“Je veux aider le sport français à se développer grâce à l’IA”. Nouvelle Masterclass gratuite de Bruno Marie-Rose le 16 octobre ! - Sport.fr
Avant sa masterclass sur l’intelligence artificielle, programmée le 16 octobre, Bruno Marie-Rose, ancien médaillé olympique et directeur de la technologie de Paris 2024, détaille sa méthode pour aider les dirigeants sportifs à mieux décider avec l’aide de l’IA. Un enjeu de taille pour des structures confrontées à un modèle de…
Avant sa masterclass sur l’intelligence artificielle, programmée le 16 octobre, Bruno Marie-Rose, ancien médaillé olympique et directeur de la technologie de Paris 2024, détaille sa méthode pour aider les dirigeants sportifs à mieux décider avec l’aide de l’IA. Un enjeu de taille pour des structures confrontées à un modèle de financement de plus en plus fragile.
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Vous refusez le terme de reconversion pour qualifier votre parcours. Pourquoi ?
Parce que la bascule d’un univers à l’autre n’a jamais vraiment eu lieu. Diplômé de l’INSA Lyon, une école d’ingénieurs reconnue pour son accompagnement des sportifs de haut niveau, j’ai mené un double projet dès le départ. J’ai naturellement poursuivi dans le monde de la technologie une fois ma vie d’athlète de haut niveau terminée. Ce n’était pas une reconversion, c’était plus une conversion. Avec le recul, cette double expérience est aussi ce qui nourrit aujourd’hui mon approche de l’intelligence artificielle dans le sport. Je connais les contraintes d’un environnement technologique, mais aussi celles d’un dirigeant ou d’un athlète qui doit décider avec des informations imparfaites. L’IA peut apporter beaucoup dans ce contexte, à condition de ne pas la considérer simplement comme une machine à produire des réponses.
Vous défendez une utilisation de l’intelligence artificielle différente de celle que l’on rencontre habituellement. Quelle est-elle ?
Nous avons tendance à utiliser l’IA en lui posant une question et en attendant une réponse. C’est utile, mais ce n’est qu’une petite partie de son potentiel. Je m’intéresse davantage à sa capacité à devenir un outil de conseil et de confrontation. Un dirigeant sportif peut lui demander de challenger une décision, d’identifier les failles d’un raisonnement, de simuler les objections d’un comité de direction ou de jouer le rôle d’un partenaire potentiel. Prenons un dossier de sponsoring : plutôt que de demander simplement à l’IA de rédiger une proposition, on peut lui demander de se mettre à la place du directeur marketing de l’entreprise ciblée et d’expliquer pourquoi il refuserait l’offre. On obtient alors un contradicteur disponible immédiatement, qui permet de retravailler son argumentaire avant de le présenter. C’est cette évolution, du « questions-réponses » vers une véritable logique de conseil, que je souhaite faire découvrir aux acteurs du sport.
Votre retour vers le monde du sport s’est notamment fait avec les Championnats du monde d’athlétisme de 2003. Plus tard, on vous retrouvera dans l’aventure de Paris 2024. En quoi ces expériences nourrissent-elles votre approche actuelle ?

Le déclic est d’abord venu d’un sentiment de dette. L’athlétisme m’a permis d’obtenir une médaille olympique et de détenir des records du monde. Devenu parent, j’ai renoué naturellement avec l’univers sportif comme bénévole pour participer à la vie du club et organiser les compétitions le week-end. Sur le plan professionnel, l’opportunité s’est présentée avec les Championnats du monde organisés au Stade de France, où j’ai pris la responsabilité de la direction de la technologie. Paris 2024 a constitué une expérience à une tout autre échelle. La sélection de 45 000 volontaires parmi 300 000 candidatures, une billetterie accessible dans le monde entier, un marathon connecté réunissant 600 000 personnes, des milliards d’événements de cybersécurité traités : un grand événement sportif est devenu un immense projet technologique. Mais c’est surtout le mode de gouvernance qui a marqué mon passage à Paris 2024. Nous avions une culture de la confrontation d’idées, où la technologie, et notamment l’intelligence artificielle, pouvait être utilisée pour challenger les décisions des plus hauts dirigeants du comité d’organisation. C’est cette méthode que je cherche aujourd’hui à transposer auprès de structures sportives.
« Il faut être capable de regarder un problème sous plusieurs angles »
Vous avez aussi présidé la Ligue nationale d’athlétisme (LNA) pendant près de dix ans (2009-2019), la première ligue professionnelle en France pour un sport individuel. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette expérience ?
