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J Mascis, de Dinosaur Jr. : “J’ai toujours voulu recréer le son de guitare des Stooges, c’est mon Graal”

MA VIE EN MUSIQUE – Alors que le groupe sort cette semaine l’album “There Near”, son chanteur et guitariste revient sur les chansons qui l’ont influencé, jusqu’à fusionner les mélodies de Neil Young et les saturations du hardcore.

MA VIE EN MUSIQUE – Alors que le groupe sort cette semaine l’album “There Near”, son chanteur et guitariste revient sur les chansons qui l’ont influencé, jusqu’à fusionner les mélodies de Neil Young et les saturations du hardcore.

J Mascis, ici avec Lou Barlow (à gauche) et Murph, ses acolytes de Dinosaur Jr.

J Mascis, ici avec Lou Barlow (à gauche) et Murph, ses acolytes de Dinosaur Jr. Photo Jeff Fowler

Par Thomas Richet

Publié le 28 août 2026 à 14h00

J Mascis, légendaire chanteur et guitariste de Dinosaur Jr., apparaît sur notre écran tel qu’on l’imaginait : casquette vissée sur le crâne, épaules tombantes, voix traînante. Et, plus déstabilisant, absence de toute trace d’émotion quand il nous parle. On ne lui en veut pas, tellement on est content de discuter avec lui, symbole de l’âge d’or du rock indépendant américain et inventeur d’une parfaite fusion entre les mélodies de Neil Young et les guitares saturées du hardcore. Contacté à l’occasion de la sortie du nouvel album de son groupe, le réussi There Near, il revient pour nous sur les musiques qui ont influencé ce mélange unique.

Quelle est la première chanson qui vous a marqué ?
Oh là là ! Je me souviens avoir aimé Darlin’, des Beach Boys. Je devais avoir 9 ans, je ne sais pas trop pourquoi je l’appréciais autant, ni si j’avais acheté le disque ou s’il traînait à la maison. Mon père n’écoutait que de la muzak, et ma mère quasiment rien — je crois qu’elle possédait seulement la BO de La Guerre des étoiles. J’ai surtout découvert la musique à travers ce qu’écoutaient ma sœur et mon frère.

Une chanson particulière vous a-t-elle donné envie de vous mettre à la batterie, votre premier instrument ?
Sans doute des groupes de hard rock comme Aerosmith, car c’est le genre de musique qu’écoutait mon frère. Je voulais être un mélange de Ian Paice (Deep Purple), John Bonham (Led Zeppelin) et de Charlie Watts, des Rolling Stones. Je rêvais de trouver le juste milieu entre ces trois-là. J’étais plutôt doué : j’ai participé à des ateliers de jazz à l’école, et je pouvais jouer extrêmement vite parce que je répétais sans cesse avec mes groupes de hardcore.

C’était très cool de découvrir des musiciens qui me ressemblaient et qui prouvaient qu’on n’avait pas besoin d’être un junkie pour être punk.

Quand vous avez commencé à jouer du hardcore, un groupe en particulier vous a-t-il influencé ?
Minor Threat et Negative Approach, sans aucun doute. J’écoutais aussi du punk du début, mais j’achetais absolument tous les disques de hardcore qui sortaient. Avec mes camarades de Deep Wound (sa première formation, montée en 1982), on aimait aussi énormément Neos, un groupe canadien dont la musique ressemblait beaucoup à la nôtre, notamment dans l’ambition de jouer le plus vite possible. J’ai remarqué que la batterie sur les disques anglais sonnait mieux, sans doute parce qu’ils avaient de meilleurs studios que nous.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce type de musique ?
Ça a commencé avec Charlie Nakajima, qui est devenu le chanteur de Deep Wound. Il était le seul punk de mon lycée d’Amherst (Massachusetts) ; c’est lui qui m’a fait découvrir le punk anglais. Puis, en cherchant de mon côté, j’ai découvert le hardcore. Je n’écoutais que ça, ado. On pouvait s’y identifier plus facilement, les groupes étaient des gamins américains comme nous. Ils étaient aussi straight edge [un mouvement reniant la consommation d’alcool, de tabac et de drogues] comme je l’étais. Il y avait plein de hippies dans ma ville. Je les haïssais et je détestais leur usage de la drogue. C’était très cool de découvrir des musiciens qui me ressemblaient et qui prouvaient qu’on n’avait pas besoin d’être un junkie pour être punk.

