« Je ne suis pas sûr qu’en 6e, il faut prendre des notes à l’ordinateur » : Monaco décide de réintroduire les manuels scolaires en version papier
Mesure phare de cette rentrée, au collège, les livres d’apprentissage en papier font leur retour pour se détacher des écrans. Et en primaire, l’accent sera mis sur la lecture pour encourager les écoliers à prendre goût à la discipline.
C’est peut-être la mesure la plus symbolique de cette rentrée. Les collégiens en 6e et 5e trouveront, à la reprise des cours, des manuels papiers sur leur bureau. Est-ce une marche arrière après des années à développer le numérique et les supports virtuels pour l’enseignement ?
« Ils gardent leurs ordinateurs et leurs manuels numériques. Mais dans les principales matières, les enfants auront des manuels papier, un pour deux, fourni par l’État », détaille Jean-Philippe Vinci, directeur de l’Éducation nationale. Convaincu par ce changement insufflé par le Nord de l’Europe.
« En Norvège et en Suède, depuis 2014, ils ont investi massivement sur le numérique, ils ont été les premiers à avoir mis des tablettes dans les écoles et ils font un changement à 180 degrés. Car ils se sont aperçus que le livre a des impacts neurologiques importants. Et que des analyses montrent que le niveau a baissé. »
La Suède, dans le classement PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) a baissé de 20 points ces dernières années. D’où la volonté de replacer la lecture sur le papier en priorité et éviter de « scroller ».
Une érosion du niveau de lecture en CP, CE2 et CM2
« On n’abandonne pas le numérique, plaide Jean-Philippe Vinci. On fait les deux en même temps. On met du papier, parce qu’on sait qu’aujourd’hui, la plus-value numérique n’est pas évidente. Et puis, être devant un écran, ça fatigue. Il faut être très en avance sur l’IA, les technologies, si ça fait partie du monde des élèves. Et en même temps, on est soucieux de ce qui permet d’apprendre le mieux. Je ne suis pas sûr qu’en 6e, il faut prendre des notes à l’ordinateur. »
Dans le viseur du patron de l’Éducation nationale, la lutte aussi contre l’érosion des compétences de lectures constatées dans ces pays d’Europe du Nord. « Nous avons testé avec des enquêtes nationales propres à Monaco les élèves de primaires et je peux dire qu’en CP, CE2 et CM2, nous avons une érosion du niveau. »
« Ce n’est pas de la nostalgie »
Cette baisse des compétences s’explique selon lui car les élèves lisent moins. Et perdent pour certains la capacité « de comprendre, de dialoguer avec le texte que permettent les lectures longues, appelées lectures immersives et lectures profondes. » Pour y remédier, les emplois du temps des CE2 compteront une heure de lecture hebdomadaire en plus. Charge aux professeurs de les emmener vers des livres et leur faire cultiver, sans l’imposer, le goût de la lecture.
Au collège, c’est un changement de méthode qui fera la part belle au papier en 6e et 5e, avec l’objectif de laisser le plus souvent l’ordinateur à la maison.
« Pédagogiquement, un manuel papier a un effet supérieur sur l’apprentissage. Il faut penser le papier comme un outil technique, ce n’est pas de la nostalgie. La lecture structure, l’IA permet d’explorer. On sait très bien que si vous avez un langage déstructuré, vous allez accoucher d’une pensée déstructurée. La porte d’entrée à la pensée abstraite, c’est la syntaxe. »
« Tant que le bac se passe avec stylo, un élève doit savoir écrire sans correcteur d’orthographe »
Aussi, il sera encouragé de prendre des notes à la main - connues pour favoriser la mémoire - par rapport à une prise de notes plus passive sur ordinateur. « Cela change la façon de travailler, admet Jean-Philippe Vinci. Mais tant que le bac se passe avec stylo, un élève doit savoir écrire sans correcteur d’orthographe. »
Sur l’aspect pratique, le livre permet au professeur de mieux jauger la concentration de l’élève et évite les problèmes techniques. Pour autant, l’Éducation nationale a choisi comme nouveaux manuels scolaires des ouvrages, mais aussi leur duplication numérique. Histoire de garder, comme espérer le meilleur des deux mondes.