thejournalofsierraleonestudies.com

Interview. Rentrée scolaire : « 10 millions d’élèves seront interrogés sur les violences sexuelles », annonce le ministre de l’Éducation

Pouvez-vous garantir qu'il y aura un professeur devant chaque classe dès le premier jour ?« C’est très clairement l’objectif, toutes les équipes y travaillent. On ne peut jamais garantir le zéro exception. Cepe...

Pouvez-vous garantir qu'il y aura un professeur devant chaque classe dès le premier jour ?

« C’est très clairement l’objectif, toutes les équipes y travaillent. On ne peut jamais garantir le zéro exception. Cependant, les derniers éléments que j’ai me font dire que nous sommes en passe d’atteindre cet objectif. »

Cette rentrée est encore marquée par de nombreuses fermetures de classes, notamment en milieu rural. Avez-vous mesuré les risques pour les territoires déjà menacés par la désertification ?

« Chaque année, au mois de mars, les élus découvrent qu’une classe va fermer ou ouvrir au mois de septembre suivant. Dans un contexte de baisse démographique, c’est insupportable. C’est pourquoi, je veux agir au lieu de subir : il nous faut une politique d’aménagement du territoire scolaire. Nous avons lancé en avril une expérimentation dans 18 départements pilotes pour changer la manière dont est décidée la carte scolaire. Mon objectif est que les maires de ces départements aient une visibilité à cinq ans de la carte scolaire. Par ailleurs, je vais créer d’ici le 1er novembre, une direction de la politique territoriale de l’École, qui sera chargée de piloter cette politique d’aménagement du territoire. Mon objectif : que début janvier 2027, nous ayons la même méthode pour tous les départements de France. »

« L’usage du téléphone portable sera interdit dans les lycées »

Malgré la censure par le Conseil constitutionnel concernant certains articles de la loi sur l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans, celui sur l’interdiction des téléphones portables aux lycées sera bien effectif pour la rentrée. Comment cela va-t-il se passer ?

« Le président de la République a pris la décision de promulguer la loi qui sera publiée ce mardi. Comme c’était déjà le cas à l’école et au collège, l’usage du téléphone portable sera interdit dans les lycées. Les élèves pourront l’avoir sur eux, mais les appareils devront être éteints et rangés dans les sacs ou les casiers. Si la règle est transgressée, il y aura des confiscations. Mais grâce à des dérogations, les établissements pourront adapter cette règle à leur règlement intérieur si, par exemple, le portable sert à régler le repas à la cantine, ou à des usages pédagogiques. »

Groupes de besoin au collège : « Je ne veux pas imposer une même organisation pédagogique partout »

Les groupes de besoin au collège ne seront plus obligatoires en cette rentrée. Cette mesure a-t-elle donc été un échec ?

« Les effets sont très inégaux selon les établissements. C’est pour cela que je ne veux pas imposer une même organisation pédagogique partout et que je laisse le choix aux établissements. Ce qui compte, c’est qu'à la fin, les élèves qui sont en difficulté soient plus soutenus et que les élèves qui sont à l’aise aillent plus loin. »

Comment allez-vous améliorer la protection des élèves contre les violences sexuelles ?

« Un enfant sur 10 est victime de violences sexuelles en France. Aussi, j’ai décidé qu’à l’occasion de la passation du questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire, distribué chaque année au mois de novembre, des questions sur les violences sexistes et sexuelles (VSS) soient ajoutées. De la grande section de maternelle à la terminale, 10 millions d’élèves seront interrogées sur ce qu’ils ont éventuellement été amenés à subir. Ce questionnaire sera anonyme au départ, mais ils auront la possibilité de laisser leurs noms s’ils souhaitent rencontrer un adulte de confiance.

Nous avons deux mois de travail devant nous pour élaborer le contenu du questionnaire avec les personnels scolaires, les associations de parents d’élèves et un comité d’experts dont des pédopsychiatres. Les résultats risquent d’être sismiques, car le phénomène est massif. Rappelons que l’Éducation nationale est le premier signaleur des violences sur mineurs : l’année dernière, elle a émis 88 000 informations préoccupantes ou article 40 (pas seulement pour violences sexuelles, mais aussi des défaillances parentales). »

Éducation à la sexualité : « Je vais demander aux chefs d'établissement et aux directeurs d’école de planifier les trois séances entre octobre et juin »

Les séances d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (Evars) ne sont toujours pas une réalité dans de nombreux établissements. Comment comptez-vous y remédier ?

