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“Je nage depuis que j’ai trois ans” : Salima Bouayad Agha va tenter de traverser la Manche à la nage à l’âge de 67 ans - ICI

Elle deviendra peut-être la Française la plus âgée au monde à traverser la Manche à la nage. Salima Bouayad Agha se lance un défi fou à 67 ans. Maître de conférences à l’Université du Mans, elle se lance en septembre dans cette aventure pour collecter des fonds pour France Parkinson.

Elle deviendra peut-être la Française la plus âgée au monde à traverser la Manche à la nage. Salima Bouayad Agha se lance un défi fou à 67 ans. Maître de conférences à l’Université du Mans, elle se lance en septembre dans cette aventure pour collecter des fonds pour France Parkinson.

A 67 ans, Salima Bouayad Agha pourrait devenir la Française la plus âgée au monde à traverser la Manche à la nage. Elle doit partir dans le courant du mois de septembre, quand le temps le permettra. Sa première tentative ce week-end a échoué : "Vent et vagues montent progressivement, sans marge de sécurité si la traversée prenait un peu plus de temps que prévu", précise-t-elle. En attendant la prochaine tentative, rencontre avec cette maître de conférences en économie à l’Université du Mans. Elle a décidé de se lancer dans cette aventure pour collecter des fonds pour France Parkinson et soutenir le bien vieillir. Elle répond aux questions d'ICI Nord.

Pourquoi avoir voulu se lancer dans cette traversée ?

Je me suis toujours posé la question de savoir qu'est-ce que je pouvais donner comme sens à mon goût de la natation et de l'effort. L'idée c'est pas du tout de faire un exploit sportif, mais c'est de montrer que, quand on se fixe un objectif, et bien on peut l'atteindre. Avec le Covid et ce temps qui nous a été donné d'introspection, de réflexion sur soi, je me suis vraiment posé la question de savoir quel était le sens que je pouvais donner à toutes ces heures passées dans l'eau. C'était vraiment une question que je me posais depuis longtemps en me demandant : "Tous ces gens qui vont à des championnats, qui font des compétitions, ils sont guidés par quoi ? Et est-ce que ce temps, si on l'a additionné, c'est-à-dire le temps de tous les gens qui participent à ces compétitions et qu'on le mettait au service d'une cause, est-ce que ça ne serait pas utile ?" Mais dans le même temps, nager pour moi c'était vital. Donc, il a fallu que je trouve une solution pour concilier à la fois le temps que je passais à nager pour mon bien-être et l'envie de donner du sens aux choses que je faisais, qui est quelque chose de très important pour moi, car je suis enseignante.

Elle vous vient d'où cette passion pour la natation ?

Depuis toujours, je nage, depuis que j'ai trois ans. L'eau c'est vraiment l'élément dans lequel je me sens le mieux. C'est mon père qui m'a appris à nager et qui m'a dit : "Un jour tu seras championne ma fille". Et tous les gens qui m'ont connue quand j'étais enfant, se souviennent de moi au bord de la mer, qui nageait tout le temps. Quand j'étais enfant ou même adolescente, je passais mes vacances au bord de la mer. On avait une petite maison dans un village de pêcheurs au bord de la mer, et je passais mes journées à nager.

Et vous êtes devenue championne comme vous l'avez dit votre père ?

Quelque part oui, j'ai fait partie de l'équipe nationale d'Algérie de natation de mes 12 à mes 17 ans. J'ai arrêté ensuite pour faire mes études d'économie, je me suis mariée, j'ai eu des enfants et au décès de ma mère, je me suis remise à la natation dans ce qu'on appelle les masters, c'est-à-dire des compétitions des gens qui ont plus de 25 ans. Et là, j'ai été championne, j'ai eu des records de France, j'ai même été championne d'Europe dans ma catégorie, j'ai fait des championnats du monde. La compétition, c'était un truc qui m'amusait beaucoup. C'était ma routine pour me maintenir la tête hors de l'eau

Pourquoi cette expression ?

Parce que ça a été un peu compliqué d'abord de venir en France pour fuir le terrorisme et puis, ensuite, j'ai dû m'occuper de ma mère qui était malade, mes deux filles ont eu des maladies aussi et à chaque fois, la natation c'est ce qui m'a, plus ou moins, permis de tenir.

Avec ce défi, vous organisez une collecte de fonds c'est ça ?

Oui, je collecte des fonds pour France Parkinson parce que ma mère est décédée des suites de cette maladie. J'ai été aidante et à son décès, quand elle avait 61 ans, la question du sens et des valeurs et de la résilience s'est posée, la cause s'est imposée directement à moi. Il fallait que je collecte des fonds et que je témoigne sur, à la fois ce qu'était cette maladie, le quotidien des malades, mais aussi le quotidien des aidants et les difficultés qu'ils peuvent vivre. Je veux aussi témoigner de la nécessité de faire une activité physique adaptée quand on est plus âgé. Ma conviction, c'est que la prévention, c'est beaucoup mieux et qu'on peut tout à fait aider les gens à bien vieillir ou vieillir en bonne santé.

Pour cette traversée, vous vous préparez depuis deux ans et demi ?

Oui, je nage trois ou quatre fois par semaine en piscine, il n'y a pas la mer au Mans mais je vais assez régulièrement en bord de mer. J'ai fait des stages à Lanzarote et en Bretagne et, cet été, j'ai passé cinq semaines à Calais pour m'entraîner en conditions réelles. Il faut avoir une bonne préparation physique, faire de la musculation, faire une préparation mentale aussi pour être capable de se connaître, de savoir les moments où on aura envie d'abandonner, les moments où ce sera dur et avoir des routines pour les préparer. Et puis il faut prendre du poids pour résister au froid. J'ai dû prendre huit kilos. Ça se répartit, ça se répartit bien, mais moi je le vois !

Ca va durer combien de temps ?

Rien n'est fixe, la météo n'est pas toujours clémente. On part d'une plage qui s'appelle Shakespeare Beach qui est à Douvres, et on arrive bien là où le courant nous fait arriver, quelque part entre le Cap Blanc Nez, le cap Gris-Nez en général. Ça peut prendre 15 heures, 18 heures, plus ? Je n'espère pas. La météo peut changer pendant la traversée et la rendre plus facile ou la compliquer. Le détroit fait exactement 33 kilomètres de long, et quand on le nage en ligne droite et qu'on a 24 ans, on met 6 heures 50, C'est le record du monde. Pour les autres, on fait des S et si on n'a pas de chance, on fait un W et ça peut faire 50, 60 kilomètres, mais ce n'est pas comme ça qu'il faut l'envisager. Quand on nage, on voit ça comme des séquences de 30 minutes, car on se fait ravitailler toutes les 30 minutes. Il y a une équipe sur le bateau qui vous nourrit et vous hydrate, vous n'avez pas le droit de toucher le bateau, mais on vous envoie une corde avec une gourde accrochée dans laquelle il y a en général du thé chaud et des glucides, des compotes.

Qui sera à vos côtés dans le bateau ?

Il y a le pilote et le copilote que j'ai réservés il y a déjà deux ans et demi, parce qu'il y a quand même une très forte demande. Il y a un observateur de la fédération anglaise, puisque ce sont des fédérations anglaises qui chapotent ces traversées. Et ensuite, il y a trois personnes que j'ai choisies et donc il y a ma sœur et son mari, et une autre personne anglaise parce qu'elle connaît très bien la Manche.