Info Ebra. « Plusieurs millions d’euros » potentiellement détournés : les mauvais comptes d’un agent d’assurances
On dénombre à ce jour une dizaine de victimes potentielles, mais combien seront-elles au total ? Stephan M., 54 ans, un agent d’assurances du sud de la France, déjà connu de la justice pour des détournements de...
On dénombre à ce jour une dizaine de victimes potentielles, mais combien seront-elles au total ? Stephan M., 54 ans, un agent d’assurances du sud de la France, déjà connu de la justice pour des détournements de fonds confiés par des clients, est aujourd’hui soupçonné d’avoir fait de nouvelles victimes. Plusieurs plaintes ont été déposées en France à son encontre, et une enquête est ouverte au pôle financier du parquet de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Le préjudice total, selon les avocats des parties civiles, pourrait s’élever à « plusieurs millions d’euros ».
Parmi les familles qui mènent cette action judiciaire, il y a Marion M.. Cette mère de famille de 39 ans, domiciliée en Mayenne, a déposé plainte en avril dernier après avoir tenté de récupérer l’argent versé sur une assurance-vie gérée par Stephan M. au nom de Swiss Life. « Il s’agissait d’une somme tirée de la vente d’une maison, d’un héritage et d’économies, explique cette aide médicale. Nous voulions l’utiliser pour installer notre fille dans une maison. » Le montant est considérable - 250 000 euros versés soit 350 000 euros avec les intérêts - mais il a aujourd’hui totalement disparu. « Le sol s’est ouvert sous mes pieds », confie la jeune femme, choquée d’avoir pu être arnaquée par un professionnel qui était devenu un ami.
« Les conséquences pour nous sont très importantes », détaille Marion, notamment sur le plan professionnel. « J’ai quitté un emploi salarié il y a quelques mois pour me mettre à mon compte, expose-t-elle. Cet argent, c’était un matelas que je pensais avoir. Maintenant, je n’ai plus le droit de m’effondrer. » La vie de famille, aussi, est touchée : « Ce sont des vacances pour les enfants qu’on ne fait pas, et un stress au quotidien. C’est vraiment très difficile à vivre. »
« Je me suis toujours dit qu’un jour je les rembourserais »
La crainte, c’est que Marion M. et les autres ménages touchés soient les nouvelles victimes des agissements de Stephan M. - qui lui ont déjà valu une condamnation pénale en février dernier - dont il a interjeté appel. Devant le tribunal correctionnel de Perpignan, l’agent d’assurances désormais radié avait écopé de trois ans de prison dont deux ferme pour escroquerie, faux et usage de faux, pour avoir empoché l’argent d’une vingtaine de contrats. Préjudice total : 800 000 euros, dilapidés dans le financement d’un train de vie délirant.
Lors de l’audience, relatée par La Semaine du Roussillon, celui-ci avait expliqué être « tombé dans un engrenage ». Mais les débats avaient aussi mis en lumière les voitures de sport et montres de luxe qu’il avait achetées, et les 62 comptes en banque différents qu’il avait ouverts. L’hypothèse de victimes encore dans l’ignorance n’avait pas manqué d’inquiéter le procureur, qui avait lancé cette question au prévenu : « Est-ce que les enquêteurs doivent s’attendre à d’autres victimes ? » Stephan M. avait assuré que non… « Je me suis toujours dit qu’un jour je les rembourserais », avait aussi glissé le prévenu, sans manifestement convaincre les avocats des parties civiles, qui le soupçonnaient d’avoir organisé son insolvabilité.
Plus que le sort pénal de l’agent d’assurances, qu’ils soupçonnent de les avoir - eux aussi - arnaqués, la priorité des plaignants se porte logiquement sur la restitution des fonds perdus. Certains ont entamé des actions devant la justice civile contre Swiss Life, société pour laquelle travaillait Stephan M., dont la renommée inspirait la confiance à ses clients. « Tous les comptes sur lesquels étaient versées les sommes étaient au nom de Swiss Life », appuie Me Aline Charlès, avocate angevine qui assiste quatre particuliers dans cette affaire.
« Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas eu de contrôles »
« J’ai le sentiment que Swiss Life était au courant depuis au moins un an, puisqu’ils avaient cessé de collaborer avec lui, et ils ne nous ont jamais appelés, fulmine Marion M. J’appelle ça un mensonge. » Pour elle comme pour d’autres parties civiles contactées, « il est important de faire connaître cette affaire aux gens pour qu’il ne leur arrive pas la même chose. » « Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas eu de contrôles, ajoute une autre victime. Mon premier contrat avec Swiss Life date de 2013, et rien n’a jamais été vérifié ! » Elle et son mari ont perdu plus de 200 000 euros, avec des conséquences concrètes jusque sur leur santé : le stress a provoqué « une hypertension », « un diabète qui s’aggrave » et « des pertes de cheveux ». « Il faut que toutes les victimes potentielles soient retrouvées », souffle cette jeune femme, qui aimerait mettre en place une adresse mail générique pour recueillir d’autres témoignages.
« Swiss Life joue la montre », affirme Me Charlès, qui met en avant le Code civil et le Code des assurances pour asseoir sa certitude que l’entreprise n’aura pas d’autres choix que de rembourser toutes les sommes engagées. Une accusation que rejette fermement l’avocat de la société helvétique. Lequel ouvre la porte à de possibles remboursements, à terme. « Tous les dossiers sont traités et examinés par la cellule antifraude de la compagnie, explique Me Xavier Périnne, qui rappelle que l’identification des victimes, pour des faits cachés, prend du temps. Nous irons toutes les chercher. Si les faits sont avérés, l’indemnisation est réalisée. » Pour le conseil, Swiss Life n’a aucune volonté de faire traîner les choses, bien au contraire : « L’intérêt de toute compagnie d’assurances, dans ce cas, c’est de régler le sujet le plus vite possible. »
De fait, lors du procès qui s’est tenu en février dernier, il avait été mentionné que la compagnie avait remboursé les victimes. Mais cette nouvelle procédure pourrait s’étaler sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Contacté, l’avocat de Stephan M. n’a pas souhaité s’exprimer.