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“J’ai pris goût aux gens qu’on appelle les fous” : dans ‘Ensemble, on aboie en silence’, l’amour fraternel se heurte au mur de la schizophrénie…

Cette semaine, on vous propose une déclaration d'amour pour un frère schizophrène, un nouveau regard sur la courte vie de "Billy The Kid" ou encore les récits inédits du maître japonais Jirô Taniguchi !

Allez, c'est parti pour un début d'automne aussi en bandes dessinées ! Vous connaissez la formule, nous vous parlons d'une série de BD qui sont sorties dans les semaines précédentes. On vous fait un résumé de l'histoire et on vous dit ce qu'on en a pensé. Simple et direct, comme la DH !

La BD western : Billy The kid dans une version encore jamais vue !

"Billy The Kid, L'histoire est toujours écrite par les vainqueurs" chez Casterman. Qui était réellement Billy the Kid ? Un cow-boy sans foi ni loi, à la solde des plus grands éleveurs que l'Amérique n'ait jamais connus, ou un simple gamin broyé par une société en proie au capitalisme en plein essor ?

Ce qu'on en a pensé. Le Far West à la fois mythique et démythifié avec un titre qui n'est pas anodin "L'histoire est toujours écrite par les vainqueurs". Surtout lorsque l'on sait que le récit a été colporté en grande partie par l'assassin de Billy The kid… Les auteurs, Alexandre Chenet au scénario et Loïc Sécheresse au dessin, se sont en tous les cas donné les moyens avec 240 pages pour s'approprier sans doute l'un des plus grands mythes de ce monde fantasmé. Ils placent Billy dans une trajectoire réinterprétée. Ce jeune gars paumé et en quête d'un avenir se retrouve au milieu d'un monde de riches exploiteurs avec leur intérêt personnel comme seul horizon. L'argent, la politique corrompent et mènent à la violence, Billy l'apprendra rapidement et bien avant ses 20 ans…

Les dessins de Loïc Séchresse permettent d'" aérer" une histoire tout de même assez dense qui pourrait refroidir certains. Le côté aquarelle, relâché et très dynamique du trait, qui ne manque pas d'expressivité non plus ni d'humour, offre bien plus qu'une BD western classique.

La BD fratrie blessée : quand la schizophrénie n'arrive pas à séparer deux frères

"Ensemble, on aboie en silence" chez Dupuis. Ils sont deux frères : Guillaume l'aîné et Thibault le cadet. En 2001, Thibault est diagnostiqué schizophrène. À cela, son grand frère, son protecteur de toujours, ne peut rien. Voilà le point de départ de cette histoire hors du commun, une histoire de famille qui aurait pu tourner à la tragédie mais qui se transforme en voyage de découverte de l'un et de l'autre. Une lettre d'amour autobiographique du rappeur Gringe à son frère cadet atteint de schizophrénie.

Ce qu'on en a pensé. En Belgique, chaque année, se tient la "semaine de la santé mentale". En 2026, elle aura lieu du 5 au 11 octobre prochain. L'un des objectifs de cette initiative est de lutter contre les tabous qui entourent toujours ce type de maladies…

On peut voir ainsi, en partie du moins, l'adaptation en BD du livre de Guillaume Tranchant (Gringe) par Gaët's et Monier. Deux frères pris dans la violence et la solitude de la schizophrénie vécue par l'un des deux. Obligés de repenser leur fratrie et d'avancer malgré toutes les dérives forgées par la maladie. Une BD terriblement humaine et hors des conventions. Une BD qui valorise aussi, forcément, la différence.

Un récit qui permet aussi d'entrer un peu dans cette tête envahie par des voix, des visions et un monde complètement parallèle. Thibault a accepté de livrer ses "folles" histoires à son frère ! Et Julien Monier de dessiner donc cette part invisible de la maladie. Son travail est d'ailleurs impressionnant pour essayer de s'approcher d'une "crise"… Ses planches sombres, à l'ambiance inquiétante, sont bien entendu son interprétation démonstrative mais très prenantes.

Avec ce constat : face à une tragédie universelle, l'amour, la tendresse et le chemin vers l'autre restent les meilleurs alliés contre l'isolement et l'oubli… Édifiant !

