« L’ambiance était dingue, tellement démentielle que j’ai vraiment cru que j’allais gagner le Tour »… David Smétanine, le nageur double champion paralympique passé par Antibes, raconte son ascension de l’Alpe d’Huez en fauteuil roulant, réussie vendredi en marge de la Grande Boucle
David Smétanine, ancien nageur double champion paralympique en 2008 à Pékin, a gravi l’Alpe d’Huez, ce vendredi 24 juillet, quelques heures avant les coureurs du Tour de France. Longtemps licencié à Antibes, au Cercle des nageurs et à l’Handisport Antibes Méditerranée, le Grenoblois a gardé des lien
David Smétanine a gagné un sacré pari. Ce vendredi 24 juillet, à l’occasion de la 19e étape du Tour de France, l’ex-nageur paralympique de 51 ans, porte-drapeau de l’équipe de France lors des Jeux de Paris en 2024, a gravi l’Alpe d’Huez avec son fauteuil roulant.
L’ex-licencié du Cercle des nageurs d’Antibes, tétraplégique partiel à la suite d’un accident de voiture survenu à l’âge de 21 ans, a avalé la mythique ascension dans la matinée, quelques heures avant les coureurs de la Grande Boucle. Il a mis 7h.
Contacté ce samedi, l’athlète, chaudement encouragé par les 600 000 supporters amassés le long de la route, revient sur cet authentique exploit. « J’ai eu des encouragements du monde entier. L’ambiance était dingue, tellement démentielle que j’avais l’impression d’avoir le maillot jaune sur les épaules alors que j’avais celui de l’équipe de France. J’ai vraiment cru que j’allais gagner le Tour (sourire). Il y avait de la fumée, des cornes de brume. J’ai même vu des mecs faire démarrer une tronçonneuse pour faire du bruit. D’autres tapaient sur les pancartes publicitaires pour m’encourager. C’était hallucinant, aussi fort que les Jeux de Paris. »
Les autorités ont accepté de lui ouvrir l’axé aux cinq derniers kilomètres, fermés à la circulation, mais il a dû stopper son effort à deux bornes de la ligne franchie plus tard par les coureurs, puisque la caravane publicitaire se rapprochait. Il n’en a tiré aucune frustration, fier d’avoir été au bout des 21 lacets mythiques. « J’ai franchi le virage 1 donc j’ai fait toute la montée », insiste-t-il.
« L’effort le plus dur de (sa) vie »
S’il a mis un terme à sa carrière au haut niveau il y a deux ans, Smétanine continue de stimuler le sportif qu’il a toujours été.
« Je me lance d’autres défis, pose-t-il. Ce sont des choses un peu hors de mon domaine de compétence au départ, mais qui sont tellement motivantes. L’Alpe d’Huez, c’est chez moi, et c’est quelque chose que je rêvais de faire un jour. Là, l’opportunité m’était donnée avec une telle ambiance et autant de monde. Quand on m’a ouvert les cinq derniers kilomètres, je me suis dit : "Ce n’est pas possible’’. C’est un rêve. »
De son propre aveu, il a vécu l’effort « le plus dur » de sa vie.
« C’était clairement le cas, reprend-il. Pendant 13,5 km, tu es sur des pentes entre 9 et 14 %, il n’y a pas de répit, zéro. »
Il prépare le Marathon des capables
Après avoir bouclé le marathon de Paris en 3h58’cette année, pour une « belle association », ce qui fut « un moment extraordinaire », le nonuple médaillé paralympique a une autre échéance en septembre. « C’est le Marathon des capables, présente l’Azuréen d’adoption, retourné vivre en Isère après ses années antiboises, mais qui reste accroché à la région. Avec des coachs marseillais (Terence Giardina et Moussa Diallo), on partage une aventure commencée l’année passée. Je la refais en 2026, mais comme parrain et en faisant toute l’aventure. On partira le 16 septembre de Port-Marly (Yvelines) et on ira à Marseille en 18 jours. Ça fait 800 km. Moi, je le ferai en fauteuil. Chaque jour, on intégrera des gens qui vont nous accompagner, des assistants ou des enfants qui ont un handicap et qui vont faire un ou deux kilomètres avec nous. Indirectement, j’ai fait l’Alpe pour préparer ce défi. Je me suis dit que si je le faisais, je n’aurais plus peur de rien. »
En dehors des challenges qu’il se lance, Smétanine mène également sa nouvelle vie professionnelle de front. Cet été, il œuvrera auprès des VIP pour la Fédération française de natation lors des championnats d’Europe à Paris. Conférencier et consultant pour des entreprises, il continue de nager trois fois par semaine. Il est également sous contrat avec la société Récréa qui gère de nombreux centres aquatiques dans l’Hexagone.