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En Inde, le mouvement des « cafards » triomphe de Modi, qui sacrifie son ministre de l’Education

Par  Le Nouvel Obs avec AFP Publié le 25 juillet 2026 à 18h06 , mis à jour le 25 juillet 2026 à 18h08 Lecture : 3 min. Le CJP célèbre la démission de Dharmendra Pradh...

Par  Le Nouvel Obs avec AFP

Publié le 25 juillet 2026 à 18h06 , mis à jour le 25 juillet 2026 à 18h08

Lecture : 3 min.

Le CJP célèbre la démission de Dharmendra Pradhan, le 25 juillet 2026 à Jantar Mantar, New Delhi.

Le CJP célèbre la démission de Dharmendra Pradhan, le 25 juillet 2026 à Jantar Mantar, New Delhi. SAJJAD HUSSAIN / AFP

La fin de mois de lutte, en pleine période d’examens. Les étudiants indiens, qui manifestaient pour dénoncer les fraudes aux examens universitaires crient victoire ce samedi 25 juillet après la démission du ministre de l’Education, Dharmendra Pradhan. « Toutes nos demandes ont été acceptées, nous demandons aux manifestants de se retirer et de rentrer pacifiquement chez eux », a déclaré à la presse Ashutosh Ranka, porte-parole du « parti du peuple des cafards » (CJP), le mouvement en ligne qui a porté la contestation.

Au sixième jour de cette contestation, la plus sérieuse depuis sa réélection il y a deux ans, le Premier ministre Narendra Modi, qui s’est bâti une image d’homme fort depuis son arrivée à la tête de l’Inde en 2014, n’a eu d’autre choix que de céder aux exigences de la rue. « Pour que la nation reste unie et que les étudiants ne soient pas pris au piège de difficultés juridiques, qu’ils se concentrent sur leurs études et leurs carrières, j’ai décidé de présenter ma démission au Premier ministre », a annoncé samedi le ministre Pradhan sur son compte X.

« Nous l’avons fait ! », s’est aussitôt réjoui sur Instagram Abhijeet Dipke, le fondateur du CJP. Sitôt l’annonce du départ du ministre, les milliers de manifestants qui campaient jour et nuit depuis lundi sur l’esplanade de Jantar Mantar, au coeur de la capitale indienne New Delhi, ont éclaté de joie.

« Victoire de la démocratie »

Rema Begum avait 20 ans et voulait devenir médecin. L’étudiante indienne en rêvait tant que, lorsque l’examen d’entrée à la faculté qu’elle venait de passer a été invalidé à cause de fraudes, en mai, elle a mis fin à ses jours. Comme elle, une vingtaine d’autres candidats se sont donné la mort dans la foulée de cette annulation. Un scandale qui a fait exploser la colère des étudiants.

Lundi, la police avait réprimé à coups de bâton et de gaz lacrymogènes la manifestation de plusieurs dizaines de milliers de jeunes qui se dirigeaient vers le Parlement pour exiger la démission du ministre. Des violences qui ont fait 180 blessés, selon la police, « plusieurs centaines » selon les manifestants.

La liste des doléances des jeunes protestataires s’est depuis allongée, des difficultés à trouver un emploi, dans un pays qui affiche pourtant une croissance spectaculaire, aux méthodes jugées autoritaires de Narendra Modi. « C’est une victoire de la démocratie, [...] une victoire de la paix, de la patience et de la persévérance », a salué Sonam Wangchuk, une figure de la société civile indienne qui a mené une longue grève de la faim en soutien aux contestataires.

Le chef de l’opposition parlementaire Rahul Gandhi a lui aussi salué leur victoire. « Bien joué les étudiants, nous sommes fiers de vous », s’est réjoui sur X le dirigeant du parti du Congrès, qui a pris fait et cause pour eux.

« L’image de Modi a pris un grand coup »

Longtemps muet face à la contestation, Narendra Modi n’est sorti de son silence que jeudi en promettant des sanctions « sévères » contre les auteurs de fraudes aux examens. Son gouvernement a adopté vendredi en conseil des ministres un projet d’amendement législatif qui permet « la mise en place de procédures judiciaires accélérées et des sanctions sévères » pour les tricheurs. Il doit être discuté rapidement au Parlement.

A deux reprises, le chef du gouvernement ultranationaliste hindou a tenté de désamorcer les critiques en s’adressant aux étudiants par vidéo sur les réseaux sociaux. Vendredi soir pour les remercier de leurs « contributions positives ». « L’image de Modi a pris un grand coup » pendant cette crise, estime l’analyste Nilanjan Mukhopadhyay samedi auprès de l’AFP. « Le gouvernement n’a eu finalement d’autre choix que de reculer », a-t-il ajouté, mais « la façon dont il a été ridiculisé ces derniers jours est sans précédent ».

A l’issue d’une rencontre ce samedi avec les représentants des « cafards », le ministre de la Santé J.P. Nadda a annoncé la levée des poursuites engagées contre les manifestants et l’indemnisation des familles des candidats qui se sont donné la mort après l’annulation des examens. « Nous allons étudier » les réformes de l’éducation proposées par les contestataires, a ajouté le ministre devant la presse. « Nous nous reverrons d’ici quatre semaines », a souligné le porte-parole du CJP Ashutosh Ranka.

L’adhésion immédiate au message des « Cafards » révèle le désarroi de nombreux jeunes Indiens qui peinent à trouver un emploi stable et bien rémunéré, alors même que le pays affiche la croissance économique la plus rapide au monde depuis quatre ans, rappelle le « New York Times ». Le chômage des jeunes dans le pays est estimé à environ 16 %, selon l’Organisation internationale du travail.

Par  Le Nouvel Obs avec AFP