« Je vais devoir repousser mes limites » : dans les coulisses de « L’Odyssée », l’œuvre la plus importante de Nolan
L'ODYSSÉE DE « L'ODYSSÉE » (1/4) - C'est le film le plus attendu de l'année. En adaptant le récit fondateur d'Homère, le cinéaste d'« Inception » et d'« Interstellar » voulait renouer avec le cinéma qu'il aime : un film d'aventure épique et flamboyant, une tragédie humaine et un défi technique. C'est le projet le plus fou et le plus complexe que Nolan ait entrepris.
Christophe Nolan, le réalisateur qui repousse les limites.
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L'ODYSSÉE DE « L'ODYSSÉE » (1/4) - C'est le film le plus attendu de l'année. En adaptant le récit fondateur d'Homère, le cinéaste d'« Inception » et d'« Interstellar » voulait renouer avec le cinéma qu'il aime : un film d'aventure épique et flamboyant, une tragédie humaine et un défi technique. C'est le projet le plus fou et le plus complexe que Nolan ait entrepris.
Jeudi 12 janvier 2023 : dans les studios Warner (qu'il a pourtant récemment quittés pour Universal après un différend sur l'exploitation en salle de son précédent film, « Tenet », en plein Covid), Christopher Nolan finit le mixage son d'« Oppenheimer ». L'homme, nouveau roi d'Hollywood, peut tout se permettre, même d'aller narguer son ancien employeur. Nolan a ses habitudes dans cet auditorium de mixage, qu'il considère comme le meilleur de Los Angeles. La devise Nolan est claire : c'est comme ça et pas autrement.
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Lors de cette journée passée en sa compagnie, l'heure du déjeuner auquel il nous a conviés est propice aux confidences. A-t-il déjà une idée de ce que sera son prochain film ? Avec un flegme et un goût de l'ellipse très anglais qu'il aime à pratiquer (Nolan a les deux nationalités, britannique et américaine), il botte en touche dans un sourire. « Tout ce que je peux vous dire, c'est que ce sera sûrement le plus gros film que j'ai jamais réalisé. Je vais devoir repousser mes limites car ce sera un film d'action beaucoup plus grand que tout ce que j'ai fait auparavant. » On ressort pour le moins interrogatif. Avant de comprendre, quelques mois plus tard, son allusion mystérieuse, lorsqu'il annonce la mise en chantier de « L'Odyssée ». La mère de tous les récits modernes. Et pour Nolan, un terrain de jeu parfait. Mais aussi un défi technique d'une ampleur jamais vue depuis des lustres dans un Hollywood qui préfère les films faciles, les suites et les formules qui génèrent du cash.
L'amateur de « Jason et les Argonautes » comme du « Choc des Titans », portant la patte du maître des effets spéciaux Ray Harryhausen, veut faire revivre le grand péplum sans son côté carton-pâte. « Ce sont des films que j'adore, explique-t-il, mais qui restent à la surface du texte. Car longtemps, la richesse de « L'Odyssée » était impossible à mettre en images, limites de la technique obligent. Cette technique, nous l'avons aujourd'hui. Même si, comme je le fais sur chaque film, je privilégie les effets spéciaux mécaniques aux reconstructions numériques. Quand on voit mille soldats à l'écran, il y en avait mille sur le plateau. Quand une voiture ou un avion explosent, tout est filmé directement sur le plateau. C'est contraignant mais c'est ma façon de faire. »
250 millions de dollars de budget
Christopher Nolan a beau avoir Hollywood à ses pieds avec les six milliards de dollars de recettes mondiales de ses films, les dix nuits aux Oscars et quarante-cinq nominations glanées en vingt ans de carrière, il poursuit l'écriture de son dernier film discrètement, en attendant la sortie d'« Oppenheimer ». Qui surperforme au box-office, dépassant même les recettes d'« Inception ». « Je n'en étais pas sûr, en tout cas à ce point-là. Je me disais : si "Oppenheimer", qui est un film long et compliqué, plaît au public, alors j'aurai les arguments pour demander à Universal un budget conséquent pour "L'Odyssée". Car c'est un film qui a besoin de très gros moyens. »
Le budget dépasse les deux cent cinquante millions de dollars, et devra donc en générer au moins le triple pour dégager son premier dollar de bénéfice (compte tenu des dépenses de marketing, de sortie et du fait qu'aux États-Unis, la moitié des recettes affichées vont directement à la salle de cinéma et non au studio). Même pour Nolan, la prise de risques est réelle. « L'expérience qu'on acquiert, quand on est cinéaste, guide nos choix à plusieurs niveaux : elle nous permet de savoir si on est prêt à s'atteler à tel ou tel projet et si on possède les compétences pour s'y attaquer, mais aussi si un projet représente un nouveau défi qui, toutefois, s'appuie sur nos réalisations antérieures », continue-t-il.
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« L'Odyssée est une œuvre fondatrice dans l'histoire du monde et le développement de la culture, mais elle n'a jamais été adaptée sous forme d'un blockbuster moderne. Homère a nourri presque tout le cinéma et je me suis rendu compte durant l'écriture qu'il a inspiré, à des degrés divers, tous mes films, à un point que je ne soupçonnais pas jusque-là. »
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