Nous avions l’ambition de professionnaliser notre discipline et d’accompagner les athlètes. Sur le plan sportif, grâce au travail de la FFA, la période correspond à l’un des âges d’or de l’athlétisme français en matière de médailles. Sur le plan économique, en revanche, la ligue n’est jamais parvenue à un modèle autosuffisant. La réussite sportive était là, la réussite économique plus compliquée. Il était plus simple de rendre la gestion du sport professionnel à la fédération. Cette expérience m’a aussi appris qu’une bonne décision ne repose pas uniquement sur les données dont on dispose. Il faut être capable de regarder un problème sous plusieurs angles, de faire émerger les objections et de tester ses hypothèses. C’est précisément là que l’IA peut être intéressante aujourd’hui. Elle permet de multiplier les points de vue avant de prendre une décision, sans pour autant décider à la place du dirigeant.
En quoi consiste concrètement la masterclass du 17 septembre ? Qu’est-ce qu’un participant doit être capable de faire à la fin ?
Elle ne vise pas à découvrir ce qu’est l’intelligence artificielle. D’autres organismes remplissent déjà très bien ce rôle. L’ambition est différente : montrer aux décideurs sportifs comment utiliser l’IA pour mieux préparer et challenger leurs décisions. Nous allons partir de situations auxquelles ils sont confrontés dans leur quotidien : préparer un dossier de sponsoring, défendre un projet devant un comité de direction, une collectivité, réfléchir à la manière d’aller chercher des pratiquants non licenciés ou tester la solidité d’une proposition. L’idée est de montrer, de manière très concrète, comment transformer l’IA en interlocuteur.
Après la masterclass, vous proposerez un bootcamp. Pourquoi prolonger l’expérience sur cinq semaines ?
Parce qu’une démonstration, même convaincante, ne suffit pas à modifier les pratiques. Sur cinq semaines, chaque participant avance sur une problématique identifiée en amont. L’objectif est de travailler sur un véritable sujet professionnel, et pas sur un exercice théorique. L’IA devient progressivement un partenaire de travail avec lequel on teste ses hypothèses, on fait émerger les objections et on améliore son projet. On peut lui demander de prendre successivement la position d’un directeur financier, d’un sponsor, d’un élu, d’un pratiquant ou d’un membre du conseil d’administration et de formuler les objections que chacun pourrait opposer au projet. Le participant ne repart pas simplement avec une liste de fonctionnalités ou de « prompts ». Il doit comprendre une méthode qu’il pourra appliquer dès le lendemain à ses propres problématiques. La mise en commun hebdomadaire permet également à chacun de bénéficier de l’expérience des autres participants, même lorsque leurs cas d’usage diffèrent. Un club peut ainsi apprendre d’une problématique rencontrée par une fédération, une ligue ou une entreprise.
« Ce qui distingue les structures, ce n’est pas l’accès à la technologie, mais leur capacité à identifier les bons usages et à les intégrer dans leur fonctionnement »
Quel est, selon vous, l’apport principal de l’intelligence artificielle pour un dirigeant sportif qui doit décider rapidement ?
Gagner du temps sur l’argumentation, mais surtout gagner du temps avant la décision. Un dossier mal ficelé risque d’être écarté par un décideur pressé. Il sera alors en dessous de la pile pendant plusieurs mois avant d’être réexaminé. C’est une saison sportive de perdue. L’IA permet de préparer cette confrontation. On peut lui soumettre son projet, lui demander d’identifier les points faibles, de simuler les objections, puis de recommencer l’exercice après avoir corrigé son argumentaire. On peut même organiser des focus groupes virtuels avec différents profils et comparer leurs réactions. Ce travail ne garantit évidemment pas que la décision sera positive. Mais il permet d’être mieux préparé. C’est pour moi le point essentiel : l’IA ne doit pas remplacer le jugement du dirigeant. Elle doit l’aider à mieux exercer ce jugement.
Un président de club de taille modeste peut-il vraiment en tirer parti face à des structures beaucoup mieux dotées ?
Il n’y a pas de fracture technologique. Un abonnement à un outil d’intelligence artificielle générative coûte une vingtaine d’euros par mois, un tarif accessible à n’importe quel bureau de club. Ce qui distingue les structures, ce n’est pas l’accès à la technologie, mais leur capacité à identifier les bons usages et à les intégrer dans leur fonctionnement. Un club associatif n’a évidemment pas vocation à répliquer les dispositifs des grandes ligues professionnelles internationales. En revanche, il peut utiliser les mêmes outils pour mieux construire un dossier de partenariat local, préparer un rendez-vous avec un sponsor, analyser les objections d’une collectivité ou réfléchir à la manière d’attirer de nouveaux pratiquants. C’est aussi pour cela que je considère que l’IA est particulièrement intéressante pour le sport. Elle peut donner à une petite structure accès à une capacité d’analyse et de confrontation qu’elle n’aurait pas nécessairement les moyens de financer sous une forme traditionnelle. La question n’est donc plus vraiment de savoir si un club peut accéder à l’IA. Elle est de savoir ce qu’il va lui demander de faire.
* Masterclass Sport IA par Bruno Marie-Rose et Gabriel Dabi-Schwebel, le 16 octobre, Inscription gratuite : decisionia.com/masterclass-sport-ia/