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Jusqu’où la Russie peut-elle aller? “Elle n’est pas en mesure de mener une guerre conventionnelle contre l’Europe”

Les avertissements de dirigeants européens comme le Premier ministre polonais Donald Tusk et le président français Emmanuel Macron concernant l’intensification des attaques hybrides russes se font de plus en plus pressants. Une question brûlante s’impose: jusqu’où Moscou peut-il aller avant que l’OTAN n’invoque son fameux article 5? Le Kremlin prépare-t-il une attaque frontale contre l’Europe? “Sur le plan militaro-technique, la Russie n’est pas en mesure de mener une guerre conventionnelle cont

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Les avertissements de dirigeants européens comme le Premier ministre polonais Donald Tusk et le président français Emmanuel Macron concernant l’intensification des attaques hybrides russes se font de plus en plus pressants. Une question brûlante s’impose: jusqu’où Moscou peut-il aller avant que l’OTAN n’invoque son fameux article 5? Le Kremlin prépare-t-il une attaque frontale contre l’Europe? “Sur le plan militaro-technique, la Russie n’est pas en mesure de mener une guerre conventionnelle contre l’Europe”, estime le colonel Roger Housen. Mais il ne minimise pas le danger pour autant: voici comment il envisage le prochain coup de Vladimir Poutine et la réaction européenne.

A.MA

19 septembre 2026, 20:56Dernière mise à jour: hier à 20:59

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Ceux qui craignent de voir bientôt des chars russes défiler dans les rues de Varsovie ou de Bruxelles peuvent se rassurer, selon le colonel Roger Housen. “Non, la Russie ne prépare pas une guerre classique contre l’Europe. Un conflit à coup de bombardements, de blindés et de batailles navales comme en Ukraine n’aura pas lieu. La Russie n’en a tout simplement pas la capacité militaire et technique. Au sein de l’OTAN, on estime qu’après la fin des combats en Ukraine, Moscou aura besoin d’au moins cinq à sept ans pour reconstruire son armée et ses stocks.”

Mais cela ne veut pas dire que le Kremlin reste les bras croisés. “Ce que la Russie fait, et continuera de faire, c’est intensifier la guerre hybride. C’est une façon de faire la guerre extrêmement rentable et peu risquée: pas de déploiement massif de troupes, pas de dégâts économiques lourds et une traçabilité quasi nulle, car Moscou passe par des intermédiaires criminels, des espions et des paiements en cryptomonnaies. Pour le Kremlin, c’est une guerre à part entière, alors que chez nous, dans notre “zone grise” occidentale, nous continuons de confondre cela avec de simples cas isolés.

Selon Roger Housen, la véritable escalade orchestrée par Moscou réside dans une extension géographique et quantitative de ses actions, menée de sang-froid. “C’est là que se trouve la vraie escalade : davantage de cyberattaques, davantage de désinformation et davantage de tentatives d’assassinat.”

En quoi consiste une guerre hybride?

La guerre hybride est une stratégie militaire qui combine des moyens traditionnels, comme les troupes et les armements, avec des moyens non conventionnels, tels que les cyberattaques, la désinformation, l'espionnage et les pressions économiques.

Le week-end dernier, une attaque de drone s’est produite en Pologne, à quatre kilomètres de la frontière ukrainienne. D’autres pays frontaliers comme la Pologne, la Lettonie, la Lituanie et la Roumanie ont eux aussi déjà intercepté des drones dans leur espace aérien. Lors d’une attaque hybride, il est d’ailleurs plus difficile d’identifier clairement l’auteur de l’agression.

Pas de consensus

Mais quand l’Alliance intervient-elle militairement, et quand l’article 5, la clause stipulant qu’une attaque contre un membre est une attaque contre tous, est-il activé? “C’est la question à un million de dollars au sein de l’OTAN”, explique Roger Housen. “Pour le moment, il n’y a aucun consensus. Les États membres d’Europe de l’Est exigent une réponse militaire ferme à la moindre provocation, tandis que des pays comme l’Espagne, le Portugal et l’Italie plaident la retenue. Poutine le sait et, avec toutes ses actions de sabotage, ses cyberattaques et ses provocations, il veille délibérément à rester juste en dessous du seuil de réaction psychologique de l’OTAN.”

Le colonel Roger Housen cite le cas dévastateur de Varsovie comme un exemple parfait de la stratégie russe et de ce jeu d’équilibriste aux portes de l’Alliance. Il y a deux ans, Marywilska 44, le plus grand centre commercial de la ville, a été ravagé par les flammes, réduisant en cendres 1.404 commerces.

“Le Premier ministre Donald Tusk a par la suite apporté les preuves que la Russie était derrière cet incendie criminel”, précise Roger Housen. “Comme cette action précise n’a fait aucune victime humaine, Moscou a pu s’en tirer sans provoquer de riposte militaire.”

Mais l’expert avertit qu’un simple glissement pourrait marquer un point de bascule. “Imaginez qu’un sabotage organisé fasse dérailler un train de voyageurs en Pologne, faisant des dizaines de morts ou qu’un drone s’écrase sur une école en Lituanie: ce sera la fin de la rhétorique creuse. L’Occident ne pourra plus se cacher derrière des déclarations d’intention et devra agir fermement. Washington n’aura alors d’autre choix que d’emboîter le pas.”

Qui prend la main?

La question reste toutefois de savoir qui doit prendre le leadership dans une telle crise. Faut-il se tourner vers le patron de l’OTAN, Mark Rutte, vers le président français Emmanuel Macron ou attendre les décisions de la Maison-Blanche?

Roger Housen ne voit pour l’instant qu’un paysage politique en ordre dispersé et met en garde contre une riposte directe de Moscou. “Imaginons que Macron veuille faire le chef et revendique la direction des opérations: vous pouvez être certain que Moscou fera de la France sa cible prioritaire pour la tester, à coups de sabotages ciblés encore plus intenses.”

Selon l’expert, le centre de gravité ne se trouve ni à Paris ni à Bruxelles, mais aux États-Unis. “En fin de compte, la clé reste tout simplement à Washington. Tant que la Maison-Blanche ne prendra pas l’initiative, l’Europe restera engluée dans la division et la surenchère verbale.”

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