“Je veux nommer les choses: le problème dans le quartier nord, c’est la migration illégale”, dénonce le bourgmestre MR de Schaerbeek
Face à la situation sécuritaire autour de la gare du Nord, le bourgmestre de Schaerbeek, Martin de Brabant (MR), désigne sans détour la gestion de la migration illégale comme la source principale du problème.
"Un père de famille, qui habite près de la gare du Nord, est venu récemment frapper à la porte de mon bureau en pleurant, relate Martin de Brabant (MR), bourgmestre de Schaerbeek. Il m'a dit : 'Je viens vous prévenir que je vais finir par tuer quelqu'un. Ce matin, un homme est venu se masturber sur ma fille de 12 ans, en pleine rue'. La situation du quartier nord est catastrophique…"
Quelques mois après avoir ceint l'écharpe mayorale dans la cité des Ânes, le jeune bourgmestre affronte son plus grand défi : l'insécurité chronique autour de la gare la plus fréquentée de Belgique, et plus largement dans la rue de Brabant et la rue d'Aerschot. L'une des spécificités d'un secteur qui ne dort jamais réside dans son brassage quotidien : riverains et personnes en errance — souvent sous l'emprise de substances — y croisent les milliers de fonctionnaires bruxellois et européens qui désertent les lieux à la tombée de la nuit.
Gouvernance à Bruxelles : "Les conseils d'administration pléthoriques diluent presque complètement la responsabilité des administrateurs""Personne n'a nommé la racine du mal"
"Dans ce quartier extrêmement problématique, personne n'a encore jamais vraiment nommé la racine du mal. Moi, je veux nommer les choses : le problème, c'est la migration illégale. Et elle n'est pas prise en charge", assure le bourgmestre, chiffres policiers à l'appui.

En 2025, la police locale a transmis 1 235 dossiers d'étrangers à l'Office des Étrangers sur le territoire communal. Mais cette criminalité reste fortement concentrée : le Commissariat 5, responsable du hotspot Quartier Nord, couvre le secteur le plus réduit en superficie, mais concentre "58,3 % des infractions commises par des personnes en séjour illégal sur le territoire de la commune" entre janvier 2023 et août 2026.
Selon Martin de Brabant, qui s'appuie sur les données transmises par les forces de l'ordre, seules 12 à 13 % des personnes en séjour illégal interpellées dans le quartier en 2025 et 2026 ont fait l'objet d'une détention judiciaire. En 2025, près d'un individu en situation irrégulière sur deux (47 %) arrêté sur le secteur a été relâché avec la délivrance ou la reconfirmation d'un ordre de quitter le territoire (OQT).
guillement"Deux individus visés par une interdiction temporaire de lieu cumulaient respectivement 35 et 41 faits enregistrés en dix-huit mois, tout en continuant à déambuler dans la rue."
"Lors d'une opération récente ciblant le deal de rue, 7 des 11 personnes interceptées étaient en séjour illégal. Une seule a été placée en centre fermé", dénonce l'élu libéral. "Autre exemple : deux individus visés par une interdiction temporaire de lieu cumulaient respectivement 35 et 41 faits enregistrés en dix-huit mois, tout en continuant à déambuler dans la rue."
Le procureur du Roi de Bruxelles a lui-même tiré la sonnette d'alarme sur cette situation qui dépasse les limites du quartier Nord. En août, Julien Moinil soulignait que le manque de places en centres fermés et en milieu pénitentiaire paralysait l'action judiciaire : "Sur cent criminels en séjour illégal arrêtés par la police bruxelloise, le Service des étrangers en a libéré 91".
Lancée en 2025, la collaboration entre le parquet de Bruxelles et l'Office des étrangers a permis l'éloignement de 94 délinquants illégaux en un anFace à cette impasse, le bourgmestre affirme avoir déjà activé tous les leviers administratifs à sa portée. Le 16 mars 2026, avec son collègue de Saint-Josse, Emir Kir, il avait ordonné la fermeture nocturne des commerces et des vitrines de prostitution entre une heure et 6 heures du matin. Mais si la mesure a offert des nuits plus calmes aux riverains, la criminalité s'est déplacée en journée.
Le Fédéral directement pointé du doigt
"J'ai appliqué toute la check-list des mesures de police administrative à ma disposition. Que l'on me dise quelle mesure manque et je la prendrai !, martèle Martin de Brabant. On répète qu'il manque de policiers en rue, mais nos agents sont sur le terrain pour arrêter la même personne 41 fois. La police fait son travail, mais multiplier les effectifs est inutile si les personnes arrêtées sont relâchées aussitôt et que les décisions d'éloignement ne sont pas exécutées par le Fédéral."
C'est pour l'alerter sur la situation locale que Martin de Brabant a rencontrée, ce mardi, la ministre fédérale en charge de la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA).
