Incendies de forêt : « Le risque existe que les cotisations augmentent encore, ou que les assureurs refusent de couvrir certains territoires trop à risque »
Ancien député du Var et élu de Draguignan, l’assureur général Olivier Audibert-Troin porte un regard d’expert sur l’assurabilité des biens face au risque incendie, comme à tous les risques liés au changement climatique. A ses yeux, le Var doit aujourd’hui trancher un conflit d’usage devenu très prob
Vice-président régional de l’AGEA (l’unique fédération nationale des syndicats des agents généraux d’assurances, qui fédère 70 % de la profession), l’agent d’assurance dracénois Olivier Audibert-Troin y siège au niveau national au sein du groupe de travail climat. Ancien élu du Var (il a notamment été député et président de l’intercommunalité Dracénie Provence Verdon agglomération), il espère une prise de conscience à grande échelle pour que le Var tranche plusieurs débats de fond pour mieux pouvoir faire face au risque accru d’incendies violents.
Est-il devenu indispensable d’améliorer la défendabilité des maisons en lisière de forêt ?
Oui bien sûr. Les assureurs ne sont pas législateurs, mais ils peuvent exercer un rôle de conseil à ce sujer. Mais s’il faut améliorer la défendabilité des maisons, le problème est aussi à aborder dans un périmètre bien plus vaste !
Voilà plusieurs années que les assureurs demandent une carte officielle des aléas, pour les risques de catastrophes naturelles. L’organisme public qui gère les risques naturels, la CCR (1) en a enfin publié une il y a quelques mois. Elle a donc le mérite d’exister, mais elle est largement perfectible. Quand on la regarde, manifestement tout va bien dans le meilleur des mondes... Il faut une vraie carte, sérieuse et fiable, à disposition de tous, des assureurs mais surtout des élus, pour l’élaboration de leurs documents d’urbanisme.
Le changement climatique induit-il aussi un changement de paradigme ?
Il y a un véritable débat de société à avoir, à trancher collectivement, en répondant à une seule question : Faut-il faire reculer la forêt, ou faire reculer l’urbanisation ? Car depuis plusieurs décennies, dans le Var, les deux gagnent beaucoup de terrain, ce qui provoque inévitablement des conflits d’usage. Faut-il réexploiter la forêt, y installer des activités agricoles ? C’est un vrai débat, qu’il faut trancher pour les décennies à venir. Et la réponse n’est pas évidente, de nombreux facteurs entrent en jeu, la protection de l’environnement, de la biodiversité, le besoin actuel aussi de construire massivement des logements, qui complique encore plus l’affaire. Et dans le Var, il y a un autre problème majeur qui va se poser !
Lequel ?
L’accès à l’eau. On le sait : on se dirige vers de plus en plus de canicules, et donc de manque d’eau. Organiser la défendabilité des maisons, d’accord, mais comment on fait s’il n’y a plus d’eau ? Pour cette raison aussi, il faut trancher pour de bon la question de l’interface entre l’habitat et la forêt...
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La meilleure des réponses reste la prévention ?
Oui, et il y a un autre écueil majeur aujourd’hui : je suis dans l’incompréhension la plus totale qu’il n’y ait pas davantage de prévention qui soit faite. A ce jour, la prévention, la sensibilisation de la population et l’entraînement des forces de secours via de grands exercices grandeur nature sont nettement insuffisants. On en arrive à des situations où on autorise les gens à construire leurs maisons près des massifs forestiers, et c’est tout à fait leur droit quand les documents d’urbanisme sont en accord, mais on ne les forme pas, on les laisse seuls et démunis face au risque d’incendie, une culture que certains n’ont absolument pas... Dans l’histoire du Var, on a vécu de dramatiques incendies, comme celui du Tanneron dans lequel la famille de Martin Gray a péri... Après ce drame, il y avait eu d’importantes campagnes de prévention, de sensibilisation, de formations sur comment réagir face au feu, mais souvent, quelques années après le passage du feu, on oublie un peu et ces efforts se tassent. Il faut absolument que la population acquière la culture du risque, celle du feu, mais aussi de l’inondation, des tempêtes, etc.
Les assureurs, de leur côté, sont-ils prêts à faire face à ces évolutions ?
On évite aujourd’hui de se poser une question dérangeante mais cruciale : jusqu’à quand les assureurs vont-ils pouvoir tenir ? L’ACPR (2) nous a récemment demandé de revoir nettement à la hausse nos provisions, pour pouvoir faire face à ces « méga sinistres » qui coûtent de plus en plus cher. Avec deux menaces fortes : soit les cotisations vont encore continuer d’augmenter, comme depuis plusieurs années, avec le risque au final que certains n’aient plus les moyens de s’assurer. Soit les assureurs vont finir par dire « nous ne pouvons plus assurer tel village, tel quartier, car les risques sont trop importants »...
Créé en 1946, CCR – Caisse Centrale de Réassurance – est le réassureur public qui agit en France pour l’assurabilité des risques extrêmes et émergents.
L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) est une institution intégrée à la Banque de France, chargée de la surveillance de l’activité des banques et des assurances en France.