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iPhone Duo et écran mat : le vrai faux pas d’Apple ?

Toutes les prises en main de l’iPhone Duo ont salué un pli invisible et un écran sans reflets. Elles ont été faites à Apple Park, sous une lumière choisie par Apple. Hier soir, John Ternus a sorti le sien sur l...

Toutes les prises en main de l’iPhone Duo ont salué un pli invisible et un écran sans reflets. Elles ont été faites à Apple Park, sous une lumière choisie par Apple. Hier soir, John Ternus a sorti le sien sur le tapis des Emmy Awards, en plein jour, et l’écran déplié est apparu pâle et à peine lisible. Depuis, un doute monte : cette finition mate, empruntée à l’iPad Pro, ne rend-elle pas l’écran moins net, moins contrasté, moins vif ? Samsung, Xiaomi, Oppo et Vivo n’ont jamais fait ce choix.

Crédits : Deadline

Lundi soir, sur le tapis indigo du Peacock Theater de Los Angeles, John Ternus arrive aux 78e Emmy Awards en smoking, sort un iPhone Duo de sa poche intérieure devant la caméra de Deadline, le déplie et le tend vers l’objectif. Le nouveau patron d’Apple fait sa première sortie mondaine avec le smartphone qui n’est pas encore en vente, et c’est la première fois qu’on le voit ouvert ailleurs que dans une salle de démonstration.

Apple CEO John Ternus shows the new iPhone Duo | #Emmys pic.twitter.com/7a6Rp1yMSS

— Deadline (@DEADLINE) September 14, 2026

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Ce qu’on voit, c’est un écran d’accueil gris, délavé, dont les icônes se devinent plus qu’elles ne se lisent. On ne sait rien du réglage de luminosité, on ne sait pas si l’appareil sortait d’une poche avec l’écran à peine réveillé, on ne sait pas ce que la compression vidéo a fait aux couleurs. Mais l’image a fait le tour de X en une heure, et elle a donné un visage à une inquiétude qui montait depuis trois jours.

Cette inquiétude a un déclencheur précis, un post d’Ice Universe, un des leakers les plus suivis, publié dimanche : le Duo aurait « un pli moins visible, mais un écran moins net et moins clair », avec un aspect « brumeux » sous certains éclairages, et Apple devrait répondre à une question simple, « combien de netteté les utilisateurs sont prêts à sacrifier pour un pli moins visible ».

Le Tech Chap l’avait dit dès mercredi dans sa prise en main, avec plus de mesure : la nanotexture réduit visiblement le contraste sur les MacBook Pro, et un film pourrait paraître moins vif que sur l’écran brillant d’un Galaxy Z Fold 8. Voilà un sujet qui touche au choix technique le plus original de l’iPhone Duo.

Ce qu’est la nanotexture, et ce qu’elle n’est pas

Commençons par le vocabulaire, parce qu’il circule beaucoup d’approximations. La nanotexture n’est pas un rétroéclairage, un OLED n’en a pas. Ce n’est pas non plus un film antireflet collé, ni un traitement chimique.

C’est une gravure de la surface de l’écran, à l’échelle du micron, qui remplace la surface lisse par un relief de microlentilles. Sur une surface brillante, la lumière ambiante rebondit en miroir et forme des reflets nets, une fenêtre, un plafonnier, votre propre visage. Sur une surface gravée, la même lumière est diffusée dans toutes les directions et se transforme en un voile uniforme, beaucoup moins gênant.

On avait l’option nanotexture dans notre test de l’Apple iPad Pro 11 M5 (2025) // Source : Frandroid

Apple l’utilise depuis 2019 sur le Pro Display XDR, puis sur le Studio Display, l’iPad Pro M4 et les MacBook Pro, toujours en option payante, toujours sur du verre.

Sur le Duo, elle l’applique pour la première fois sur du polymère, la couche de contact d’un écran pliant, avec un procédé de lithographie laser sans masque, microlentille par microlentille, qu’on avait détaillé dans les trois innovations que personne n’avait vues venir.

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Pourquoi ça cache le pli ? Parce que le pli d’un écran pliant est d’abord un problème de reflet. La zone centrale n’est jamais parfaitement plane, et une surface brillante trahit la moindre ondulation en y dessinant une ligne claire ou sombre selon l’angle de la lumière.

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Diffusez cette lumière, et la ligne disparaît avec elle. Le pli est toujours là, on le sent au doigt, et plusieurs prises en main le voient sous un angle rasant ou écran éteint. Mais dans l’usage, il ne saute plus aux yeux. C’est un tour de passe-passe optique, et un bon. Apple l’a doublé d’une charnière qui soutient le centre de la dalle et d’un empilement avec verre au-dessus et au-dessous de l’OLED, dont on a comparé la mécanique à celle de Samsung et Xiaomi, mais c’est bien la surface mate qui fait le gros du travail visuel.

Ce que disent les mesures, et ce que disent les yeux

Sur les chiffres qui se mesurent au colorimètre, la nanotexture ne coûte presque rien. Tom’s Guide avait comparé un MacBook Pro M4 nanotexturé au M3 brillant : 556 nits contre 559 en SDR, 80,2 % de DCI-P3 contre 79,1, un Delta E légèrement meilleur. La luminosité de crête et la couverture colorimétrique passent à travers la gravure sans dommage mesurable, et le testeur note même des angles de vision plus larges, ce qui est logique, une surface qui diffuse la lumière la diffuse aussi vers les côtés.

Crédits : Apple

Apple, de son côté, affiche les mêmes trois valeurs de luminosité pour le Duo que pour les 18 Pro, 1 000 nits en usage courant, 1 600 en HDR, 3 000 en plein soleil, et un contraste de 2 000 000:1 pour l’écran interne.