Votre chanson préférée de hardcore ?
Can’t Tell No One, de Negative Approach. On me demande parfois quelle chanson me fait pleurer, eh bien, c’est celle-ci. Je les ai vus en concert en 2006, lorsqu’ils se sont réunis vingt-trois ans après leur séparation. Quand ils ont joué ce titre, les larmes me sont venues, je ne saurais même pas dire pourquoi. Peut-être parce qu’il me ramène à mon enfance, aux premières fois où je les ai vus sur scène ? Les gens trouvent ça bizarre, ils s’attendent plutôt à une chanson country du style John Prine.

Un artiste qui vous a donné envie de vous mettre à la guitare ?
Quand j’ai voulu créer mon propre groupe, je me suis rendu compte que je n’aimais aucun des guitaristes de mon bled. J’ai donc commencé à en jouer moi-même, en me disant que je n’avais qu’à apprendre la batterie à quelqu’un d’autre pour qu’il prenne ma place. Mes deux modèles principaux sont Ron Asheton, des Stooges, et Greg Sage, des Wipers. Sans oublier Keith Richards et Mick Taylor, des Stones. J’admire leur son, l’émotion que dégage leur jeu. J’aimais aussi Jimi Hendrix, mais son talent me semblait inatteignable. C’était bien plus réaliste de vouloir être le nouveau Ron Asheton. J’ai toujours voulu recréer le son de guitare du premier album des Stooges, c’est mon Graal. Je m’en suis parfois rapproché, mais je n’ai jamais vraiment réussi.

J’ai voulu m’inspirer de Mick Jagger avec son faux accent sudiste. J’ai aussi essayé de crier comme Nick Cave, mais je n’y arrivais pas.

Un groupe qui vous a donné envie de former le vôtre ?
The Birthday Party. Ce n’est pas du hardcore, mais c’est intense et bruyant. En tant que chanteur, j’ai voulu m’inspirer de Mick Jagger avec son faux accent sudiste. J’ai aussi essayé de crier comme Nick Cave, mais je n’y arrivais pas. Alors il m’a fallu trouver une autre manière de chanter. Aux débuts de Dinosaur Jr., nous n’avons pas eu le temps de nous poser beaucoup de questions. Gerard Cosloy, qui avait été le manager de Deep Wound, venait d’être embauché par le label Homestead [il cofondera plus tard le mythique label Matador] et nous avait promis de sortir notre album. Faire un disque me semblant être le meilleur moyen de trouver des concerts, on en a enregistré un dès que l’on a eu assez de chansons. Voilà pourquoi notre premier LP, Dinosaur (1985), est aussi bizarre : on se cherchait encore, en essayant tout un tas de choses.

Quand avez-vous trouvé votre son ?
Lorsqu’on a enregistré Bulbs of Passion, une face B à l’époque du premier disque. C’est là que toutes nos influences, comme Black Sabbath ou Neil Young, se sont mélangées et ont formé un ensemble cohérent. Ce qui nous a permis d’enchaîner avec You’re Living All Over Me (1987).

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Votre solo de guitare préféré ?
Sans doute celui de Machine Gun, de Jimi Hendrix. La première note est incroyable ! C’est d’abord une question d’émotion. C’est pourquoi j’ai du mal avec les solos dans le metal. J’adore Slayer, par exemple, tout sonne incroyablement, mais les solos ne dégagent aucune émotion. On dirait juste des abeilles qui bourdonnent.

r There Near, Dinosaur Jr. (Jagjaguwar).

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