"J'ai demandé à la ministre d'assumer ses compétences. Le cabinet ministériel n'étant pas loin de la gare, je lui ai proposé de venir sur le terrain. La police m'a déconseillé cette visite pour des raisons de sécurité… C'est hallucinant dans un État de droit", souligne-t-il.
Une personne visée par… 55 ordres de quitter le territoire
Pour illustrer le blocage, le bourgmestre rapporte l'exaspération des troupes sur le terrain : "Une policière du quartier m'a expliqué qu'elle venait d'émettre, au cours de la semaine, un 55ᵉ ordre de quitter le territoire à une seule et même personne, qui se trouvait toujours dans la rue."
En 2026, les ressortissants algériens représentent 36,2 % des personnes interpellées dans le quartier (et 63 % en cumulant avec la nationalité marocaine).
De son côté, la ministre aurait reconnu devant le bourgmestre que les démarches diplomatiques avec Alger pour organiser les retours restaient extrêmement lentes.
"Anneleen Van Bossuyt m'a répondu que les expulsions dépendaient des pays d'accueil et qu'elle agissait après vingt ans de laisser-aller. Mais le nœud du problème reste l'inexécution des OQT et le manque de places en centre fermé", insiste l'élu.
Dans La Libre, à la fin du mois d'août, le bourgmestre de Saint-Gilles, Jean Spinette, pointait lui aussi – plus directement encore – la responsabilité du pouvoir fédéral : "Certains traitent les bourgmestres de 'klettes', mais c'est la N-VA qui a fermé des milliers de places d'accueil de migrants. Ces gens se retrouvent aujourd'hui en rue".
guillement"Un ordre de quitter le territoire ne peut pas être un simple bout de papier, martèle la ministre. Celui qui n'a pas le droit de séjourner ici doit effectivement partir : de manière forcée si nécessaire."
Face à l'exaspération des bourgmestres bruxellois, la ministre de la Migration réfute tout laisser-faire mais rappelle les contraintes légales : le placement en centre fermé exige une "perspective réelle de retour". "L'office des étrangers (OE) dépend de la coopération de l'étranger lui-même et de son pays d'origine. Si l'étranger ne fournit aucun élément permettant de déterminer son identité et sa nationalité, il devient très difficile pour l'OE d'identifier le bon pays d'origine. Souvent, les pays d'origine refusent de prendre en charge ces personnes, faute d'indices suffisants pour identifier l'étranger en question", précise le cabinet Van Bossuyt.
Pour débloquer la situation avec l'Algérie, le gouvernement mise sur l'accord de réadmission signé le 30 mars 2026, en cours de ratification parlementaire.
Côté infrastructures, l'ouverture du centre de départ de Steenokkerzeel portera la capacité à 600 places début 2027, avant la mise en chantier des sites de Jumet et Jabbeke. Revendiquant une hausse de près de 50 % des expulsions de détenus en situation irrégulière sur les huit premiers mois de l'année "par rapport à il y a deux ans sous la Vivaldi."L'exécutif promet d'accélérer les procédures. "Un ordre de quitter le territoire ne peut pas être un simple bout de papier, martèle la ministre. Celui qui n'a pas le droit de séjourner ici doit effectivement partir : de manière forcée si nécessaire."
Jean Spinette : "Certains traitent les bourgmestres de 'klettes', mais c'est la N-VA qui a fermé des milliers de places d'accueil de migrants"Un positionnement "Bouchez compatible"
Sur le fond, le positionnement de Martin de Brabant résonne avec la ligne du président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui a durci son discours lors du congrès de rentrée à Waterloo en proposant de renvoyer les clandestins "beaucoup plus vite, beaucoup plus fort".
guillement"Récemment, un commerçant originaire du Maghreb m'a dit : "Nous, monsieur le bourgmestre, on est devenus racistes." Cela m'a crevé le cœur. À quel point donne-t-on du pain béni au Vlaams Belang en n'agissant pas ?"
Anticipant les accusations d'amalgame avec l'extrême droite flamande, le bourgmestre – qui dirige Schaerbeek aux côtés des socialistes, des écologistes et de Défi – tranche : "Le discours du Vlaams Belang est horrible. Mon propos ne vise pas les migrants, mais la migration illégale, et plus particulièrement les criminels en situation irrégulière. Ce qui renforce l'extrême droite, c'est précisément le refus de traiter le sujet par peur de l'amalgame".
Un constat qu'il dit partager avec la population locale : "Récemment, un commerçant originaire du Maghreb m'a dit : 'Nous, Monsieur le bourgmestre, on est devenus racistes'. Cela m'a crevé le cœur. À quel point donne-t-on du pain béni au Vlaams Belang en n'agissant pas ?"
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