majestueux et prudent de la libellule. Point de libellules pour Paganini, mais deux hypothèses avancées avec une prudence de Sioux : le Syndrome de Marfan, occasionnant une grande raideur y compris jusqu'au bout de ses métatarses, mais ce syndrome était généralement associé à des problèmes cardiovasculaires, dont Paganini ne souffrait pas. Reste le Syndrome d'Ehlers-Danlos, théorisé par le Pr. Danlos de la National Library of Medicine, qui explique l'étonnante souplesse des membres de Paganini, mais impute – lui aussi – en spécialiste de la syphilis, la fin précoce de Paganini aux doses létales qu'on lui aurait injecté de cette substance.
Les insomnies et les hallucinations hypnagogiques ont nourri l'œuvre onirique de KafkaPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.