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“Je culpabilise et j’ai honte” : après un incendie, quelles sont les émotions communes aux victimes selon une psychologue ?

Un incendie déclenché par un court-circuit sur un véhicule a provoqué l’évacuation d’un immeuble dans la nuit du 5 au 6 août, sans faire de blessé. Cet incident est un exemple type qui souligne le traumatisme et la culpabilité paradoxale qui frappent souvent les victimes de sinistres accidentels, selon une psychologue

Un incendie déclenché par un court-circuit sur un véhicule a provoqué l’évacuation d’un immeuble dans la nuit du 5 au 6 août, sans faire de blessé. Cet incident est un exemple type qui souligne le traumatisme et la culpabilité paradoxale qui frappent souvent les victimes de sinistres accidentels, selon une psychologue

Dans la nuit du 5 au 6 août, vers 1 h du matin, elle avait laissé quelques minutes son véhicule en warning dans le garage sous-terrain de sa résidence, le temps de remonter chez elle chercher quelque chose. Mais à son retour, "la voiture était en flammes".

Paniquée, elle appelle les pompiers. Ces derniers seront rapidement sur les lieux. Et malgré leur intervention rapide, Natacha* se retrouve dans un état d’effroi. Elle se répète inlassablement : "J’espère qu’il n’y aura aucun blessé." Une trentaine de pompiers sécurisent les lieux. Quelques voisins sont assis auprès d’elle sur le trottoir d’en face, en pleine nuit, attendant de pouvoir regagner leurs pénates. Certains confient que la même situation s’était produite une dizaine d’années auparavant à cause là aussi d’un court-circuit.

Que s’est-il passé lors de cet incendie nocturne ?

Pendant plus de cinq heures, les soldats du feu s’affairent afin d’évacuer les fumées du sous-sol pour éviter qu’elles ne remontent dans les appartements situés au-dessus. "Je ne pensais pas que la moitié d’un véhicule brûlée pouvait faire autant de fumée", entend-on.

Même si fort heureusement le bilan ne fait état d’aucun blessé, la propriétaire a du mal à s’en remettre, même quelques jours après. "Je ne dors plus…"

Et pourtant elle n’y est pour rien. Mais elle l’explique : "J’ai à la fois honte et je culpabilise. Je n’ai rien pu dire à ma famille, à mes proches…"

Pourquoi la victime ressent-elle une telle culpabilité ?

Et ces sentiments qui hantent Natacha* sont pourtant tout à fait communs dans ce genre de situation comme le détaille Agnès Guillaud, psychologue clinicienne et hypnothérapeute à Pérols. "Un événement est traumatique suivant la personne qui vit l’événement et qui cause l’événement. Le véhicule lui appartient donc elle est la cause, de par son achat du véhicule, de l’événement. Donc il y a la honte d’avoir causé de potentiels préjudices vis-à-vis des voisins. Et en plus, il y a la culpabilité particulière de se dire que ça aurait pu être dramatique parce que la culpabilité, elle vient par la possible conséquence de l’incident."

Pour la thérapeute, cela entraîne un questionnement sans fin du genre : "Et si je n’avais pas fait ça ? Et si j’avais acheté un autre véhicule ? Et pourquoi moi ?"

Comme si la victime n’avait pas été suffisamment capable d’anticiper la possibilité que le véhicule puisse prendre feu et produire un incendie.

Un choc psychologique partagé par d’autres sinistrés

"C’est le même mécanisme pour quelqu’un qui a un accident causé par le blocage du régulateur de vitesse, il n’est pas responsable et pourtant…"

Jacques a aussi été victime d’un incendie et lui aussi a ressenti les mêmes émotions. C’est son sèche-linge qui a mis le feu à son appartement. "Mais pendant des mois j’ai rêvé des voisins qui étaient évacués de l’immeuble en feu. Même si j’ai tout perdu dans l’incendie ou presque, la culpabilité qui aurait pu arriver un drame à cause de ce sèche-linge et donc un peu de moi m’a hanté pendant longtemps."

Quel soutien peut aider à surmonter ce traumatisme ?

Et face à ces comportements, les proches ne peuvent malheureusement pas faire grand-chose, même si en général ils leur répètent que ce n’est en rien leur faute. "C’est plus à l’autorité de dire "ce n’est pas votre faute". Ça peut être un policier, un pompier… Il faut que ce soit une figure neutre d’autorité", précise la psychologue. Donc ce n’est pas toujours évident de s’en remettre. Seuls le temps et un accompagnement peuvent aider.