Incendies en France : comment le débroussaillement des forêts s’invite dans la bataille politique
Les écologistes et les normes environnementales sont accusés de freiner la mise en place du débroussaillement et de pare-feux permettant de lutter contre les incendies. Une loi votée en 2023 reste encore trop peu appliquée.
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Les écologistes et les normes environnementales sont accusés de freiner la mise en place du débroussaillement et de pare-feux permettant de lutter contre les incendies. Une loi votée en 2023 reste encore trop peu appliquée.
France Télévisions
Publié le 30/07/2026 12:27
Temps de lecture : 4min
Alors que des forêts brûlent un peu partout dans l'Hexagone depuis le début de l'été, portant le bilan depuis le 1er janvier à plus de 116 000 hectares détruits, les débats politiques s'enflamment à leur tour depuis plusieurs jours.
Une partie des élus, notamment de droite et d'extrême droite, ainsi que des acteurs de la filière d'exploitation du bois, dénoncent le poids des normes environnementales, qui nuiraient selon eux à la prévention des incendies à travers le débroussaillement et la création de pare-feux. Des voix mettent en cause les écologistes et les associations de défense de l'environnement. "Les écolos s'opposent par idéologie au débroussaillement !", attaque Matthias Renault, député Rassemblement national, sur X, mardi 28 juillet.
Les organes représentant les forestiers sont aussi montés au créneau. Fransylva, la fédération des forestiers privés, dénonce dans une déclaration transmise à l'AFP mardi des "normes qui sont contradictoires avec une gestion active et durable" des massifs. De leur côté, les écologistes rappellent leurs votes favorables au débroussaillement et dénoncent l'hypocrisie de leurs détracteurs.
Le débroussaillement consiste à tailler la végétation autour des habitations pour créer une ceinture de sécurité et ralentir la propagation des flammes. Les pare-feux répondent à la même logique, à plus grande échelle, en créant des coupures dans les massifs végétaux. Par ailleurs, des pistes taillées dans les forêts ont aussi vocation à faciliter l'intervention de pompiers et le passage d'engins pour éteindre les flammes.
Ces mesures figurent dans la loi, mais restent trop peu appliquées. Selon la commission du développement durable de l'Assemblée, en 2021 le taux d'application de l'obligation légale de débroussaillement (OLD) n'était que de 30% à 50% sur tout le territoire. En 2023, une loi, soutenue par les parlementaires écologistes, a donc renforcé les sanctions en cas de non-respect de l'OLD, alors que 90% des maisons détruites par un feu de forêt se trouvent sur des terrains pas ou mal débroussaillés, selon le ministère de la Transition écologique.
"Le débroussaillement, c'est l'action phare dans la prévention des feux", insiste le sénateur Les Républicains Jean Bacci. "Ces opérations n'avaient pas été menées dans le massif des Maures, où un incendie s'est déclaré en août 2021, poursuit le président des communes forestières du Var. On n'avait pas pu intervenir car nos engins mécaniques risquaient de perturber quelques tortues Hermann [une espèce protégée]. Finalement, plus d'une centaine est morte dans les flammes. On est dans des situations ubuesques".
D'autres rappellent que la Ligue de protection des oiseaux (LPO) avait attaqué, avec d'autres associations de défense de l'environnement, le décret gouvernemental sur la mise en œuvre du débroussaillement, et obtenu gain de cause. "Si la prévention des incendies est indispensable, elle ne peut toutefois pas se faire au détriment de la biodiversité et des espèces protégées, comme la pie-grièche méridionale ou la tortue d'Hermann, qui dépendent des milieux concernés par les travaux de débroussaillement", se réjouissait la LPO en février, après la décision du Conseil d'Etat.
Après l'incendie de Fontainebleau, Fransylva avait dénoncé des "discours dangereux cherchant à mettre la forêt sous cloche". La fédération des forestiers privés s'oppose à la "sanctuarisation" du milieu naturel au nom de la défense de l'environnement et défend plutôt l'intervention active des professionnels de la forêt. Une stratégie de contre-feu ? "Les réseaux forestiers sont critiqués pour avoir favorisé la monoculture, comme celle du pin dans les forêts des Landes, qui favorise la propagation des flammes, alors ils contre-attaquent", relativise un conseiller ministériel.
"Ce ne sont pas toujours les élus écologistes qui entravent le débroussaillement, mais plutôt une forme d'idéologie au sein de l'administration", nuance Jean Bacci, pointant les Dreal, ces antennes régionales chargées d'appliquer les réglementations en matière d'environnement, et qui délivrent les autorisations aux collectivités pour créer des pare-feux et des pistes pour les pompiers. Parmi les autres freins au débroussaillement, le sénateur LR cite le "manque d'information", et la "complexité" des réglementations, qui ne facilitent pas leur compréhension par les 3,3 millions de particuliers détenant une parcelle forestière en France.
Chez les écologistes, on récuse fermement le procès. "Je vois bien l'instrumentalisation aberrante qui est faite de ce sujet, mais il n'y a pas de doctrine anti-débroussaillement de la part des écologistes", réagit Marie Pochon, députée de la Drôme. La parlementaire pointe en revanche le "manque de contrôles et de sanctions". "Que les écologistes se battent pour aligner les objectifs de prévention des feux avec des objectifs de biodiversité, c'est normal ! Il faut trouver des compromis localement", poursuit l'élue. "C'est aberrant de demander moins de normes ou de taper sur le code de l'environnement." La députée écologiste pointe aussi une contradiction chez ses adversaires.
"Ceux qui nous attaquent sont les mêmes qui veulent supprimer ou affaiblir l'Office français pour la biodiversité et l'Office national des forêts, deux organismes qui sont justement à même de faire appliquer le débroussaillement."
Marie Pochon, députée écologiste de la Drôme
à franceinfo
Au ministère de la Transition écologique, on s'inquiète de voir ce sujet résumé à un "problème politico-politicien". "Il faut dépassionner ce sujet, sinon on risque de perdre toute nuance", alerte un conseiller ministériel. "Ce n'est pas en se balançant des polémiques caricaturales qu'on rendra nos forêts plus résilientes." Le cabinet de Monique Barbut a demandé des remontées de terrain pour évaluer les éventuels blocages d'opérations de débroussaillement en raison de normes environnementales.
Le ministère doit désormais composer avec les exploitants forestiers depuis que les forêts ont été déplacées, en décembre 2024, du portefeuille de l'Agriculture vers celui de la Transition écologique. Il assure vouloir concilier les enjeux de prévention des incendies et de protection de la biodiversité, et promet des annonces à la rentrée.