Les séries des Médias francophones publics - Ingénieur à Airbus, il retourne au Sénégal pour développer des pirogues électriques
Depuis près de trois ans, Jokosun Energies, une PME sénégalaise, propose aux piroguiers de Casamance et du Sine Saloum de changer leurs moteurs bruyants et polluants par des systèmes électriques, silencieux et économiques. À la tête de la jeune entreprise, Raymond Sarr, qui après 20 ans passés en France a décidé de délaisser son travail d’ingénieur en conception d'avions pour monter son entreprise dans les énergies renouvelables dans son pays d’origine, le Sénégal.
Depuis près de trois ans, Jokosun Energies, une PME sénégalaise, propose aux piroguiers de Casamance et du Sine Saloum de changer leurs moteurs bruyants et polluants par des systèmes électriques, silencieux et économiques. À la tête de la jeune entreprise, Raymond Sarr, qui après 20 ans passés en France a décidé de délaisser son travail d’ingénieur en conception d'avions pour monter son entreprise dans les énergies renouvelables dans son pays d’origine, le Sénégal.
De notre envoyée spéciale de retour de La Somone,
Face à nous, l’océan Atlantique et ses vagues. À droite, des pélicans survolent la lagune de la Somone, à une centaine de kilomètres de la capitale polluée et bruyante de Dakar. « L’eau, le soleil, les oiseaux… C'est pas mal. » Bienvenue dans les nouveaux bureaux de Raymond Sarr, ex-ingénieur à Toulouse devenu, il y a trois ans, concepteur de moteurs électriques pour pirogues au Sénégal.
« Je m’appelle Raymond. Je suis ingénieur, à la base ingénieur en hydraulique et mécanique des fluides. J’ai toujours rêvé de travailler sur des projets qui ont de l’impact, qui touchent aussi à des usages concrets, confie-t-il. Tout le monde a besoin d’énergie partout. »
Mais d’abord, petit retour en arrière. À 17 ans, son bac et une bourse de l’État sénégalais en poche, Raymond met le cap sur la France. D’abord Bayonne en classe prépa, puis Toulouse pour son école d’ingénieur. Diplômé, Raymond devient chercheur puis sous-traitant pour le fabricant d’avions Airbus. Jusqu’à cette question, à 24 ans : « La question fatidique : est-ce que je sers à quelque chose ? »
Quel sens donner à son activité ? Cinq ans dans l’aéronautique et la question est toujours là. « On faisait des avions Airbus, je travaillais sur la voilure, l’aérodynamique. Un travail très ingénieur. J’ai toujours recherché ça quand j’étais plus jeune, mais une fois que j’étais dedans, ça n’a pas correspondu à ce que je recherchais, admet l'ex-Toulousain. On a fait le tour, on sait faire des avions maintenant… Et, bien sûr, il y a l'impact environnemental. »
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Éviter les regrets
En 2008, Raymond amorce un nouveau virage pour un master à l’École des mines en entrepreneuriat et montage de projets dans les énergies renouvelables. Pendant 18 mois, il se forme et part même en Chine pendant six mois. Reste maintenant à savoir quoi faire avec cette nouvelle corde à son arc. « Je me souviens, j’étais allé voir mon chef, je lui avais dit : voilà, on monte une nouvelle business unit Énergies renouvelables, au sein de cette société de conseil qui travaillait pour Airbus. Et je me suis pris le plus gros vent de toute ma carrière. Pour moi, ça a scellé le départ. Je me suis dit : "allez, je vais aller au Sénégal, je vais casser mon PEL" et c’est ce que j’ai fait. »
Au début, Raymond fait des allers-retours entre la France et son pays d’origine, le Sénégal. Son entreprise Jokosun, le lien en wolof, existe dans les deux pays. Il vend et installe des pompes et des kits solaires dans les milieux ruraux. « Je me souviens, on arrive en pleine journée pour installer un kit solaire. On a fini de l’installer et c’est pas caricatural, quoi, se souvient-il. C’est la nuit, on allume la lampe, c’est magique. Voilà, c’est ça. Cette émotion, je l’ai vécue. C’était dans un village, dans le Sine Saloum. »
La dernière étincelle, celle qui déclenche le grand saut, viendra de sa femme, Cécile Dardel, elle aussi ingénieure en reconversion, qui décide de tout quitter. En un mois et demi, à 38 ans, le couple et leurs trois enfants déménagent pour le Sénégal.
« C’était en 2023. Raymond était parti en mission longue. Il était revenu le jour de Noël et début janvier, on a dit : "on y va !" Moi, j’avais aussi beaucoup fait varier ma carrière professionnelle, je ne me voyais plus du tout rester à Toulouse, ça n’avait plus de sens, admet-elle. Et je pense qu’il y a eu ce sentiment de dire que cette menace du regret, que si on ne le faisait pas là, ça allait être trop dur à porter après. Donc, c’était le moment où il fallait absolument tenter. Quoi qu’il se passe. »
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Fabriquer et innover
Casquette en jean vissée sur la tête, Raymond passe du temps à discuter avec les piroguiers de la lagune où il s’est installé, à une centaine de kilomètres de la capitale, jusqu’à cette idée : la mobilité sur l’eau. « Aujourd’hui, en Afrique, on parle beaucoup de mobilité électrique. C’est un développement qui est en cours et qui a un impact immense, surtout en Afrique de l’Est. On parle des grandes villes avec des motos, des voitures, des bus. Mais on n’a pas beaucoup abordé le sujet sur l’eau, sachant que les corridors sur l’eau existent déjà en Afrique depuis longtemps, ils sont très importants au Sénégal, explique l'ingénieur. Ça faisait sens parce qu’il y a déjà des millions de personnes qui dépendent de ça. Il y a 20 000 pirogues motorisées au Sénégal. Mais il y a aussi toute la sous-région, toute l’Afrique. J’aime bien innover, apporter quelque chose de nouveau. J’aime bien fabriquer moi-même, personnellement, fabriquer de nouvelles choses. Donc, c’est pour ça que je me suis lancé dans ce projet, en sachant que c’était aussi un moyen d’élargir les champs : l’énergie, tout le monde en a besoin partout. »
Cécile Dardel, chercheuse et thésarde sur le changement climatique, est devenue photographe et n’a aucun regret. « On a gagné en liberté, pas forcément financière, mais en liberté d’être en venant ici, je pense. On avait besoin de cette énergie-là, analyse-t-elle. C’était beaucoup plus difficile d’être épanouis pour nous en France. »
Pour l’heure, la quarantaine de pirogues qui propose des tours de la lagune et du parc naturel de la Somone navigue toujours avec des moteurs à essence. Mais plus pour très longtemps, promet Raymond. Un peu plus au sud, dans le delta du Sine Saloum, où deux fleuves s’enchevêtrent en une myriade de bras de fleuve, quatre bateaux fonctionnent déjà avec un moteur essence converti à l’électrique. Ils seront 20 d’ici la fin de l’année et plus encore l’année prochaine.
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