thejournalofsierraleonestudies.com

Justice. QLCO de Réau : visite au cœur de la future prison de haute sécurité pour narcotrafiquants

Plus de 4 millions d’euros investis dans les équipements de sécurité, 41 agents pénitentiaires triés sur le volet et 20 cellules individuelles destinées à quelques-uns des plus gros trafiquants de drogue de Fra...

Plus de 4 millions d’euros investis dans les équipements de sécurité, 41 agents pénitentiaires triés sur le volet et 20 cellules individuelles destinées à quelques-uns des plus gros trafiquants de drogue de France : à Réau (Seine-et-Marne), dans les confins de la grande banlieue du sud de Paris, le centre pénitentiaire sud-francilien s’apprête à devenir la troisième prison à abriter un QLCO (quartier de lutte contre la criminalité organisée).

Elle rejoint donc Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) et Condé-sur-Sarthe (Orne) qui accueillent déjà respectivement 100 et 40 "barons" du narcotrafic. La date de cette entrée en fonction restera secrète, car elle correspondra à celle de l’entrée de premiers détenus actuellement incarcérés ailleurs en France, au cours de transferts ultrasurveillés, qui font craindre des projets d’évasion. Selon FO Justice, qui porte plusieurs revendications - notamment sur la formation et les primes -, son ouverture est prévue « dans une dizaine de jours ».

Ce contenu est bloqué car vous n'avez pas accepté les cookies et autres traceurs.

En cliquant sur « J’accepte », les cookies et autres traceurs seront déposés et vous pourrez visualiser les contenus (plus d'informations).

En cliquant sur « J’accepte tous les cookies », vous autorisez des dépôts de cookies et autres traceurs pour le stockage de vos données sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.
Gérer mes choix

En attendant, le QLCO de Réau est entré en phase de « marche à blanc », selon les mots du chef d’établissement Olivier Pipino. Ici, le maître-mot de l’administration pénitentiaire, c’est « étanchéité ». Les individus qui vont y être incarcérés sont sélectionnés pour leur « dangerosité » et la « poursuite de leurs activités criminelles depuis la détention ». Il s’agit donc de les isoler pour de bon du monde extérieur, en installant une sorte de “prison dans la prison”, matérialisée notamment par un impressionnant sas d’entrée.

Comme les autres quartiers de haute sécurité, le QLCO de Réau comptera environ un tiers de détenus condamnés, pour deux tiers de personnes en attente de jugement.  Photo EBRA /Alexia Ferre
Comme les autres quartiers de haute sécurité, le QLCO de Réau comptera environ un tiers de détenus condamnés, pour deux tiers de personnes en attente de jugement.  Photo EBRA /Alexia Ferre

Quiconque veut entrer au QLCO - médecins et intervenants sociaux par exemple - doit passer au POM, le portique à ondes millimétriques, capable de repérer ce que le détecteur classique ne voit pas. Comme « des plaques de stupéfiants collées au ventre », précise Sacha Straub-Kahn, le porte-parole du ministère de la Justice, ou « des objets non métalliques » comme des couteaux en céramique par exemple - un type d’arme qui avait servi lors de l’attentat perpétré à la prison de Condé-sur-Sarthe.

Barbelés et filets de sécurité dans la cour de promenade

Une fois dans les coursives du quartier de haute sécurité, c’est aussi l’isolement maximal qui prévaut. Chaque étage dispose de sept cellules : cinq pour les détenus et « deux pour garder une marge de manœuvre », détaille Olivier Pipino. Premier QLCO de région parisienne, Réau est notamment pensé pour accueillir des détenus le temps de leur procès à Paris, où siège le nouveau Parquet national anticriminalité organisée.

Ici, les trafiquants présumés bénéficient d’une cellule individuelle - ce qui est loin d’être le cas dans les maisons d’arrêt où règne une surpopulation dramatique - mais la surveillance est extrême et constante, jusque dans le mobilier en plastique moulé, scellé au mur. Le téléphone fixe permet de contacter la famille « deux fois deux heures par semaine », précise le chef d’établissement, mais « tout est écouté en temps réel ». Et à la fenêtre, l’administration pénitentiaire a ajouté aux barreaux et au grillage de base un troisième maillage, encore plus fin que les deux précédents, empêchant les “yoyos” d’objets entre détenus ou la livraison par drones téléguidés depuis l’extérieur par des complices des narcotrafiquants ! « La première chose qu’ils livrent aux détenus, c’est une lame de scie », avertit Olivier Pipino.

Le tournant de l'évasion d'Amra

Cette sécurité maximale s’applique aussi dans les cours de promenade, où les détenus peuvent se rendre deux heures par jour, uniquement par groupe de cinq. Sur les murs de béton hauts de plusieurs mètres de cet espace exigu, quatre dessins évoquant la nature ne parviennent pas à faire oublier les barbelés, les postes de surveillance, les caméras et les filets de sécurité aériens, qui ont une certaine résonance ici. C’est en effet à Réau que le braqueur Rédoine Faïd s’était fait la belle en hélicoptère en 2018.

Mais pour les QLCO, c’est surtout la sanglante évasion de Mohamed Amra et ses deux morts dans l’administration pénitentiaire en 2024, au cours d’un transfert, qui fait figure de tournant dans les méthodes carcérales. « Tout ici est fait pour limiter les sorties », rappelle Sacha Straub-Kahn. Le quartier dispose donc de ses propres unités médicales, salles de visioconférence et salle de sport - avec trois vélos d’appartement et un tapis de course.

« Ne jamais perdre le contact avec l’individu »

Les parloirs, identifiés comme « un point de vulnérabilité potentielle » dans le passage d’informations ou d’objets, sont bien plus contraignants qu’en détention classique : un mur sépare le détenu de ses visiteurs, qu’il peut voir à travers deux vitres, et avec lesquels il ne peut parler que via un hygiaphone. Les contacts physiques ne sont autorisés qu’avec les enfants. À la porte, on trouve la même trappe à menottes que partout ailleurs dans ce quartier ultrasécurisé, permettant d’entraver le détenu à chaque entrée et sortie avant même d’ouvrir. « Cela permet de ne jamais perdre le contact avec l’individu », explique l’un des surveillants, sélectionné comme ses collègues après un examen approfondi de sa situation pour écarter toute fragilité l’exposant à un risque de corruption.

Désormais lancée, la politique de développement des quartiers de haute sécurité ne s’arrêtera pas à Réau. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a déjà annoncé l’ouverture de nouveaux QLCO dans les prochains mois au sein des centres pénitentiaires d’Aix-Luynes (20 places) et de Valence (25 places), ainsi qu’au centre pénitentiaire de Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane.