L’Allemagne retient son souffle avant deux nouvelles élections régionales
Près de quatre millions d’électeurs allemands sont appelés dimanche aux urnes à Berlin et dans le Land rural et côtier du Mecklembourg-Poméranie Occidentale (nord-est). Le parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) devrait fortement progresser aux deux scrutins, quinze jours après la lourde défaite infligée à la CDU en Saxe-Anhalt, un bastion de cette formation antimigrants et prorusse dans l’ex-RDA.
Près de quatre millions d’électeurs allemands sont appelés dimanche aux urnes à Berlin et dans le Land rural et côtier du Mecklembourg-Poméranie Occidentale (nord-est). Le parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) devrait fortement progresser aux deux scrutins, quinze jours après la lourde défaite infligée à la CDU en Saxe-Anhalt, un bastion de cette formation antimigrants et prorusse dans l’ex-RDA.
M.CZ
Source: belga
20 septembre 2026, 07:25
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Le SPD est le parti le plus plébiscité depuis 1998 dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale: ses trois derniers ministres-présidents régionaux étaient en effet issus de ce camp. Jusqu’en 2016, lorsque l’AfD a participé pour la première fois aux élections régionales et a d’emblée rallié plus de 20 % des électeurs, l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU) était invariablement le deuxième parti, suivie par Die Linke - anciennement Parti du socialisme démocratique (PDS).
En 2021, les élections régionales avaient une nouvelle fois été remportées par les sociaux-démocrates (39,6 %). L’AfD avait quant à elle perdu des électeurs (16,7 %), se cantonnant à la deuxième position. Le SPD avait alors formé une coalition avec Die Linke (9,9 %), sa cheffe de file Manuela Schwesig se maintenant au poste de ministre-présidente. Après plusieurs années au sein du gouvernement régional, la CDU (13,3 %) s’était ainsi retrouvée dans l’opposition, aux côtés de l’AfD, de l’Alliance 90/Les Verts (6,3 %) et du Parti libéral-démocrate (FDP) (5,8 %).
L’AfD en passe de ravir la première place
Ces dernières années, le soutien à l’AfD s’est renforcé au sein du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Il y a un peu moins d’un an, le parti d’extrême-droite a récolté un score inédit de 38% des intentions de vote dans un sondage, soit plus du double du score du SPD, qui avait reçu 19 % des préférences.
Selon les derniers coups de sonde, l’AfD devance d’une courte tête les sociaux-démocrates (37 contre 35%) pour les élections de dimanche. La CDU (7%) est complètement distancée, dangereusement proche des 5% nécessaires pour être représentée au Parlement régional.
Une telle non-qualification serait une première dans l’Allemagne d’après-guerre, une humiliation pour Friedrich Merz et une victoire pour l’extrême-droite qui, se présentant comme la seule véritable force politique conservatrice, veut la tête du chancelier.
Face à un tel résultat, bien que le plébiscite pour l’actuel gouvernement régional SPD/Die Linke se soit renforcé à l’approche du scrutin et que plus de la moitié des répondants estiment que les sociaux-démocrates doivent diriger le prochain gouvernement, la coalition perdrait sa majorité. Toutefois, si les verts atteignent le seuil électoral, le SPD et la gauche radicale pourraient s’y allier et continuer à gouverner. L’AfD n’obtiendrait, elle, pas assez de voix pour gouverner seule. De son côté, la CDU joue un rôle moins important dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale qu’en Saxe-Anhalt, où le cordon sanitaire érigé par les chrétiens-démocrates au niveau national contre Die Linke d’une part, et l’AfD d’autre part, a conduit à une impasse après le dernier scrutin régional.
Une AfD moins radicale en apparence
Contrairement aux sections de l’AfD en Saxe, Saxe-Anhalt, Thuringe et Brandebourg, le parti n’est pas qualifié d’extrême-droite par les renseignements allemands dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Officieusement, la section du parti est bien soupçonnée de s’apparenter à l’extrême-droite, mais les services de sécurité n’ont pas le droit communiquer sur leur enquête jusqu’à ce qu’ils puissent présenter des preuves à ce sujet.
Le programme de la section de l’AfD dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale est par ailleurs idéologiquement moins tranché que celui de la section de Saxe-Anhalt. Le parti appelle malgré tout au gel national de l’accueil pour les demandeurs d’asile, à l’expulsion systématique des exilés, à la fin de l’audiovisuel public, à l’arrêt de la production d’énergie éolienne, ainsi qu’à l’interdiction de l’usage d’un langage neutre en matière de genre au sein de l’administration et l’enseignement.
Berlin également sous haute tension
Dans la capitale, les choses s’annoncent tout aussi difficiles. Le parti du chancelier, dont le maire est issu, est au coude-à-coude avec la gauche radicale Die Linke (autour de 20% chacun) et talonné, selon les sondages, par l’AfD (18%).
Toute personne possédant une carte d’identité ou un passeport allemand et résidant dans le Land depuis plus de 37 jours pourra voter dimanche. Grande nouveauté, les citoyens pourront participer au scrutin à partir de 16 ans.
Des élections régionales aux enjeux nationaux
Les Lands ont beaucoup de pouvoir en Allemagne : ils mènent leur propre politique en matière d’enseignement, de culture et de médias, mais aussi en ce qui concerne la police et l’environnement. Ils pèsent en outre sur la politique nationale via leur représentation au sein du Bundesrat, et ont leur mot à dire dans les affaires européennes.
L’Allemagne fait face en 2026 à une “super année électorale” (“Superwahljahr”) : après les électeurs du Bade-Wurtemberg (le 8 mars), de la Rhénanie-Palatinat (le 22 mars) et de la Saxe-Anhalt (le 6 septembre), les citoyens du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et de Berlin se rendront à leur tour aux urnes dimanche.