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L’abbé Xavier Nys s’est fait une place à côté des géants d’Ath : “à la Ducasse, on vit quelque chose de profond”

L'abbé Xavier Nys va présider les "Vêpres Gouyasse", à Ath, pour la dernière fois ce samedi. Quatorze ans après son arrivée dans la Cité des Géants, il en est presque devenu un aux yeux des Athois(es).

L'abbé Xavier Nys, "doyen" puis aujourd'hui curé d'Ath, va céder le relais au Père Kris Van Damme dans quelques jours, après quatorze années de présence. Ordonné en 1990 et interprète de formation (anglais, espagnol), l'abbé Nys a rejoint Ath en 2012, après douze ans à Tournai. Nul doute que l'émotion sera présente ce samedi après-midi pour l'assemblée de l'église Saint-Julien, tant l'abbé Nys a marqué la cité athoise. Lors de la Ducasse, son intervention était aussi très attendue chaque année.

Ath, ducasse 2025
Lors des "Vêpres Gouyasse" 2025, un "cadeau" du curé Xavier Nys au bourgmestre Florent Van Grootenbrulle. ©EDA

Qu'avez-vous découvert en arrivant à Ath ?

En 2012, je suis allé aux Vêpres incognito, avant d'arriver officiellement. Et donc là j'ai vu qu'il y avait vraiment quelque chose qui se passait. Puis après, en deuxième lieu, j'ai découvert la réalité pastorale. C'est une réalité pastorale assez unifiée, mais avec les villages. Et donc j'ai essayé d'unifier, de créer un peu l'unité. Mais ça a été assez difficile. Ce n'est pas évident, c'est l'esprit de village.

Mais je retiens la qualité d'accueil. Je me suis tout de suite senti à l'aise et senti bien en arrivant à Ath.

S'il y a un élément négatif à retenir de ces 14 années, quel est-il ?

C'est cette difficulté de sortir d'un esprit de clocher. J'avais parfois l'impression d'être sur une autre longueur d'onde, de ne pas être sur la même longueur d'onde que ce que les gens attendaient dans les villages. On attend la vie autour du clocher. Moi j'étais plus dans l'annonce de l'Évangile ; j'avais une vision un peu plus large et je n'ai peut-être pas tenu assez compte de la réalité. J'aurais peut-être dû rencontrer plus de personnes pour sentir un peu cet esprit de clocher. Donc, je n'ai peut-être pas bien pu gérer cette approche de l'esprit de clocher.

Et à l'inverse, quelles sont vos plus grandes satisfactions ?

D'abord le projet immobilier au centre paroissial, avec la création de logements, en collaboration avec A toi mon toit. Ce faisant, nous avons éliminé un taudis et avec le loyer, nous pouvons faire fonctionner, sans plus, le centre paroissial.

La deuxième chose, c'est l'espace dialogue. C'est tout petit, l'espace dialogue, mais c'est la rencontre avec les protestants, avec la Maison de la laïcité et toute cette dynamique où on essaie de se rencontrer. Et ça, c'est vraiment quelque chose qui me tient à cœur.

La troisième chose, c'est aussi tout ce qu'il y a eu autour de la Ducasse. Toutes les rencontres que j'ai pu faire.

Ces années ont aussi été marquées par le Covid ; six ans plus tard, qu'en retenez-vous ?

Le Covid, c'est étonnant, mais ça m'a permis à un moment donné aussi de couper, de m'arrêter. Et quelque part, cette distance, elle a été un moment quand même positif. Et finalement, moi je me rends compte que les choses après le Covid ont repris autrement. J'aurais cru que le Covid allait casser davantage de choses, mais c'est reparti. Et peut-être que cela a même créé des nouvelles dynamiques. Pour moi, ça a été un moment surtout pénible au niveau des funérailles, parce qu'on avait des choses qui étaient affreuses, qui étaient humainement très très dures.

