Jacques Doucet, ancienne voix des Expos, est mort
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Jacques Doucet, ancienne voix des Expos de Montréal, est décédé à 86 ans, a annoncé sa fille Martine vendredi sur ses réseaux sociaux. Il a rendu l'âme jeudi.
On est tous un peu sous le choc, a commenté Martine Doucet au micro de Pénélope, sur ICI Première. Ça faisait un moment qu’il avait des problèmes cognitifs, mais sa santé allait bien. Depuis deux mois, sa santé avait décliné beaucoup. On lui a diagnostiqué un cancer très, très sévère il y a un mois. Ça a été très vite.
Je n’étais pas personnellement une grande fan de baseball, mais je l’écoutais et c’était mon doudou pour m’endormir le soir. J’avais une radio que je mettais sous mon oreiller, et j’écoutais sa voix.
Jacques Doucet avait révélé en 2024 qu'il souffrait de la maladie d'Alzheimer.
Né le 8 mars 1940 à Montréal, il a commencé sa carrière de journaliste sportif en 1959 à La Presse canadienne. Il a couvert les activités des Expos pour le quotidien La Presse dès leur première saison dans le baseball majeur, en 1969. Cette année-là, il est aussi passé derrière le micro pour commenter ses premiers matchs à la radio.
Après avoir assuré la description d'environ une rencontre par semaine, il a fait le saut à temps plein derrière le micro en 1972 jusqu'au départ du club pour Washington en 2004.
Il n'était pas certain d'aimer ce poste, une inquiétude dont il avait fait part au président de l'époque, John McHale, qui l'avait embauché.
J'étais habitué à écrire, pas à parler! Je pense que j'ai fait le bon choix. Je remercie les Expos de m'avoir fait confiance. Je ne savais pas si les gens allaient m'adopter. Tu as beau faire le meilleur travail comme commentateur, si les gens ne t'adoptent pas, tu ne feras pas long feu.
Ses inquiétudes se sont rapidement dissipées, car, dès son arrivée en ondes, il est devenu indissociable de l'équipe de baseball montréalaise. Il a décrit plus de 5500 parties au cours de sa carrière, dont le match parfait de Dennis Martinez, le 28 juillet 1991, en plus de plusieurs rencontres éliminatoires et de la Série mondiale.

Jacques Doucet lors de sa cérémonie d'intronisation au Temple de la renommée du baseball canadien.
Photo : La Presse canadienne / Nicole Osborne
Alors qu'il croyait sa carrière au micro terminée, il a reçu un appel surprise des Capitales de Québec, de la Ligue Can-Am, qui l'invitaient à devenir leur commentateur, poste qu'il a occupé de 2006 à 2011.
Il a ensuite accepté l'offre de TVA Sports, où il a décrit les matchs des Blue Jays de Toronto ainsi que les éliminatoires de la MLB jusqu'en septembre 2022. Des problèmes de santé l'ont contraint à prendre sa retraite pour de bon cette année-là. Il a été en ondes pour ses derniers matchs en compagnie de ses vieux complices, Rodger Brulotte et Denis Casavant.
Mon professeur et mentor nous a quittés aujourd'hui, a réagi sur X Denis Casavant. Merci Jacques pour ta générosité et gentillesse et surtout l’influence que tu as eue sur ma carrière de descripteur.
On ressentait son amour pour le baseball
L’analyste Marc Griffin, que Jacques Doucet a formé à ses débuts dans le monde des médias, pleure de son côté le départ de celui qu’il considère comme son deuxième père, quelqu’un duquel de nombreux Québécois se sentaient près, grâce à sa voix chaleureuse.
Il a été dans les salons de tous les Québécois pendant 30 ans, a-t-il lancé à Radio-Canada Sports. Les gens le croisaient et avaient l’impression que c’était leur grand chum. On ressentait son amour pour le baseball, son honnêteté. Tu l’entendais et tu savais que c’était un bon gars. Il décrivait les Expos, tu écoutais ça et c’était de la musique à tes oreilles. Je suis tombé en amour avec le baseball grâce à Jacques Doucet.
Jacques Doucet a développé le vocabulaire français du baseball. Ça fait partie de son immense héritage, rappelle Marc Griffin.
