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Interview. 17 octobre : « Quand des mouvements se heurtent à un mur, ça attise les volontés d’en découdre »

Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux, décrypte les actes de violences qui ont eu lieu ce samedi partout en France, en marge des manifestations. ...

Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux, décrypte les actes de violences qui ont eu lieu ce samedi partout en France, en marge des manifestations.

Propos recueillis par Charlotte Murat -

Hier à 20:45 | mis à jour hier à 21:06

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Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux. Photo EBRA/DR

Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux. Photo EBRA/DR

Cette journée du 17 octobre a été marquée par de nombreuses violences, partout en France. Pouvait-on s’y attendre ?

« Le degré de violence n’est jamais prévisible. Mais cela devient assez fréquent, si ce n’est très régulier, dans les grands mouvements sociaux. Il est cependant important de bien faire la différence entre les manifestations, qui sont tout à fait pacifiques, et ces violences. Je dis cela, parce que la tentation existe, notamment de la part du pouvoir politique, de faire l’amalgame entre les deux, parce qu’on sait très bien que des actions violentes participent à la délégitimation d’un mouvement social. Donc quand un pouvoir politique est interpellé, il a plutôt tendance à se servir de cela et à insister sur ce qu’il appelle les violences urbaines. »

Là, en plus des affrontements directs avec la police, il y a eu de nombreuses dégradations dans des lieux de pouvoir. Est-ce que c’est nouveau ?

« Cela ressemble peut-être un peu plus à ce qui s'était passé au moment du mouvement des gilets jaunes. La préfecture du Puy-en-Velay avait été incendiée par des jets de cocktails Molotov en décembre 2018. Dans l’histoire des manifestations, il peut arriver que ce qui incarne les institutions se trouve être pris pour cible, dès lors que ces institutions sont largement déconsidérées aux yeux d’une partie de la population. Cela relève aussi des face-à-face, voire des affrontements qui peuvent se dérouler avec la police ou la gendarmerie, qui elles-mêmes incarnent les institutions, ou en tout cas la protection des institutions. La logique est très proche. »

Partout en France se sont déroulées des scènes de violence, de casse et de pillages. Ici, un kiosque à journaux en feu dans Paris. Photo Sipa /Nico Garstman

Partout en France se sont déroulées des scènes de violence, de casse et de pillages. Ici, un kiosque à journaux en feu dans Paris. Photo Sipa /Nico Garstman

Le pouvoir politique a-t-il les ressources pour ramener le calme ?

« Oui, mais à condition qu’il le veuille. Quand on regarde les deux quinquennats d’Emmanuel Macron, sa marque de fabrique face aux mouvements sociaux a plutôt consisté à faire la sourde oreille face aux revendications, à ne pas rechercher les voies d’un compromis avec les acteurs de ces mouvements, ou en tout cas le faire de manière très minimaliste et à avoir tendance à y apporter une réponse qui, au fond, cherche plutôt à intimider. Dans la rhétorique du gouvernement, l’expression la plus communément employée a été celle de "violences urbaines" plutôt que "mouvement social". Quand, en tant que pouvoir, vous considérez d’emblée que les manifestations sont hors-la-loi et réprimables, démonstration n’est pas faite dans ce cas de votre volonté d’accorder de l’importance, une écoute, ni de satisfaire, au moins partiellement, aux revendications. Quand des mouvements successifs se heurtent à chaque fois à un mur, cela ne fait qu’attiser les volontés d’en découdre. Le fait d’envoyer le ministre de l’Intérieur au 20 Heures plutôt que le Premier ministre ou de ministre de l’Éducation en dit d’ailleurs long sur la manière dont le gouvernement traite ce mouvement. »