Jean-Jacques Cloquet : “Ma première année en politique a été très difficile”
Il y a une vie après avoir été CEO | L'ancien patron de l'aéroport de Charleroi reste un passionné d'aviation. "Il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds avec le patron de Ryanair".
"Avec moi, il n'y a jamais eu une minute de grève à l'aéroport de Charleroi". Quand Jean-Jacques Cloquet parle de son "autre" vie, on sent toujours pointer un air de nostalgie. "L'aviation, c'est comme une drogue : on ne lâche jamais vraiment", nous explique l'actuel député régional wallon (Les Engagés).
L'ancien joueur professionnel de football- au Sporting de Charleroi- n'hésite d'ailleurs pas à donner des conseils à l'actuelle direction de l'aéroport dans ses négociations houleuses avec Ryanair. Rappelons que la compagnie irlandaise a décidé de réduire la voilure à la Belgique suite à l'augmentation d'une taxe aérienne. "Avec Michael O'Leary (le patron de Ryanair, NdlR), il faut être direct et surtout ne pas se laisser marcher sur les pieds. C'est un businessman hors pair".
"Je me souviens qu'un jour le patron de Ryanair s'était déguisé en Saint-Nicolas et distribuait des billets gratuits dans l'aéroport. Je lui avais dit : " Tu es bien généreux pour une fois, qu'est-ce qu'il se passe ?"
Durant ses dix ans en poste du côté de Gosselies, l'ingénieur civil de formation aura appris à connaître toutes les facettes de la personnalité du controversé Irlandais. "Je me souviens qu'un jour il s'était déguisé en Saint-Nicolas et distribuait des billets gratuits dans l'aéroport. Je lui avais dit : "Tu es bien généreux pour une fois, qu'est-ce qu'il se passe ?" Il m'avait répondu de ne pas m'inquiéter que de toute façon ces billets ne seraient plus valables dans deux mois. C'est le champion du monde des coups marketing à zéro frais".
Jean-Jacques Cloquet : "L'aéroport de Charleroi doit continuer à grandir mais en devenant autonome financièrement"Ceci dit, même si son parti a voté pour cette taxe belge sur les billets d'avion, l'ancien cadre de Solvay n'en est pas grand fan. "Cela nuit à la compétitivité de la Belgique. Pour moi il faudrait plutôt une taxe européenne, mais c'est très compliqué à mettre en place".
Une question de vitesse
Engagé en politique en 2023, et élu en juin 2024, Jean-Jacques Cloquet a appris à prendre son mal en patience. "La vitesse n'est pas la même entre le privé et le monde politique, où il faut sans cesse trouver des compromis. Chez les Engagés, on n'est pas toujours d'accord sur tout, mais je trouve qu'il y a un respect et une bienveillance qui incitent au dialogue".
À 66 ans, l'homme est l'un des vétérans de son parti. "Pierre Kompany (député fédéral, NdlR) est plus âgé que moi ! En politique je reste un jeune premier. J'aimerais encore faire un autre mandat après celui-ci. Il m'a fallu du temps pour prendre mes repères et je trouve qu'il faut plusieurs années pour aboutir à des résultats concrets".
"Quand j'étais CEO de l'aéroport de Charleroi, j'avais une véritable armée à mon service. C'est très différent au parlement wallon".
Jean-Jacques Cloquet l'explique sans pudeur : il s'est senti seul à son arrivée dans l'arène politique. "Quand j'étais CEO de l'aéroport de Charleroi, j'avais une véritable armée à mon service. C'est très différent au parlement wallon".
Le rythme est aussi autre." L'aéroport, c'était sept jours sur sept avec un stress énorme. On a toujours peur qu'il y ait un problème grave. En politique, certains travaillent 24h sur 24. moi je me suis limité à une fonction de député et cela me va très bien". L'homme a ainsi davantage de temps pour s'occuper de sa famille recomposée de huit enfants.
Accusé de "pratiques discutables", l'ancien patron de l'aéroport de Charleroi se défend : "On m'avait dit de ne pas faire de politique"L'appel décliné de Bouchez
Le virage du Carolo dans le monde politique en a surpris plus d'un. "C'est vrai que j'avais dit que je ne ferais jamais de politique. Il y a quelques années, Georges-Louis Bouchez, le président du MR, m'avait proposé un poste de secrétaire d'État à la digitalisation. J'avais hésité mais ce n'était pas un domaine que je maîtrisais vraiment".
Après un court passage à la co-direction du parc animalier Pairi Daiza ("C'est le seul regret de ma carrière : j'aurais voulu faire deux ans en plus dans ce magnifique parc mais le Covid en a décidé autrement"), l'appel est cette fois venu des Engagés." Cette volonté d'ouvrir le parti à la société civile m'a beaucoup plu. Je dois toutefois avouer que ma première année en politique a été très difficile. Je me sentais perdu : je m'intéressais à tout, mais finalement je n'avais le temps de ne rien approfondir. Je suis aussi un homme de terrain et cela me manquait énormément".
"J'ai trouvé cela très injuste"
En fait ce n'est que depuis quelques mois que l'élu wallon dit se sentir "à l'aise" dans son nouveau rôle. "Je peux désormais me donner à fond dans les dossiers que je maîtrise bien comme l'énergie, le logement et, bien sûr, les aéroports".
On en revient aux avions. Beaucoup n'ont pas compris les raisons de son départ à la tête de l'aéroport. "Cette époque a été formidable : on est passé de deux à huit millions de passagers par an. Mais après dix ans, j'avais fait un peu le tour". Il marque un temps d'arrêt. "Et puis il y a eu ce décret wallon qui limitait les pouvoirs du CEO. Ce n'était pas une question de salaire, mais je n'étais plus qu'invité au conseil d'administration. J'ai trouvé cela très injuste".
Jean-Jacques Cloquet : "La politique ? Pas pour le moment"Jean-Jacques Cloquet a un conseil à "ceux qui tournent en rond" dans leur boulot. "Il ne faut jamais hésiter à changer pour ceux du moins qui peuvent se le permettre financièrement. Les compétences qu'on a acquises ne sont jamais perdues dans un autre poste. On les utilise toujours d'une manière ou d'une autre. C'est un peu comme une boîte à outils que tu emportes avec toi et qui se remplit petit à petit avec les années".
Série estival - Il y a une vie après avoir été CEO (3/6)
Après la face cachée de certains lieux touristiques, le parcours de milliardaires russes, les métiers de la table dans la restauration et les nouveaux grands noms du sport-business, La Libre Eco part à la rencontre de CEO belges qui ont changé de cap professionnel. Pourquoi ont-ils décidé de changer de cap ? Comment ont-ils rebondi ? Une série à découvrir du 8 au 14 août.
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