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Katia est interprète au CHwapi à Tournai : “Faciliter la compréhension, c’est faciliter les soins”

"Je ne suis pas interprète, je suis médiatrice interculturelle", corrige Katia Haykal d'emblée. Première question, première boulette. Mais quelle est la différence au fond ? "Prenons l'exemple d'une maladie gra...

"Je ne suis pas interprète, je suis médiatrice interculturelle", corrige Katia Haykal d'emblée. Première question, première boulette. Mais quelle est la différence au fond ? "Prenons l'exemple d'une maladie grave. En Belgique, le médecin est tenu d'indiquer clairement de quoi souffre le patient. C'est la loi qui l'y oblige. On ne peut pas lui cacher un diagnostic."

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Or, dans certaines cultures, une pathologie grave ne s'annonce pas frontalement au malade. C'est là qu'entre en scène la médiatrice interculturelle. "L'interprète traduit plus ou moins mot pour mot. La médiatrice maîtrise la culture de son intervenant. Parfois, un patient peut ne pas accepter ce diagnostic, ses proches non plus. Il faut anticiper et éviter des propos violents ou agressifs. Mon boulot, c'est d'expliquer les obligations du médecin et d'envisager une annonce qui soit la plus respectueuse possible des croyances et de la culture du patient. En résumé : le placer dans le contexte apaisé, pour éviter qu'il ne se retourne contre le soignant."

Pour y parvenir, Katia doit connaître la culture de son interlocuteur presque sur le bout de ses doigts… et maîtriser le jargon médical. "C'est une terminologie plus complexe que le langage courant. Ce n'est pas une traduction mot à mot. Je dois d'abord analyser la capacité du patient à comprendre le registre scientifique. Ensuite, je transmets l'idée, je vulgarise et j'adapte le discours du médecin, puisqu'il faut parfois traduire un terme français qui n'existe pas dans l'autre langue."

"Aucune formation médicale à l'origine"

Notre interlocutrice cite l'exemple de l'urologie ou de l'hématologie. "Les termes sont peu courants. Je fais des recherches en amont, j'approfondis, je prends des notes. Car je n'ai aucune formation médicale à l'origine."

La médiatrice interculturelle est née d'un père libanais et d'une mère belge. "J'ai grandi et vécu au Liban. La Belgique était le pays de mes vacances. On venait voir ma famille ici. J'ai évolué dans les deux cultures et parlé les deux langues, en plus de l'anglais, que mes parents employaient à la maison."

Installée en Belgique en 2010, Katia travaille au CHwapi depuis octobre 2016. Elle fêtera ses dix ans de maison prochainement et avoue un attrait "important" pour les langues, sans avoir pourtant cherché à devenir interprète. "Je suis anthropologue de formation, donc je m'intéresse à la connaissance de l'être humain et ses cultures. C'est complémentaire avec le métier que j'exerce maintenant, comme si j'assemblais toutes les pièces d'un puzzle. Je crois que ça m'a ouvert des portes." Y compris celles du CHwapi.

"Des ressources linguistiques en 20 langues"

L'interpè… pardon la médiatrice (on ne nous y reprendra pas) parle couramment le français, l'anglais et plusieurs dialectes arabes. "Surtout ceux des populations qui sont arrivées en Belgique depuis 2015. Je pense aux Syriens, aux Palestiniens, aux Irakiens, etc. Mon arabe est assez facile à comprendre. Inversement, ce n'est pas toujours le cas. Je dois veiller à bien saisir ce que me dit le patient et les subtilités de son dialecte."

Quand Katia n'a pas le temps ou les compétences d'honorer une demande, elle s'appuie sur le personnel de l'hôpital (en interne, certains soignants peuvent aider en italien, allemand, espagnol, etc) ou sur le réseau de médiateurs agréés du SPF Santé. "Je peux fournir des ressources linguistiques en 20 langues. Ou parce que je les parle moi, où grâce à des confrères et consœurs rattachés à d'autres hôpitaux, qui interviennent en vidéo. Et quand il faut traduire sans préparation, j'avertis simplement que je peux aider, mais qu'il risque d'y avoir quelques approximations."

Évidemment, annoncer un diagnostic, c'est parfois confronter le patient à une mauvaise nouvelle. "L'aspect émotionnel, il faut savoir le gérer. C'est du travail social. Le choc du patient, je le vois. Le visage d'une personne qui se décompense, je suis la première à y être confrontée. Ses premiers mots sont pour moi. Il faut veiller à ne pas faire de transfert, tout en restant empathique."

Bon, Katia annonce aussi des nouvelles plus positives, parfois. "Ce qui me fait plaisir, c'est la gratitude des médecins et des patients, leur reconnaissance d'avoir facilité la perception d'un message. Mes mots peuvent rassurer, permettre au patient de se décrisper. Ce que je retiens aussi, c'est qu'il a fallu du temps pour persuader le personnel soignant que la médiation interculturelle était nécessaire. L'hôpital m'a engagé il y a 10 ans, mais tout le monde n'adhérait pas à ma fonction. Les compétences d'un médecin sont importantes, mais si elles n'arrivent pas à destination, si le message n'est pas transmis, la relation se brise. Mal comprendre un traitement, c'est ne pas y adhérer, ne pas le suivre. Revenir à l'hôpital, perdre du temps, en faire perdre au médecin aussi, ce n'est pas judicieux. Faciliter la compréhension, c'est faciliter le traitement ou le suivi médical, c'est faire gagner du temps et de l'argent à tout le monde. Maintenant, on m'appelle spontanément, d'un côté comme de l'autre. Quand le patient qui ne sait pas s'exprimer en français voit que l'hôpital prévoit une solution pour lui, il est content de l'effort fourni, content d'être entendu et écouté surtout."

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