« Aujourd’hui, 92 % des écoliers, 23 % des collégiens et 15 % des lycéens ont eu au moins une séance. Pour moi, l’application à 100 % n’est pas négociable. On va changer de braquet cette année : je vais demander aux chefs d'établissement et aux directeurs d’école de planifier les trois séances entre octobre et juin. Cette programmation devra être actée dans les premières semaines de l’année. Par ailleurs, si 80 000 personnels ont déjà été formés l’année dernière sur le sujet, l’objectif est que d’ici le mois de décembre, une personne supplémentaire par établissement le soit aussi. »

« On ne touche pas à un professeur, cela doit rester tabou »

Un décret permet de changer d’école un élève dont un parent menace la sécurité d’un membre de l’établissement. Comprenez-vous que cette mesure puisse choquer ?

« Certaines organisations syndicales et des associations de parents d‘élèves ont exprimé des inquiétudes. Je les respecte et j’ai d’ailleurs modifié le texte à la suite de la concertation. Mais j’assume complètement cette mesure. Aujourd’hui, 30 % des incidents graves dans le premier degré sont le fait de parents. On ne touche pas à un professeur, cela doit rester tabou. Ce n’est pas une sanction de changer un élève d’établissement, c’est une mesure de sauvegarde. Et évidemment, il y aura un suivi renforcé de l'élève qui serait amené à changer d’établissement. »

Vous avez donné des consignes de fermeté aux correcteurs du brevet et du bac concernant l’orthographe, ont-elles été suivies et comment dès cette rentrée mieux préparer les élèves à cette exigence ?

« La maîtrise du langage est un élément déterminant dans la réussite scolaire. Pour le brevet et le bac 2026, j’ai donné des orientations, mais j’ai compris qu’il fallait donner un cap clair, plus tôt. Dès la semaine de rentrée, l’inspection générale de l’Éducation nationale rendra publics des éléments de barème, qui comprendront les attendus sur la maîtrise de la langue pour les épreuves de chaque discipline. Les élèves et les professeurs sauront donc à quoi s’en tenir dès le début d’année. »

Expérimentation de l'uniforme : « Ni un échec, ni un gâchis »

L’expérimentation de l’uniforme ne sera pas reconduite à cette rentrée. Pourquoi a-t-elle été un échec ?

« Ce n’est ni un échec, ni un gâchis. Mais l’expérience montre que l’effet aura été globalement assez faible. Sur les résultats scolaires, on n’a pas perçu de changements particulièrement nets. Sur le climat scolaire, les effets ont été assez inégaux. Si ça ne marche pas, on ne va pas s’entêter. Mais si certains veulent continuer l’expérimentation localement parce qu’elle fonctionne, ils sont libres de le faire. »

« Il y a un chantier majeur, c’est la rémunération de la première moitié de carrière »

Une récente étude de votre ministère indique que le salaire moyen a augmenté de 4,3 % en 2024. C’est surtout lié à l’inflation, les primes et les heures supplémentaires, selon les syndicats, qui dénoncent un manque de vraie revalorisation, ce qui pourrait renforcer la crise des vocations. Qu’est-il prévu d’ici la fin du quinquennat ?

« Effectivement, le salaire net des enseignants est passé de 2 649 euros en moyenne en 2021 à 3 090 euros en moyenne en 2024. Selon la Depp, ce salaire net a augmenté de 4,3 % entre 2023 et 2024. Il y a objectivement une augmentation. Est-ce que ça veut dire que les professeurs sont assez payés ? Ma conviction profonde, c’est qu’il faut continuer à améliorer leur rémunération de manière générale. Il y a un chantier majeur, c’est la rémunération de la première moitié de carrière. Entre 0 et 25 ans, c’est à peu près 400 à 500 euros de plus par mois, entre 25 et 35 ans, c’est 1 000 euros de plus par mois. Mais c’est un chantier de nouveau quinquennat. »