J’avais joué une dizaine d’années dans le milieu compétitif. J’arrive comme commentateur avec un paquet d’anglicismes, parce que c’est plus facile de sortir l’expression en anglais. Jacques arrivait avec une expression en français.
J’ai l’impression d’avoir fait une maîtrise en communications grâce à ses conseils au quotidien.
Le baseball, c’est une musique de fond, et cette musicalité, Jacques l’a bien rendue, ajoute Alain Usereau, analyste de baseball qui a aussi travaillé avec Jacques Doucet. Et il l’a fait en lui donnant une couleur québécoise.
Les expressions de Jacques sont reprises, sans que l’on s’en aperçoive, par tous ceux qui ont fait du baseball après lui.
Jacques Doucet a formé les Rodger Brulotte, Claude Raymond et autres Alain Usereau à l'analyse du baseball dans les médias. C'était le mentor idéal, témoigne le journaliste Jean St-Onge, qui a couvert le baseball au quotidien de 1985 à 2004.
C'était un homme extrêmement préparé. Dès le début du camp d'entraînement, même quand le match n'était pas radiodiffusé, il s'installait à sa place et feuilletait méthodiquement les guides de presse en papier pour prendre des notes et tout souligner.
C'était un homme rigoureux et d'une grande générosité. Quand on lui demandait des conseils sur le métier ou sur le baseball, il était toujours disponible.
Les honneurs
Jacques Doucet a été intronisé au Temple de la renommée de Baseball Québec en 2002, puis à celui des Expos un an plus tard. En 2004, il a reçu le prix Jack-Graney, remis annuellement à un membre des médias ayant apporté une contribution spéciale au baseball canadien.
Il est ensuite devenu le premier francophone qui n'a pas joué au baseball et qui n'a jamais fait partie de la direction d'une équipe à être élu au Temple de la renommée du baseball canadien, le 4 février 2020.
Il n’a jamais été élu à Cooperstown, le Temple de la renommée du baseball majeur, où le prix Ford-C.-Frick y est remis chaque année depuis 1978 à un commentateur pour souligner sa contribution au baseball.
Mon père ne comptait pas sur les prix, ce n’était pas sa raison de vivre, mais ça lui aurait vraiment fait un petit velours de le gagner, celui-là [le Ford-C.-Frick, NDLR]. Ç’aurait été une reconnaissance du baseball américain.
Il y a plusieurs commentateurs qui sont intronisés à titre posthume, a-t-elle poursuivi. Ce serait un baume, aussi pour tous les amateurs, tous les gens d’ici qui l’aiment et qui voudraient, comme sa famille, qu’il soit reconnu à ce titre. Mais on sait qu’il est aimé. Je croule sous les messages depuis ce matin, ce sont de magnifiques témoignages.
Jacques faisait partie des meubles avec les Expos. Les deux étaient indissociables. Le problème à Cooperstown, c’est que les gens, là-bas, ont une méconnaissance de l’impact que Jacques a eu, dit l’analyste de baseball Alain Usereau. À travers le Canada et même l’Amérique du Nord, je ne sais pas s’il y a eu quelqu’un dont la voix était plus écoutée que Jacques Doucet.
Le décès de Jacques Doucet survient quelques mois seulement après celui de son grand complice Rodger Brulotte.
La classe politique québécoise rend hommage à Jacques Doucet
La première ministre Christine Fréchette écrit sur X que le Québec perd aujourd’hui une voix qui aura marqué des générations d’amateurs de baseball.
Le chef libéral, Charles Milliard, souligne que M. Doucet a réussi à franciser le baseball pour plusieurs générations de Québécois, dont je fais partie.
Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, écrit qu’après Roger Brulotte, c'est au tour de Jacques Doucet de partir avec une autre partie de l'histoire des Expos.
Sa voix unique aura bercé bien des soirées dans les maisons du Québec. […] Il a su nous transmettre son amour pour le baseball, ajoute le chef du Parti conservateur, Éric Duhaime.
Sa voix résonnera encore longtemps dans les cœurs des fans, selon la co-porte-parole solidaire Ruba Ghazal.
Avec les informations de La Presse canadienne