Comment Macron tente de se dépétrer de cette visite de Milei en France
Le président français se voit reprocher de « dérouler le tapis rouge » à un invité d’extrême droite. De son côté, l’Élysée souligne l’importance des liens commerciaux avec l’Argentine.
Le président français se voit reprocher de « dérouler le tapis rouge » à un invité d’extrême droite. De son côté, l’Élysée souligne l’importance des liens commerciaux avec l’Argentine.

EMILIANO LASALVIA / AFP
Comment Emmanuel Macron tente de se dépétrer de cette visite de Javier Milei en France. (photo d’illustration des présidents français et argentin à Buenos Aires en novembre 2024)
EN BREF
• Emmanuel Macron reçoit son homologue argentin Javier Milei, suscitant des critiques pour cet accueil d’un leader d’extrême droite.
• L’Élysée met en avant les liens économiques avec l’Argentine, notamment pour les minerais critiques.
• L’entourage du chef de l’État promet aussi d’aborder les sujets qui fâchent comme le rapport à l’Union européenne.
L’IA au HuffPost.
C’est une visite qui fait grincer bien des dents… et qui avait tout pour embarrasser l’Élysée. Javier Milei est arrivé en France ce mercredi 30 septembre et il sera jusqu’à vendredi avec l’objectif de promouvoir l’investissement en Argentine dans le cadre du forum « Argentina week ». Mais si le centrage économique du voyage est indéniable, il comprend aussi un volet plus politique, avec une allocation de l’Argentin à l’OCDE et surtout une rencontre à l’Élysée avec Emmanuel Macron prévue jeudi.
L’exercice d’équilibrisme peut sembler complexe pour Paris, qui voit la relation avec Buenos Aires comme une opportunité économique, mais qui se retrouve à composer avec un invité d’extrême droite aux antipodes du président français. Javier Milei choque en France et dans le monde, tant par sa politique ultra-libertarienne et conservatrice que par ses propos parfois brutaux, notamment envers l’Europe qui serait « en train de couler » – comme il l’a affirmé sur LCI – ou sur l’ONU, « une organisation inutile » qui nourrit « une caste de parasites ».
La venue du président argentin a déjà suscité une levée de boucliers dans l’Hexagone. Un rassemblement est prévu dans la soirée de jeudi devant l’ambassade d’Argentine à Paris, rappelle franceinfo, et plusieurs syndicats de journalistes ont condamné le voyage du dirigeant, y voyant une « insulte à la liberté de la presse », compte tenu de ses attaques répétées contre les médias.
Une visite bénéfique pour « les relations économiques et commerciales »
Dans ce contexte, l’Élysée a clarifié comment la venue de Javier Milei était appréhendée côté français. Initialement décrite comme une « rencontre privée » selon les termes employés par l’AFP, la visite du président argentin est bien qualifiée d’« officielle » par la présidence… tout en insistant sur le fait qu’il s’agit « d’abord d’une visite argentine » dans le cadre de l’« Argentina week ». « C’est une visite officielle à l’occasion » de cet évènement et « pour ce qui concerne les aspects bilatéraux », a-t-on précisé au HuffPost.
Au Palais, on insiste sur l’importance pour Emmanuel Macron de « maximiser les intérêts de la France auprès d’un pays important en Amérique latine », tant pour « les relations économiques et commerciales » que pour des « raisons plus stratégiques » notamment autour des minerais critiques comme le lithium ou le cuivre. Dans ce cadre, le président français recevra son homologue « ainsi que sa délégation » composée notamment de plusieurs ministres « pour un entretien ».
Un « échange » des deux présidents « avec les entreprises françaises déjà engagées en Argentine ou qui peuvent avoir intérêt à s’y déployer » est également annoncé. Au-delà d’une rencontre sur les relations entre Paris et Buenos Aires, l’Élysée voit aussi dans la visite de Javier Milei l’occasion de travailler sur les rapports de l’Union européenne avec « les pays du Mercosur », où « nos entreprises ont des arguments à faire valoir ».
Les différences avec Milei ne manquent pas et sont assumées
La présidence française n’élude pas pour autant la dimension plus politique de la venue de Javier Milei. « Nous avons des inspirations politiques différentes pour dire le moins », reconnaît l’Élysée, selon qui le président aura par exemple « à cœur de dire à M. Milei que quoi qu’il en pense et qu’il en dise publiquement, l’UE est une institution importante et dont nous souhaitons qu’elle joue tout son rôle sur la scène internationale ».
Même état d’esprit pour ce qui est de l’ONU, le Palais rappelant qu’Emmanuel Macron « a dit très clairement ce qu’il pense des Nations Unies », notamment dans le cadre de son discours au siège de l’organisation à New York. « Ça fait partie des sujets sur lesquels nous avons des différences avec M. Milei », concède l’Élysée, qui n’y voit toutefois pas à une raison de « refuser le dialogue » ou de « travailler ensemble ». Il assure par ailleurs que le président dira à son homologue « à quel point le respect entre les partenaires internationaux compte ».
L’histoire ne dit pas si cet argumentaire suffira à faire taire les critiques qui émergent déjà contre Emmanuel Macron. On peut citer le communiqué de l’association ATTAC, qui parle de « complaisance des autorités françaises » face à une « opération de propagande » de Buenos Aires, ou encore le titre de l’article de L’Humanité, qui accuse le président de « déroul[er] le tapis rouge à l’extrême droite argentine ». Rien n’indique que les promesses d’opportunités d’investissement convaincront l’ensemble des mécontents.