eM-Rhône : l’État ne finance qu’un tiers de l’usine -Lyon Capitale
La plateforme chimique des Roches-Roussillon, où doit être construite l’usine eM-Rhône © Tim Douet Le 22 juillet, Bercy a retenu eM-Rhône parmi les trois premiers lauréats de son mécanisme ...

La plateforme chimique des Roches-Roussillon, où doit être construite l’usine eM-Rhône © Tim Douet
Le 22 juillet, Bercy a retenu eM-Rhône parmi les trois premiers lauréats de son mécanisme de soutien à l'hydrogène décarboné. Sept mois plus tôt, un rapport de la Commission nationale du débat public racontait autre chose.
L'État a promis 778 millions d'euros sur quinze ans à trois projets d'hydrogène décarboné. Le deuxième s'appelle eM-Rhône et doit sortir de terre en Isère, sur la plateforme chimique des Roches-Roussillon. Il n'en touchera qu'une part, et pour un tiers seulement de sa production.
Un tiers de l'usine, pas les navires
Le soutien porte sur une capacité d'électrolyse de 61,1 mégawatts, soit 50 000 tonnes de méthanol par an. L'installation doit en produire 150 000. Un tiers, donc.
Elyse Energy l'écrit elle-même dans son communiqué du 22 juillet : les deux tiers restants, principalement destinés au transport maritime, relèvent d'usages non éligibles au mécanisme. Bercy précise que ce choix ne traduit aucune défiance, mais que les usages de l'hydrogène dans le transport relèvent d'autres dispositifs. Lancé en 2024, ce mécanisme vise les premières unités françaises d'électrolyse de grande capacité destinées à l'industrie. L'État ne ventile toutefois pas les 778 millions entre les trois lauréats : le montant perçu par le projet isérois reste inconnu.
En décembre, la chimie n'était plus au programme
Le 19 décembre 2025, Jonas Frossard rendait son rapport final sur la concertation. Désigné par cette commission, un garant veille à l'information du public sur les grands projets d'aménagement.
Il y consigne un échange sur la viabilité économique du projet. Le e-méthanol coûte plus cher que le méthanol classique. Elyse Energy s'orientait alors vers le transport maritime, mieux encadré par la réglementation climatique. Pour les industriels de la chimie, le prix restait trop élevé. Ces débouchés étaient, écrit le garant, « abandonnés en l'état actuel du projet ».
Sept mois plus tard, l'État soutient précisément la part industrielle. L'entreprise, elle, la revendique de nouveau. Le mécanisme public a-t-il rendu ce débouché finançable ? L'entreprise ne l'a pas commenté.
Le calendrier, lui, s'est encore étiré. La décision finale d'investissement est désormais visée début 2027, pour une mise en service industrielle en 2030. En septembre 2023, l'entreprise annonçait une construction courant 2025 et une ouverture début 2028.
L'eau, le carbone et une cimenterie ardéchoise
Le projet a franchi ses principaux obstacles réglementaires. L'autorisation environnementale et le permis de construire ont été délivrés, les études d'ingénierie détaillées sont achevées. Le tour de table réunit Hy24, Bpifrance, PGGM et Mirova, un pool bancaire, une garantie de l'État via Bpifrance Assurance Export et le Fonds européen pour l'innovation depuis 2023.
Deux dépendances demeurent. Le carbone d'abord : il faut 213 000 tonnes de CO2 par an, captées à la cimenterie LafargeHolcim du Teil, à cent kilomètres, et acheminées par train. Le partenariat est exclusif. Or le cimentier n'a lancé son ingénierie détaillée qu'au début de 2026, pour une mise en service visée en 2029. Si ce maillon glisse, l'usine iséroise n'a pas de solution de rechange.
L'eau ensuite. L'usine consommera 2,7 millions de mètres cubes par an, prélevés dans la nappe alluviale voisine de l'île de la Platière, réserve naturelle nationale de 500 hectares. Le sujet a dominé la concertation. Le projet de territoire pour la gestion de l'eau impose par ailleurs au gestionnaire de la plateforme une forte baisse de ses prélèvements. Elyse Energy assure rester compatible avec cette trajectoire.
Pour son cofondateur Benoît Decourt, la souveraineté énergétique « se construira aussi autour des raffineries électriques ». Encore faut-il que la première tienne son calendrier. Les lauréats ont jusqu'à la mi-septembre pour constituer leurs garanties financières. En cas de désistement, l'État peut se tourner vers les projets suivants au classement.
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