Mais je crois que ce qui fait le plus de tort à l'Église, ça n'a pas été le Covid. Parce qu'on l'a vécu, comme tout le monde l'a vécu et on en est passé à travers. Mais ce qui a fait le plus grand tort, c'est le scandale de la pédophilie. Et je ne comprends pas comment des gens peuvent encore nous faire confiance. Je suis surpris de voir qu'il y a encore des gens qui continuent de frapper à la porte de l'Église, qui continuent à venir malgré, pour moi, ce scandale absolu. C'est surprenant. Moi, je me serais attendu à vraiment un écroulement, un effondrement qui n'a pas eu lieu.

Le côté positif, c'est que les gens font la part des choses peut-être…

Je crois que les gens arrivent à relativiser peut-être plus que moi.

Mais les églises se vident…

C'est une évolution de la société. Ce n'est pas propre à Ath évidemment. Il y a moins de chrétiens, ça, c'est une évolution sociologique. L'erreur de l'église, c'est de vouloir tout tenir. L'Église se vide aussi du fait, pour moi, d'énergies qui sont dispersées pour tout maintenir. Or, je suis persuadé que ce qui pourra tenir l'Église, tenir ou donner une force, c'est d'avoir des rassemblements. Pour moi, l'Eucharistie dominicale, ce n'est pas d'abord assurer des messes dans tous les villages pour que chaque village ait 30 personnes là-bas, 20 personnes là-bas, mais d'avoir un moment où on se rassemble. Et là où il y a un rassemblement, on peut mettre des énergies, avoir une liturgie qui est plus belle, avoir vraiment des temps de rassemblement. Je crois que c'est par là qu'il faut passer. Mais les gens sont parfois plus attachés à des traditions ou à des habitudes qu'au message de l'Évangile et au Christ.

Quel est le sens de la Foi, aujourd'hui ?

Ce n'est pas dire des messes, mais c'est faire passer un message. Et le faire passer, je crois, d'une façon humble. C'est peut-être une autre raison pour laquelle il y a eu ce problème, c'est que l'Église a été fort liée au pouvoir. Elle l'a utilisé, et donc, elle a créé des frustrations, des rancœurs qu'on peut comprendre.

Quel peut être le message aujourd'hui de l'Église ?

Le message aujourd'hui de l'Église, c'est d'abord de dire, "si Dieu existe, c'est un Dieu qui nous aime, qui nous fait confiance, et qui nous invite à inventer la manière d'aimer". En disant ça, j'ai tout dit et je n'ai rien dit. L'Église a été trop à dire "voilà comment il faut faire". Vous voulez aimer, mais voilà, c'est tel truc, c'est tel truc ; et puis c'est devenu une morale. Ce qui me gêne dans l'Église, c'est parfois ce jugement. Encore maintenant, surtout dans le domaine de la sexualité. Je suis très mal à l'aise de la manière dont on traite tout ce qui est homosexualité, divorcés, hommes remariés. Je suis mal à l'aise par rapport à un discours qui me semble parfois tellement peu tenir compte de la réalité humaine et de l'écoute. On a une vérité qu'on impose.

Je ne sais pas comment aimer, mais déjà de se rendre compte que si ce Dieu existe (ce que j'espère), c'est un Dieu qui me fait confiance. Et que donc c'est bien en nous qu'on a cette force de rassemblement, de se rencontrer ; et là on revient à la Ducasse. Il y a de la solidarité ; il y a des belles choses qui se passent, on vit quelque chose de profond.

Comment allez-vous vivre votre dernière ducasse en tant que curé d'Ath avant de rejoindre Mons ?

Je le dirai un petit peu dans les Vêpres ce samedi : ce sera le "merci". Merci pour l'accueil. L'accueil que j'ai reçu. L'accueil dans l'ensemble. J'ai été accueilli à la Ducasse tout de suite, par les porteurs. J'aimais la Ducasse, j'aime la Ducasse, et je crois que les gens l'ont senti. J'aime et j'avais envie de découvrir.

La première année, j'ai été accueilli lors du mardi des porteurs et ça m'a touché d'une façon incroyable, parce que là, c'est le cœur de ce qu'ils vivent ; c'est un peu l'intimité. La Ducasse est finie, c'est un moment très très très fort, et dès le début, ils m'ont accueilli. Et puis il y a la qualité du cortège, la qualité des danses. On sent qu'on a envie de donner quelque chose qui est beau…

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