La crainte d’une perte de luminosité ou de gamut est donc infondée, ou du moins ne trouve aucun appui dans ce qu’on a pu mesurer sur Mac. Ce qui rend l’image des Emmy d’autant plus troublante : un écran capable de 3 000 nits ne devrait pas ressembler à ça en extérieur, sauf si personne n’avait monté la luminosité.

Crédits : Apple

Le problème est que ce n’est pas là que ça se joue. Une surface qui diffuse la lumière ambiante diffuse aussi celle qui sort des pixels. Trois effets en découlent, et ils sont documentés par deux ans de retours d’iPad Pro.

Un léger grain d’abord, un scintillement coloré sur les aplats clairs, que certains ne voient jamais et que d’autres ne voient plus que lui. Une netteté un peu moindre ensuite, le texte paraissant « légèrement plus doux » selon les testeurs, « encore net » pour la plupart, insuffisant pour un artiste comme David Lewis qui a rendu son iPad Pro nanotexturé au bout d’une semaine faute de « clarté, netteté et contraste ». Et un contraste perçu plus bas en pièce éclairée, parce que le voile uniforme de lumière diffusée relève le niveau de noir là où un écran brillant garderait des noirs profonds entre deux reflets.

Crédits : Apple

Dans le noir complet, l’OLED reste un OLED. Sous un plafonnier, ou sous le ciel de Los Angeles, le mat perd de sa profondeur. Le Tech Chap a raison sur ce point, et le film du soir sur le Duo aura probablement moins de punch que sur un Fold 8, que l’on comparait poste par poste.

Il y a deux autres points que les retours iPad Pro ajoutent au dossier. La fragilité de la gravure, d’abord : dans le test de résistance de JerryRigEverything, la surface nanotexturée de l’iPad Pro M4 marquait plus tôt que le verre brillant, une lame ou un tournevis laissant des traces là où Ceramic Shield n’en garderait pas.

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Apple dit avoir ajouté un revêtement anti-rayures sur le Duo, mais on rappelle que la couche de contact reste un polymère, et qu’aucun pliant n’a jamais survécu à une clé dans la poche.

L’entretien, ensuite : la nanotexture retient moins les traces de doigts qu’un verre brillant, tous les utilisateurs le confirment, mais elle se nettoie moins bien, Apple livrant un chiffon dédié avec ses écrans Studio et déconseillant tout autre tissu. Sur un téléphone qu’on ouvre cent fois par jour, c’est une contrainte que l’iPad n’avait pas.

Pourquoi Samsung, Xiaomi et les autres ne l’ont pas fait

Si la nanotexture réglait le pli sans contrepartie, Samsung l’aurait adoptée avant sa huitième génération. Les constructeurs Android connaissent le mat, TCL vend des tablettes NXTPAPER gravées depuis 2021, Huawei a son PaperMatte, Xiaomi, Honor et Oppo en proposent sur leurs tablettes.

Sur un smartphone pliant, tous ont fait le choix inverse : une surface brillante avec un traitement antireflet chimique, et un travail sur la mécanique pour aplanir le pli. Le Fold 8 revendique un pli 20 % moins visible que le Fold 7, le Xiaomi 18 Fold empile deux verres ultrafins, et sur les deux le pli est déjà discret, sans sacrifier la brillance qui vend un OLED en magasin. Leur raisonnement est celui d’un vendeur de smartphone : en rayon, à côté d’un écran brillant, un écran mat paraît terne, et le client choisit avec les yeux avant de choisir avec les reflets.

Apple a fait le pari inverse parce qu’elle vend autrement. Ses clients n’achètent pas en comparant deux écrans côte à côte chez Darty, ils achètent sur la promesse, et la promesse du Duo tient en une image, un écran qui se déplie sans ligne au milieu et sans reflet. Pour tenir cette image, Apple accepte un rendu un peu moins spectaculaire en vidéo, et elle le compense par un argument que les autres n’ont pas : le Duo est aussi un iPad mini, un objet pour lire, écrire, annoter avec un Apple Pencil, où le mat est un avantage et non un défaut.

Le choix est cohérent avec le produit. Il n’est pas neutre, et Apple le sait, puisqu’elle a laissé l’écran externe brillant et qu’elle n’a publié aucun chiffre de réflectance, ni pour la nanotexture, ni pour l’antireflet classique.

D’ailleurs, petit détail, la zone au-dessus de la caméra FaceTime cachée n’est pas gravée, pour laisser passer la lumière vers le capteur. Elle est donc brillante au milieu d’un écran mat, et c’est précisément ce contraste de texture qui la rend visible sous certains angles.

La solution au pli crée le défaut de la caméra. Et il faudra les tests complets, en plein jour, dans un salon, dans un train, avec un film et avec un livre, pour dire si le compromis est bon.

Les prises en main d’Apple Park ne pouvaient pas le dire, on l’avait écrit en les résumant. Trois secondes de tapis rouge filmées par Deadline non plus, et John Ternus, s’il avait su que cette image deviendrait la première du Duo en extérieur, aurait probablement monté la luminosité avant de le sortir de sa poche.

Ce qu’on peut dire dès maintenant, avec deux ans d’iPad Pro derrière nous, c’est que la nanotexture ne détruit ni la luminosité ni les couleurs, qu’elle adoucit le grain de l’image et relève les noirs en pièce éclairée, et que ceux qui l’ont détestée sur iPad la détesteront sur iPhone. Ils sont une minorité. Mais à 2 339 euros, ils auront raison d’aller voir l’écran en boutique avant de le commander, ce qui sera possible dès le 23 octobre.

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