Faut-il replanter pour aider la forêt à se reconstruire après un incendie ?
Camille AllainPublié le 17/07/2026 à 07h02 • Mis à jour le 17/07/2026 à 08h38L'essentielPlus de 2.000 hectares de la forêt de Fontainebleau ont été ravagés par d’importants feux de forêts qui seraient volontair...
Camille Allain
Publié le 17/07/2026 à 07h02 • Mis à jour le 17/07/2026 à 08h38
L'essentiel
- Plus de 2.000 hectares de la forêt de Fontainebleau ont été ravagés par d’importants feux de forêts qui seraient volontaires.
- Alors que la France vit un début d’été brûlant, certains plaident pour une reconstruction accompagnée des forêts avec des replantations rapides.
- Les spécialistes recommandent de laisser la nature se régénérer seule sans se précipiter.
Au lendemain des violents feux de forêts de l’été 2022, il avait promis de planter « un milliard d’arbres » en dix ans. Quatre ans après cette annonce et alors que la France connaît un début d’été catastrophique sur le front des incendies, la promesse d’Emmanuel Macron semble déjà bien loin. Une simple opération de communication ? Pas impossible. Car s’il est nécessaire de planter des arbres pour préparer notre pays à un climat qui se réchauffe, il ne faut pas faire n’importe quoi. Face aux ravages des flammes dans les espaces boisés, les spécialistes des forêts ne cessent de lancer des appels à la patience. Avec un objectif clair et affiché : laisser la nature se régénérer seule.
Après le passage des flammes, il ne faut que quelques semaines aux fougères pour reverdir. Les fourmis et insectes rampants reviennent tout aussi vite. Mais il faut attendre plusieurs années pour que les arbres reprennent de la hauteur. L’homme est-il capable de patienter ? « Il y a un vrai décalage entre le regard des forestiers et celui du grand public. Quand une forêt brûle, on a l’impression que tout le monde veut reconstruire vite. Comme on l’a fait avec Notre-Dame-de-Paris. Mais une forêt, ce n’est pas une maison ou un monument », rappelle Hervé Le Bouler.
S’il s’alarme de la multiplication des incendies, le grand spécialiste des forêts appelle à la raison et à la patience. « Les écosystèmes forestiers ont une vraie capacité à se régénérer naturellement. D’abord par les graines qui sont présentes dans les sols, mais aussi par les semences des arbres qui sont restés. Il ne faut surtout pas se précipiter. » L’Office national des forêts, qui gère les espaces publics, va exactement dans le même sens. « La nature a souvent sa propre capacité de résilience. Elle est souvent remarquable. Il ne faut pas précipiter les décisions. Bien souvent, la régénération naturelle suffit », explique l’ONF. Les graines au sol ou transportées par le vent ou les animaux, mais aussi les rejets des souches d’arbres feuillus permettent cette reconstruction.
Des arbres calcinés perçus comme « sales »
Touché par des incendies réguliers, le parc national des Calanques de Marseille doit régulièrement justifier la présence d’arbres calcinés auprès de visiteurs parfois gênés par la présence de troncs noircis. « Ces arbres peuvent être ressentis comme sales dans le paysage. Ce n’est certainement pas la vision des petits mammifères et oiseaux qui les utiliseront pour recoloniser la zone et transporter des graines qui contribueront au renouvellement de la forêt. Nettoyer, c’est entraver le processus naturel de régénération de la forêt », prévient le parc national. Seuls les arbres situés au bord des routes ou chemins sont enlevés, dans un souci de sécurité. Le reste est laissé tel quel.
Face à l’urgence des politiques de communiquer vite et fort pour éteindre les polémiques, Bruno Doucet appelle lui aussi à la patience. « La forêt peut repousser toute seule, même après un important incendie. Il n’y a pas besoin de l’aider. En quelques mois, certaines essences sont déjà revenues. En quelques années, elle repart », assure le chargé de campagne de Canopée. Cette ONG milite depuis 2018 pour mieux protéger nos forêts. Elle insiste sur la nécessité de laisser la nature agir seule plutôt que de se sentir obligé d’intervenir. « Le risque quand on replante, c’est d’artificialiser et d’avoir des plantations d’une seule essence comme le pin maritime. Ça pousse vite, et c’est facile à valoriser pour l’industrie du bois. Mais la monoculture est un véritable danger. On sait que pendant des années, ces jeunes arbres seront très sensibles au feu. Il faut des plantations mixtes et une vision sur le long terme », poursuit Bruno Doucet.
Replanter pour s’adapter au changement ?
Même si elle le voulait, la France ne pourrait pas replanter tout ce qui a été brûlé. Près de 40.000 hectares ont déjà cramé cette année. Un chiffre déjà nettement supérieur à toute l’année 2025. Une question se pose cependant. En laissant la nature se reconstruire seule, est-on sûr qu’elle mise sur des essences adaptées au changement climatique ? « A Fontainebleau, on sait que ce sont surtout des parcelles de pin qui ont brûlé. Si on ne fait rien, il y a de fortes chances pour que ce soit la même chose qui repousse. Et comme il pousse très vite, il va sans doute être encore plus dominant. Il y a une réflexion à avoir pour contrôler cette régénération. Faut-il intervenir pour aider la forêt face au réchauffement ? Je n’ai pas la réponse. Je pense qu’il faut un mélange. Il faut tout réinventer mais en concertation », propose Hervé Le Bouler.
Le 7 juillet, 55 députés d’Horizons à LFI, en passant par de nombreux Ecologistes, ont déposé une proposition de loi visant à adapter nos forêts au changement climatique. Un texte qui prévoit l’interdiction du dessouchage, ou encore le recrutement de près de 1.300 personnes pour l’Office national des forêts (ONF). Mais qui ne comprend pas de vaste programme de replantation. La nature s’en chargera.