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Justice. Affaire Jubillar : des zones d’ombre subsistent après la reconstitution

De nouveaux ossements ont été découverts dans un champ à Mailhoc (Tarn) à la suite des fouilles menées cette semaine en amont de la reconstitution du meurtre de Delphine Aussaguel. Il pourrait s’agir d’un fragm...

De nouveaux ossements ont été découverts dans un champ à Mailhoc (Tarn) à la suite des fouilles menées cette semaine en amont de la reconstitution du meurtre de Delphine Aussaguel. Il pourrait s’agir d’un fragment de tibia de l’infirmière de 33 ans, mais cela reste à confirmer par des analyses scientifiques.

La reconstitution, elle, n’a pas permis de faire véritablement avancer l’enquête. Malgré les aveux surprise de Cédric Jubillar cet été, des zones d’ombre subsistent sur les circonstances dans lesquels il a tué sa femme dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020.

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« On a toujours qu’une bribe de vérité », regrette Me Philippe Pressecq, avocat d’une cousine de Delphine Aussaguel, selon qui Cédric Jubillar « continue de se noyer dans ses mensonges ».

Pendant trois heures trente, le Tarnais de 39 ans, accompagné de ses deux avocats, a été confronté au juge d’instruction, aux avocats de la partie civile et aux enquêteurs sur les lieux du crime. Dès 9 h 30, les protagonistes étaient convoqués dans la maison du couple à Cagnac-les-Mines, avant de se rendre dans le champ à Mailhoc, à une dizaine de kilomètres, où le corps de Delphine Aussaguel a été dissimulé sous un tas de terreau.

Encadrée par un important dispositif de forces de l’ordre, l’opération à laquelle assistaient enquêteurs, représentants de l’accusation, avocats de la défense et des proches de la victime, a duré environ trois heures trente.  Photo AFP /Lionel Bonaventure

Encadrée par un important dispositif de forces de l’ordre, l’opération à laquelle assistaient enquêteurs, représentants de l’accusation, avocats de la défense et des proches de la victime, a duré environ trois heures trente.  Photo AFP /Lionel Bonaventure

Refus de porter le mannequin dans la cuisine

Cédric Jubillar a conservé sa version des faits, comme il l’a raconté le 18 septembre à la juge d’instruction : à la suite d’une énième dispute avec la mère de ses deux enfants, le plâtrier-plaquiste, « dans un état second », l’aurait plaquée contre le frigidaire avant de l’étrangler. Bien qu’une voisine affirme avoir entendu des cris, lui déclare que Delphine Aussaguel n’aurait pas crié.

Vendredi, lors de la reconstitution, il a été demandé à Cédric Jubillar de rejouer la scène dans la cuisine avec un mannequin en le portant sur son épaule droite. « À ce moment-là, il a expliqué qu’émotionnellement, c‘était trop compliqué pour lui. Après, quand on lui a de nouveau demandé de porter le même mannequin sur 50 mètres pour l’amener au tas de fumier, là, il le portait sans difficulté. Il nous agace », nous raconte Me Pressecq.

Comme les autres avocats des parties civiles, le pénaliste considère que Cédric Jubillar ne livre pas toute la version des faits : sur les lunettes cassées de Delphine, par exemple, il ne s’explique pas, dit ne pas se souvenir…

« Il fait comme si l’enquête menée avant ses aveux n’existait pas »

« Il fait comme si le dossier et l’enquête menée avant ses aveux n’existaient pas », dénonce Me Philippe Pressecq. Selon lui, Cédric Jubillar aurait en réalité « assené des coups de poing à Delphine sur le canapé » : « On peut supposer qu’elle se lève, qu’elle sort et pousse un hurlement – celui entendu par le voisinage. Il la rattrape, la fait rentrer et l’étouffe devant le frigo », avance le pénaliste. « C’est quand même différent de tuer sa femme à coups de poing que de la tuer dans un instant de rage. En fait, c’est un meurtre crapuleux », tranche-t-il.

Cédric Jubillar affirme qu’il se trouvait « dans un état second » et qu’il a été « pris de panique », évacuant toute préméditation de son acte. S’il a choisi ce champ de Mailhoc, ce n’est pas car il l’a « repéré » auparavant, martèle-t-il, c’est parce qu’il y a « des monticules de terreau ». Il précise ainsi avoir poussé le terreau « à la main », sans difficultés et sans « outils », car « c’était friable ».

Contacté à l’issue de cette reconstitution, Me Pierre Debuisson, l’avocat de Cédric Jubillar, n’a pas souhaité faire de commentaire. Jeudi, il indiquait à notre journal que son client était toujours dans une démarche de coopération. « Il est évident qu’il n’a désormais plus rien à cacher et il est disposé à donner toutes les réponses en toute bonne foi », nous confiait Me Debuisson.

Condamné à trente ans de réclusion criminelle en octobre 2025, Cédric Jubillar, qui sera jugé en appel à Toulouse du 30 avril au 14 mai, espère voir sa peine amoindrie à la suite de son passage aux aveux. L’objectif sera aussi pour les parties civiles de tenter de lever ces zones d’ombre que cette reconstitution n’a pas permis d’éclairer.