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La BD gastronomique : voyage au cœur du plaisir de donner du plaisir

"Oui, chef ! Un maestro aux pianos" chez Dargaud. Antoine Quéron a gravi tous les échelons, de commis à directeur de restaurant en passant par chef de brigade. Son créneau était notamment la cuisine minceur. À travers de nombreuses anecdotes et conseils de cuisine, il raconte son parcours avec passion et humour en compagnie de Florence Cestac, adepte du bon vivre et des plaisirs de table. Cet ouvrage permet aussi de découvrir quelques petits secrets de cuisine à tous ceux qui s'intéressent à la cuisine.

Ce qu'on en a pensé. Plongée dans la trajectoire plus ou moins fictionnelle d'un jeune apprenti cuisinier au nom évocateur, Belmanger. En effet, il s'agit en partie des mémoires de l'ancien chef étoilé Serge-Antoine Quéron reconverti depuis mais toujours actif dans le secteur de la gastronomie. Le lecteur accompagne le personnage principal dans diverses brigades. Ce dernier le vit avec plus ou moins de bonheur pour ensuite arriver au graal de tout chef : lancer sa propre adresse et viser l'excellence. On rit volontiers des travers d'un secteur dur qui met la vie entre parenthèses de ses protagonistes. Un récit humain et bon vivant comme l'est d'ailleurs le trait reconnaissable de la dessinatrice qui affiche une bonhomie qui cadre superbement avec le sujet de la BD. Gourmand !

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La BD "ultime récits" inédits d'un maître japonais disparu

"Invitations" Chez Casterman. Jirô Taniguchi, le plus francophone des auteurs de manga, créateur de "Quartier lointain" et du "Gourmet solitaire", s'est éteint en 2017. Au moment de sa disparition, il s'était lancé dans des adaptations de grands auteurs. Autour des thèmes de la déambulation comme art d'être au monde, il s'empare de la figure de Lafcadio Hearn, écrivain voyageur épris du Japon et de son riche répertoire d'histoires de fantômes. Inachevés, ces récits sont le témoignage bouleversant de la créativité d'un immense auteur.

Ce qu'on en a pensé. En tournant les pages de ce "petit trésor" redécouvert composé de quatre histoires au total, on ne peut que regretter la mort l'auteur japonais à l'âge de 69 ans. Et pour les amateurs de BD et de mangas, il semble évident que la publication posthume des ultimes travaux de Jirô Taniguchi, laissés inachevés, est une pépite. En effet, de nombreuses pages n'ont pas pu être "encrées". Ce qui rend sans doute ce recueil d'histoires courtes encore plus émouvant. Et pour ceux qui ne connaîtraient pas cet auteur franchement incontournable, c'est une excellente approche car tout son magnifique univers est rassemblé dans ce petit ouvrage.

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Rayon sorti, nous pouvons également vous annoncer d'autres BD. D'abord, "Les 400 coups" chez Fluide Glacial. 22 auteurs prennent le temps de se souvenir de leur temps passé sur les bancs de l'école… Leurs pires moments d'école avec émotion, force et sincérité pour en finir avec l'idée que l'école, c'était mieux avant. Entre brimades, humiliations, violences physiques, violences morales ou encore pressions institutionnelles, bagarres entre élèves et punition injuste, pas facile d'aller à l'école avec cette boule au ventre.

Toujours chez Fluide Glacial, voici Lenny et son premier tome "On ne choisit pas sa famille !" Ce jeune garçon, sorti de l'imagination de l'auteur Relom, doit composer avec sa petite sœur Zaza qui est hyperactive, violente, et qui requiert toute l'attention de ses parents. Elle a un comportement clairement problématique mais les parents ne s'en rendent pas compte et décident que Lenny a besoin d'aller voir une psy. Seulement, la psy comprend vite que c'est tous les membres de la famille qui ont besoin de suivre une thérapie… Humour et bienveillance sont au programme !

Ensuite, le tome 2 de "Zebraska" chez Dupuis est aussi disponible. Il s'agit de la suite et fin de l'histoire du jeune Marty et qui invite à réfléchir à la condition des HPI (Haut Potentiel Intellectuel). La série est basée sur le roman d'Isabelle Bary. En 2055, dans un monde apaisé après les mesures de la "Grande Bascule", qui ont sauvé la Terre d'un burn-out global, Marty vit pourtant dans l'incertitude. Car dans cette société sans livres ni mémoire historique, l'adolescent découvre, grâce à Zebraska, la BD réalisée par sa grand-mère, que d'horribles crimes ont été perpétrés par le passé…