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Trop haut trop tôt ? Mélenchon au défi de réinventer sa campagne

Politique 23/08/2026 07:02 Actualisé le 23/08/2026 09:11 À huit mois de la présidentielle, le candidat de La France insoumise atteint parfois 15 ou 16 % dans les sondages. Il tient un mee...

Politique 23/08/2026 07:02 Actualisé le 23/08/2026 09:11

À huit mois de la présidentielle, le candidat de La France insoumise atteint parfois 15 ou 16 % dans les sondages. Il tient un meeting en clôture des « Amfis » ce dimanche.

Jean-Luc Mélenchon prend la parole ce dimanche matin.

THOMAS SAMSON / AFP

Jean-Luc Mélenchon prend la parole ce dimanche matin.

Des milliers de personnes ont afflué tout le week-end dans la Drôme. Les universités d’été de La France insoumise organisées chaque année à Châteauneuf-sur-Isère ont pris une saveur particulière cet été, en pleine préparation de l’élection présidentielle. Ce n’est pas un hasard si Jean-Luc Mélenchon prend la parole ce dimanche matin, en clôture de l’événement.

Pour le candidat lancé dans sa quatrième course à l’Élysée, l’enjeu est de taille. Après un début de campagne salué par bon nombre d’observateurs, pour qui l’ancien sénateur a su prendre de l’avance sur ses concurrents de gauche avec un premier meeting réussi à Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon va devoir prouver que ce succès peut s’inscrire dans la durée.

Car pour la première fois, il est donné très haut, très tôt. Un sondage Elabe paru cet été créditait le candidat de La France insoumise de 16 % d’intentions de vote, loin devant Raphaël Glucksmann (10,5 %) et Marine Tondelier (3,5 %). Dans d’autres scénarios, il est autour de 14 ou 15, rarement en dessous. Pour rappel, en août 2021, un an avant la précédente présidentielle, il ne dépassait pas la barre des 10 % (9 % pour l’Ifop ou 8 % pour Ipsos). Soit moitié moins qu’aujourd’hui.

De fait, cinq ans plus tard, l’hypothèse d’une qualification au second tour n’est plus si inconcevable. Preuve en est : la candidature du tribun est prise très au sérieux, y compris par ses opposants. « Je pense que Jean-Luc Mélenchon sera à plus de 20 % au premier tour », prédisait ainsi Gérald Darmanin lundi dans une interview à La Voix du Nord.

Peu avant, c’était la ministre de la Transition écologique Monique Barbut qui reconnaissait dans Libération que Jean-Luc Mélenchon est « celui qui intègre le plus la question du climat dans ses propositions économiques et sociales ». Un coup de pouce bienvenu pour l’ex-député des Bouches-du-Rhône, qui a tout de suite remercié la ministre pour sa « réponse argumentée et respectueuse ».

« Pas d’excès de confiance »

Ces compliments et ces remontées de terrain plutôt positives soulagent naturellement l’état-major insoumis, après des mois de polémiques et la crainte que l’image du candidat soit définitivement ternie. Mais elles donnent aussi, paradoxalement, quelques sueurs froides. Et si la position de leader, habitué aux remontadas inespérées, était lourde à porter ? Le 7 juin, en marge de son meeting à Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon lui-même s’étonnait des réactions des militants, qu’il assimilait plutôt à une ambiance de « fin de campagne ». « Tout le monde s’inquiète en disant : “Ça va se retourner”. Il y a les optimistes et les autres… », philosophait-il alors en petit comité.

Le risque étant que le candidat s’épuise, que son aventure se grippe et que le souffle retombe. Dans l’histoire des campagnes présidentielles, beaucoup de prétendants à l’Élysée en ont fait l’amère expérience. Pas besoin de remonter très loin puisqu’en 2022, Valérie Pécresse était donnée à 18 % à trois mois du premier tour… Pour finalement se crasher à 4,7 %.

Ces aléas, les cadres de La France insoumise les ont bien en tête, eux qui ont prévu de se déplacer partout en France dans les prochains mois pour relayer le candidat sur le terrain et ainsi lui permettre de se consacrer à la préparation de ses meetings et de ses interventions télévisées. « L’état d’esprit n’est pas à l’excès de confiance, assure Manuel Bompard dans les colonnes du Parisien. On est content de notre démarrage, mais on est conscient que pour gagner, il faut faire mieux. Gagner nécessitera une immense bataille de conviction, des centaines de milliers de gens qui se mobilisent, un bouillonnement culturel extraordinaire… »

« Risque de chute peu probable »

Le politologue Tristan Haute, maître de conférences à l’université de Lille, ne croit pas à un retournement soudain. Auprès du HuffPost, il explique que « contrairement à 2017 et 2022, Jean-Luc Mélenchon peut s’appuyer sur un socle électoral plus important », notamment constitué d’électeurs certains de voter pour lui. Ainsi, « le risque qu’il chute dans les sondages est peu probable ». « Contrairement à d’autres candidats, il n’a pas de socle à construire. Tout l’enjeu pour lui est d’élargir ce socle existant pour accéder au second tour », note Tristan Haute.

Après un été au calme, qu’il a en partie passé dans sa maison de campagne du Loiret selon Le Parisien, Jean-Luc Mélenchon a un objectif : prouver qu'il incarne, à gauche, la seule offre claire et structurée. « Le reste de la gauche s’attarde dans ses hésitations », note le politiste Antoine Bristielle dans une tribune dans Le Monde, décelant chez le candidat une volonté « d’enclencher un effet d’entraînement auprès d’électeurs dont la priorité serait de voir leur camp accéder au second tour ».

Cet état d’esprit se traduit par la campagne de communication déployée ces jours-ci par La France insoumise. Sur les affiches et les tracts dévoilés en avant-première, on peut lire le slogan : « Nous, c’est carré ». Le format est, naturellement, carré. Façon de signifier qu’avec un candidat, un programme, une équipe, le mouvement est lancé à pleine vitesse vers la conquête de l’Élysée. Cruel contraste avec les autres formations de gauche, toujours empêtrées dans les questions d’incarnations de méthodes internes.

Le rassemblement par l’écologie ?

Voilà qui n’est pas pour déplaire à Jean-Luc Mélenchon, qui espère toujours un ralliement des Écologistes à sa campagne. Alors que la candidature de Marine Tondelier prend l’eau de toutes parts, beaucoup se disent que les Verts devront, in fine, choisir entre la gauche dite modérée, incarnée par Raphaël Glucksmann ou le Parti socialiste, et une ligne plus radicale portée par le mouvement au « phi ». Au sein de l’appareil insoumis, les appels du pied se font donc de plus en plus pressants. « Une nouvelle gauche d’action a surgi, faite d’insoumis et de Verts, tous écologistes », a par exemple affirmé le septuagénaire dans une interview à Reporterre fin juillet.

Ce dimanche, une large part de son discours devrait d’ailleurs être consacrée à l’écologie. Logique après l’été hors norme (canicules, incendies…) que l’on vient de vivre. Mais pas totalement dénué d’arrière-pensée politique. « La mise en avant de la question environnementale participe efficacement à une stratégie de rassemblement », note le politologue Tristan Haute, pour qui « les propositions de Jean-Luc Mélenchon sur le sujet sont appréciées au-delà de son socle électoral ». Voilà sans doute une manière de se réinventer.