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Interview. Daniel Baal (Crédit Mutuel) : « Il ne faut surtout pas briser l’effet de levier qu’ont les bénévoles »

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Pour Daniel Baal, président du Crédit Mutuel (*), partenaire du Forum national des associations et fondations (FNAF), il y a un risque social et économique majeur à réduire le soutien aux associations. Il plaide pour davantage de reconnaissance, de formation et d’accompagnement pour mieux mesurer l’impact des actions qui sont conduites.

Propos recueillis par Fabrice Veysseyre-Redon -

Aujourd’hui à 08:00

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En tant que partenaire du Forum national des associations et fondations (FNAF), qui démarre ce jeudi, et d’un grand nombre d’associations en France, quel diagnostic faites-vous du tissu associatif en 2026 ?

« Pas meilleur qu’en 2025 hélas. Le monde associatif est inquiet, il reste aujourd’hui confronté à des baisses de revenus et dans une certaine mesure à une crise du bénévolat. »

Comment davantage encourager le bénévolat et l’engagement des collaborateurs ?

« Par d’abord davantage de reconnaissance. J’ai parfois le sentiment que les associations sont invisibles aux yeux de certains. Au niveau des communes et des maires en particulier, elles bénéficient d’une véritable reconnaissance. En revanche, elles sont trop souvent la variable d’ajustement aux niveaux supérieurs. Les associations sont un ciment pour la nation, ciment pour la cohésion. Ce sont elles qui font vivre sur le terrain, le sport, la culture, l’engagement citoyen, la solidarité… Bravo au FNAF et à la presse quotidienne régionale de leur donner voix au chapitre ! »

« Quand je vois que le Secours catholique est obligé de licencier 50 collaborateurs, je suis préoccupé ». Photo EBRA/Alexandre Marchi

« Quand je vois que le Secours catholique est obligé de licencier 50 collaborateurs, je suis préoccupé ». Photo EBRA/Alexandre Marchi

« Quand une entreprise ou une collectivité donne un euro à une association, l’action est décuplée par le biais des bénévoles » 

« Il faut donner les moyens d’exercer au mieux leur mission aux bénévoles et notamment par de la formation qui leur permet une montée en compétences, en particulier dans le sport, ce à quoi nous travaillons. Nous ferons bientôt des annonces dans ce sens. Plus concrètement, dans notre entreprise, nous permettons une absence de 12 jours ouvrés par an sans perte de salaire pour des femmes et des hommes réservistes qui décident, en parallèle de leur activité salariée au sein du groupe, de s’engager dans les réserves opérationnelles au service de la protection de la Nation. En parallèle, la plateforme de l’engagement citoyen SOLID’R permet à celles et ceux qui veulent s’engager bénévolement de trouver des associations et des missions qui leur correspondent. Aujourd’hui, 9 645 collaborateurs y sont inscrits. »

L’an dernier vous aviez insisté sur la nécessité de maintenir l’aide publique aux associations. Le déficit public continue de se creuser, doivent-elles selon vous toujours être dispensées de participer à l’effort de redressement ?

« Je suis un fervent partisan d’un retour à une meilleure tenue du budget car la situation actuelle n’est pas satisfaisante et ne peut se poursuivre. C’est un enjeu essentiel tant pour les ménages que les entreprises et leurs salariés en France. Mais si ces efforts passent d’abord par réduire les budgets que l’on affecte à des associations qui ont justement un rôle majeur dans la société, je considère que l’on fait une erreur fondamentale. Il ne faut surtout pas briser l’effet de levier qu’ont les bénévoles ! Quand une entreprise ou une collectivité donne un euro à une association, l’action est décuplée par le biais des bénévoles. »

« Je vais faire une petite économie budgétaire aujourd’hui, mais derrière je me construis de nouveaux problèmes demain. C’est un vrai danger tout comme les mesures prises en matière de fiscalité. Pour la troisième année consécutive dans le PLF, on va taxer le travail et les entreprises. À court terme ça a peut-être un effet positif, mais à long terme il faut s’attendre à un effet négatif sur la croissance. Donc en réduisant les soutiens aux associations comme en augmentant la taxation du travail ou sur les entreprises, finalement on se crée de nouveaux problèmes à terme. »

« Quand je vois que le Secours catholique est obligé de licencier 50 collaborateurs, je suis préoccupé »

Dans quels domaines jugez-vous que l’État s’est beaucoup trop désengagé ?

« Il y a un désengagement d’une manière générale. Quand je vois que le Secours catholique est obligé de licencier 50 collaborateurs, je suis préoccupé. Je ne pense pas que ces collaborateurs se tournaient les pouces. Ils étaient là aux côtés de population fragiles. Leur départ va renforcer encore la fragilité. Je pense aussi à la culture, à une partie de l’éducation ou encore à l’insertion qui sont très largement portées par des associations. »

Comment sécuriser les associations dans le temps ? Pouvez-vous les y aider ?

« Nous tâchons de le faire en étant le premier financeur privé des associations en France. À travers le dividende sociétal nous y consacrons 127 millions. La moitié via la fondation donc du mécénat, et l’autre moitié c’est par l’accompagnement de la vie associative à tous les niveaux. De la petite association locale jusqu’aux associations de dimension nationale. La règle pour nous est d’être présents dans la durée sur un minimum de trois ans tout en veillant régulièrement à mesurer l’impact du soutien que nous apportons. Leur apporter de la visibilité est notre rôle mais c’est aussi celui des pouvoirs publics. Le soutien des entreprises doit venir en complément, voire en valeur ajoutée de ce que font les collectivités ou l’État et non pas en remplacement ! »

(*) Crédit Mutuel est actionnaire du groupe EBRA auquel appartient de notre journal.

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