Interview. Géraldine Nakache repasse derrière la caméra pour Si tu penses bien, drame puissant sur l’emprise conjugale
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Géraldine Nakache repasse derrière la caméra pour Si tu penses bien, drame puissant …
Pour son quatrième film en tant que réalisatrice, Géraldine Nakache passe au drame avec Si tu penses bien, en salles ce mercredi. Un film fort sur les violences conjugales et l’emprise au sein d’un couple juif. Nous avions rencontré la cinéaste lors de la présentation du film au dernier Festival de Cannes.
Propos recueillis par Thibault Liessi -
Aujourd’hui à 20:15
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Si tu penses bien parle de violences conjugales au sein d’un couple juif pratiquant. N’avez-vous pas eu peur que le côté religieux ne trouve pas d’écho auprès du public ?
Géraldine Nakache : « Non, car même si la religion juive est partie prenante du scénario du film, c’est d’abord une histoire sur les violences conjugales qui concerne toutes les femmes. J’ai croisé la vie de personnes qui ont vécu ce sujet. J’ai parfois su voir qu’il y avait un problème, d’autres fois je n’ai pas su. C’est aussi pour cela que l’entourage du couple est présent, car ce sont eux qui peuvent ressentir qu’il y a des violences. »
Parmi cet entourage, on retrouve des amis, de la famille. Mais aussi des religieux. Comment imbriquer cet aspect dans l’histoire du couple ?
« Il fallait montrer toute l’ambivalence que peut avoir la religion sur la vie de couple. Le film commence par le rite de mikvé, qui est un bain de purification que les femmes juives peuvent prendre à la fin du cycle menstruel pour être considérées comme “pures”. Au début, on ressent que cet acte emprisonne Gil, la femme du couple, mais au fur et à mesure, elle se rend compte qu’elle peut reprendre du pouvoir en choisissant ou en refusant de pratiquer le mikvé. La religion juive, comme toutes les autres religions, se base sur la croyance. Pour moi, croire, c’est aussi douter, se poser des questions et se remettre en cause. De mon point de vue, Gil est plus du “bon” côté de la religion que son mari Jacques, qui lui ne doute jamais. »
Géraldine Nakache. Photo Sipa/Edmon Sadaka
« Une violence insidieuse »
Vous vous attachez à montrer les violences psychologiques au quotidien. Pourquoi ?
« C’est lié à la nature de Jacques. Ce n’est pas un pervers narcissique qui veut éblouir en société, mais un homme qui veut tout contrôler, et mettre sous cloche sa famille, quitte à les blesser. C’est une violence bien plus insidieuse. La scène clé pour comprendre la monstruosité de ses actes, c’est quand il affirme à Gil qu’il ne la frappera jamais. Qui a besoin de dire ça ? C’est un acte d’emprise sur son couple. »
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Comment avez-vous trouvé votre Gil (Monia Chokri) et votre Jacques (Niels Schneider) ?
« Monia n’est pas qu’actrice, elle est aussi réalisatrice, et avec Simple comme Sylvain, elle a su montrer une relation amoureuse crédible. Je savais que Monia réussirait à faire passer les sentiments contradictoires qui passent par Gil. Niels a une personnalité solaire, et c’était un contre-emploi de le faire jouer Jacques. Mais je voulais qu’on puisse en tomber amoureux, et comprendre que ce n’est pas si simple de s’en aller. »
Ce qu'on a pensé du film
Comment se construit une relation toxique ? Et comment s’en sortir ? Dans Si tu penses bien, son quatrième film en tant que réalisatrice, Géraldine Nakache nous fait suivre sur six années (sans pour autant rester dans un ordre chronologique) le couple de Gil (Monia Chokri) et Jacques (Niels Schneider), de l’amour sincère jusqu’aux menaces de mort. La cinéaste s’attache à montrer toute l’ampleur des violences psychologiques, où le responsable passe d’un sourire à l’intimidation en une phrase, où la victime ne sait plus quelle est sa position et où est le danger.
Une dualité qui concerne aussi l’autre grand sujet du film, la religion - ici le judaïsme. Elle est montrée autant comme un outil de domination que comme un instrument d’émancipation. Une complexité qui nécessite une grande finesse dans la cinématographie du film, et Géraldine Nakache s’en sort admirablement. Entre un montage au cordeau et une distribution intense, Si tu penses bien possède toutes les qualités d’un drame puissant.
Si tu penses bien de Géraldine Nakache, en salles dès ce mercredi 16 septembre. Durée : 1 h 34.