Incendie dans le Var : le feu contenu mais pas fixé, l’hypothèse de mises à feu volontaires évoquée
Depuis deux semaines, les pompiers luttent contre l’incendie qui s’est déclaré dans le massif du Gros Bessillon, contenu mais pas fixé, qui a parcouru plus de 6 300 hectares. Un temps circonscrit, le feu est reparti ; le parquet de Draguignan privilégie désormais la piste de “mises à feu volontaires”.
800 pompiers sont toujours mobilisés, ce mercredi 5 août, sur l’incendie du Gros Bessillon dans le Var, alors que le retour du mistral fait craindre de potentielles reprises de feu. CLEMENT MAHOUDEAU/AFP
Le feu ne progresse plus, mais il n’est toujours pas fixé… Et pour cause. Ce mercredi 5 août au matin, des centaines de pompiers sont toujours déployés dans le massif du Gros Bessillon, dans le Var, pour traiter les lisières et éteindre les nombreux points chauds avant le retour annoncé du mistral. Durant la nuit du 4 au 5 août, une seule reprise de feu a été détectée, dans le secteur de Correns, rapidement éteinte par les pompiers, a annoncé la préfecture du Var.
Deux semaines après le début de l’incendie, les autorités parlent désormais d’un événement inédit : jamais un feu n’avait mobilisé aussi longtemps les secours dans le Var. L’incendie s’est déroulé en deux temps. Le premier foyer s’est déclaré le 21 juillet près de Pontevès, avant d’être alimenté, trois jours plus tard, par un nouveau départ de feu à Correns. Fixé le mardi 28 juillet après huit jours de lutte, il a parcouru environ 4 500 hectares.
Le vendredi 31 juillet, alors que le premier brasier était sous contrôle, un nouveau foyer s’est déclaré au sud du périmètre initial. En quelques jours, cette reprise a ravagé 1 850 hectares supplémentaires, portant la surface totale brûlée à 6 350 hectares, selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui s’est exprimé lors d’un point presse, mardi 4 août.
« C’est le feu le plus long qu’il y a eu dans le Var depuis que nous avons des archives sur les feux de forêt et de végétation », a souligné le ministre. Le préfet Simon Babre et le directeur du SDIS du Var, le contrôleur général Eric Grohin, dressent le même constat : si d’autres incendies ont été plus étendus, aucun n’avait jusqu’ici nécessité une mobilisation aussi longue.
Les dégâts sont particulièrement importants à Correns, où 52 % du territoire communal a brûlé après « trois assauts du feu successifs », selon le préfet. Cinq maisons ont été détruites au chemin des Adrechs en l’espace de quelques minutes. A Cotignac, la municipalité fait état de 27 habitations touchées, dont une dizaine entièrement détruites, ainsi que d’une entreprise de menuiserie ravagée.
Les investigations s’orientent vers des pistes volontaires
A mesure que les flammes reculent, l’enquête judiciaire progresse. Mardi, le procureur de la République de Draguignan, Pierre Couttenier, a indiqué que « l’hypothèse de mises à feu volontaires est sérieusement envisagée » concernant la reprise du 31 juillet, selon des propos rapportés par le quotidien local « Var-Matin ».
Au total, 24 enquêtes ont été ouvertes dans le ressort du parquet pour établir les causes des différents départs de feu recensés ces dernières semaines. Elles sont regroupées au sein de treize procédures judiciaires, dont deux sont désormais confiées à un juge d’instruction.
Autour du seul massif du Gros Bessillon, six départs de feu impliquant une intervention humaine ont été recensés depuis le 24 juillet. Deux nouveaux foyers suspectés d’être volontaires ont encore été signalés dans la nuit du 3 au 4 août à Montfort-sur-Argens et à Barjols. Les enquêteurs restent néanmoins prudents. « Rien ne permet de les relier entre eux », souligne auprès de l’AFP le colonel Grégory Goumain, commandant du groupement de gendarmerie du Var, qui évoque « potentiellement six incendiaires ».
En parallèle, un homme de 23 ans, interpellé le 25 juillet, a été mis en examen et placé en détention provisoire. Soupçonné d’avoir provoqué une dizaine de départs de feu entre le 19 et le 24 juillet dans le secteur de Brignoles, il a reconnu être à l’origine de l’un des incendies du 24 juillet. A ce stade, les autorités n’ont toutefois établi aucun lien entre lui et la reprise du 31 juillet.
La peur et la solidarité
Même contenu, l’incendie continue de mobiliser des moyens importants. Ce mercredi, 800 sapeurs-pompiers sont toujours déployés, appuyés par 250 engins, des hélicoptères bombardiers d’eau, un hélicoptère de commandement et une équipe de drones chargée de localiser les foyers résiduels.
Le préfet du Var a maintenu plusieurs mesures de précaution : fermeture de plusieurs massifs forestiers et de routes départementales, prolongation de l’interdiction du transport de bidons de carburant et appel au report des feux d’artifice. Le département demeure par ailleurs placé en vigilance orange canicule.
A Correns, les habitants décrivent un village encerclé par les flammes. « C’était l’enfer sur terre. Quand on était sur la place du village, on voyait les flammes au bout de chaque rue. De tous les côtés », raconte la maire Nicole Rullan à « Var-Matin ».
A Cotignac, Wendy Kluba, qui a perdu son habitation et les hébergements touristiques qu’elle exploitait, évoque un front de flammes « haut de 40 mètres », « rouge », qui faisait « le bruit d’un avion ». Prise en charge par la cellule d’urgence médico-psychologique, elle confie, également dans « Var-Matin » vivre depuis en « hypervigilance ». Les dégâts touchent aussi les entreprises locales. Didier Gajan, dont la menuiserie a été détruite, résume sa situation en quelques mots dans le quotidien local : « Entrepôt, stock, matériel, tout est parti, il n’y a plus rien de récupérable. […] C’est toute une vie. Et à la fin, plus rien. »
Cette crise, qui dure désormais depuis plus de deux semaines, a également fait émerger une importante mobilisation locale. « L’alimentation et la logistique sont essentielles pour nous. Le personnel a besoin de repas chauds », rappelle le directeur du SDIS du Var, Eric Grohin. A Correns, des bénévoles se relaient chaque jour pour préparer les repas destinés aux pompiers. « On agit sur plusieurs fronts. Déjà, on fait de vraies rations, du vrai manger », relativise Greg, l’un d’eux, dans « Var-Matin ». Un réseau d’entraide indispensable pour épauler les troupes engagées dans la plus longue bataille contre le feu de l’histoire du département.
Par Service Actu (avec AFP)