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Interview. Guerre au Moyen-Orient : « Plus l’intensité militaire monte, plus le prix du pétrole s’enflamme »

Alors que le cours du pétrole a encore dépassé ce mercredi la barre symbolique des 100 dollars le baril, le conflit irano-américain sur le détroit d’Ormuz - lieu de trafic de 20 % du pétrole mondial - prend un autre tournant. Washington frappe cinq pétroliers iraniens et Téhéran cible une base américaine située en Jordanie. Entretien avec Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de l’Iran.

Alors que le cours du pétrole a encore dépassé ce mercredi la barre symbolique des 100 dollars le baril, le conflit irano-américain sur le détroit d’Ormuz - lieu de trafic de 20 % du pétrole mondial - prend un autre tournant. Washington frappe cinq pétroliers iraniens et Téhéran cible une base américaine située en Jordanie. Entretien avec Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de l’Iran.

Propos recueillis par Mondo Guest -

Hier à 21:00

Digiteka PlaceHolder

Les frappes croisées entre Washington et Téhéran se poursuivent. Quelles sont les conséquences économiques de cette escalade ?

« Plus l’intensité militaire monte, plus le prix du pétrole s’enflamme. Paradoxalement, cela ne change pas grand-chose pour l’Iran, qui subit déjà de plein fouet le blocus américain sans pouvoir le contourner. En revanche, l’explosion des prix des carburants et les tensions sur les capacités de raffinage frappent directement les économies occidentales. C’est ici que la stratégie de Donald Trump montre ses limites : le secrétaire d’État au Trésor américain affirmait que la pression mettrait Téhéran à genoux. Certes, l’arrêt des exportations de pétrole pèse lourdement sur la population iranienne, avec une inflation qui frôlait les 90 % en juillet. Mais la réaction de l’Iran était prévisible. Et sécuriser le détroit d’Ormuz par la force coûte une fortune aux États-Unis. À terme, cette situation est intenable pour eux également. »

L’Iran semble opposer une résistance inattendue. Étant donné la situation économique du pays, le régime n’a-t-il pas grand-chose à perdre ? Est-il en position de force dans ce bras de fer ?

« C’est plus complexe. Cependant, la surprise est réelle : même la population iranienne s'étonne de la capacité de son armée à résister à la puissance israélo-américaine. La clé repose sur leur arsenal balistique et leur contrôle du détroit d’Ormuz. »

Thierry Coville, chercheur spécialiste de l’Iran à l’Iris, auteur de L’Iran, une puissance en mouvement (Éditions Eyrolles). Photo DR

Thierry Coville, chercheur spécialiste de l’Iran à l’Iris, auteur de L’Iran, une puissance en mouvement (Éditions Eyrolles). Photo DR

« Les négociations restent en toile de fond »

Est-ce que l’horizon des élections de mi-mandat américaines peuvent permettre d’espérer un retour des Américains à la table des négociations autour du protocole d’accord signé en juin ?

« Rappelons-nous d’abord que Téhéran nourrit une méfiance absolue envers Donald Trump, qui les a attaqués deux fois en pleine négociation, lors de la guerre des Douze Jours en 2025 et la guerre des 40 jours en 2026. Par ailleurs, l’Iran n’abandonnera jamais la carte du détroit d’Ormuz, quitte à y structurer un système de péage avec le sultanat d’Oman. Il faut également noter que la frange la plus radicale qui compose le régime iranien pense que Donald Trump les réattaquera aussitôt après les élections de mi-mandat. C’est dire la méfiance qui règne. D’autre part, le calcul de l’Iran est d’affaiblir politiquement Trump. Ils constatent que le contrôle du détroit fait grimper le prix de l’essence, ce qui pèse sur les élections américaines. La stratégie consiste donc à tenir, même si cela coûte très cher à la population. »

Ce degré de méfiance exclut-il toute possibilité de négociation ?

« La méfiance est maximale des deux côtés. C’est pourquoi l’Iran continue de se réarmer et de développer ses capacités balistiques. Pourtant, les négociations restent en toile de fond. Une délégation du Qatar est récemment venue à Téhéran pour discuter d’un plan de paix. Les Iraniens ne sont pas opposés au dialogue, mais ils exigent un retour au protocole d’accord de juin. Les États-Unis refusent car ils estiment dominer le rapport de force. La conséquence, c’est que Téhéran et Washington sont tous les deux perdants d’une situation dont ils poursuivent l’escalade. »

Cette crise et les destructions économiques n’affaiblissent-elles pas le régime iranien ?

« C’est le grand paradoxe. L’économie est en partie détruite, mais cette guerre a profondément transformé les esprits. Contrairement aux prévisions de l’opposition à l’étranger ou d’Israël, nous n’avons vu aucune manifestation de protestation. Au contraire, un puissant sursaut nationaliste est apparu, dépassant largement la base habituelle du régime. Pour la population, il faut décourager les États-Unis et Israël de les attaquer constamment. L’agression extérieure a, de fait, renforcé le soutien au pouvoir. »