Bartenheim : à l’East Park, l’eau est filtrée puis brassée et oxygénée grâce aux activités nautiques
Accueil Environnement ...
- Accueil
-
Environnement
-
Bartenheim : à l’East Park, l’eau est filtrée puis brassée et oxygénée grâce aux …
Alors que la saison estivale n’a jamais été aussi chaude, nous vous proposons une petite halte rafraîchissante avec une série d’été autour de l’eau. En piscine, gravière, étang, rivière, en zone naturelle ou artificielle… Qui s’occupe de la préservation, de l’entretien des sites, de la gestion de l’eau et comment ? Pour le deuxième volet de notre série, direction l’East Park à Bartenheim.
Pierre Gusz -
Aujourd’hui à 07:14 | mis à jour aujourd’hui à 07:39
- Temps de lecture :
Par-delà la base de loisirs nautiques, peu savent ce qu’englobe l’arrière-boutique de l’East Park, passé d’un ancien site industriel géré par Holcim à un site redonné à la nature. Même depuis le sentier pédagogique aménagé sur l’ancienne gravière, l’œil averti serait bien en peine de distinguer les neuf petits étangs foisonnant de vie, au rôle essentiel pour l’équilibre global du spot bartenheimois.
Depuis le sentier pédagogique de l’East Park, à Bartenheim. Photo Alexandre Tavani
L’East Park, ce n’est pas qu’un plan d’eau avec son aquapark et ses structures gonflables pouvant accueillir jusqu’à 80 personnes par heure. Ou la pratique du ski nautique et du wakeboard grâce à un câble circulaire entraîné par un moteur électrique et qui tourne sur un circuit de 680 mètres de long. Ou encore une activité plus « calme » avec le stand up paddle et, depuis l’année dernière, l’e-foil, cette planche qui décolle à la surface de l’eau à l’aide d’un aileron électrique et d’un peu d’équilibre, donnant l’impression de planer au-dessus de l’eau. Plus les divers espaces de restauration, la terrasse, la salle de conférences…
Quand la jungle dévoile neuf étangs en terrasse filtrant l’eau
Tout à l’arrière du site de loisirs, bien moins jungle aujourd’hui que quand les fondateurs de l’East Park l’ont découvert en 2021, ce réseau de neuf étangs, très régulièrement entretenu, en fait toute sa spécificité. « Avant de remettre les clés à la mairie de Bartenheim, Holcim a dû faire une remise en état du site, situé au niveau de la nappe phréatique. Il leur a donc été demandé que les sources d’eau du Sundgau, venant des collines de Bartenheim, Brinckheim, Kappelen et qui s’infiltrent dans ce lac, soient traitées en amont, car il y a des pollutions venant des pesticides dans les champs qui pourraient avoir une influence là-dessus », rembobine Vincent Jeannerat, l’un des associés fondateurs.
L’East Park, c’est notamment un aquapark pouvant accueillir jusqu’à 80 personnes par heure. Photo Alexandre Tavani
L’East Park, c’est aussi divers espaces de restauration, une terrasse, une salle de conférences… Photo Alexandre Tavani
Le cygne qui donna son nom au restaurant
Pourquoi le restaurant de l’East Park s’appelle Chez Albert ? Grâce à un cygne, qui semble s’être lié d’amitié pour Vincent Jeannerat. « Lors du montage, nous avions un conteneur sur le parking, tout en haut du site. Tous les midis, quand j’avais terminé mon repas avec mon associé et les employés, un cygne avait pris l’habitude de monter la pente et de venir manger les restes de mes fruits et de mes légumes. Ça me forçait toujours à prendre une pomme ou des légumes, car il ne faut pas donner du pain aux cygnes », raconte ce Hégenheimois d’origine. Au bout de quelques semaines, il pouvait même lui donner à manger directement dans la main et le caresser en même temps. Vincent Jeannerat s’y est naturellement attaché et l’a prénommé Albert.
Jusqu’au jour où, au milieu du montage du projet, venu un dimanche pour effectuer quelques travaux sur le site, Vincent Jeannerat n’est pas resté manger. « Je l’ai vu monter la pente. Mais j’étais invité et je devais repartir. Il a dû m’attendre, parce que quand je suis revenu le lendemain, j’ai vu sur le parking des plumes de partout et la tête du cygne cassée. Un renard ou une autre bête avait dû le manger, mais il s’est vaillamment défendu, ça se voyait. » Très ému par cette disparition, il a donc décrété que le restaurant s’appellerait Chez Albert. « C’était mon animal de compagnie, il me suivait partout… On s’est dit que ce serait un bon signe d’avoir un cygne ici ! »
Vincent Jeannerat et Éric Kuenzi, les deux associés fondateurs de l’East Park. Photo Alexandre Tavani
Ces eaux ont donc été dirigées vers ces 9 petits étangs en terrasse, disposant pour chacun de plantes spécifiques aux vertus filtrantes. Une fois l’eau traitée, celle-ci se déverse dans le lac à l’arrière, puis dans celui des activités nautiques. « Nous avons demandé à être compétents pour garder l’entretien de ces étangs et de ce circuit de filtration, parce qu’il y a des buses en béton avec des vannes. C’est sans doute ce qui a pesé dans la balance pour mener le projet à bien et ça permet de garder le site aussi naturel que possible, permettant à la faune et à la flore d’avoir son espace de tranquillité », ajoute Vincent Jeannerat.
-
Séance débroussaillage dans la « jungle » bartenheimoise, autour du plan d’eau de l’ancienne gravière, en 2021. Photo fournie
-
-
Vincent Jeannerat en 2021 avant débroussaillage à la machette. Photo fournie
-
Vincent Jeannerat en 2021 après débroussaillage à la machette. Photo fournie
-
Cinq ans plus tard, Vincent Jeannerat a toujours la même machette quand il fait le tour des neuf étangs filtrant l’eau. Photo Alexandre Tavani
-
L’un des neuf petits étangs en terrasse, disposant pour chacun de plantes spécifiques aux vertus filtrantes. Photo Alexandre Tavani
-
-
Les étangs filtrent l’eau avant que celle-ci rejoigne le plan d’eau de l’East Park. Photo Pierre Gusz
Brochets, aigrettes, écrevisses…
De cette spécificité découle un réjouissant constat, avec la présence dans le plan d’eau, en grande quantité, de carpes, de brochets, de gardons, et même d’écrevisses. Ainsi que de cygnes, de canards, d’aigrettes blanches, oiseau emblématique du site. « Une fois par an, la Ligue pour la protection des oiseaux et Alsace Nature viennent pour faire un comptage et voient énormément d’oiseaux », reprend Vincent Jeannerat. « Point sensible : la présence de plus en plus importante de cormorans en hiver, utilisant les modules et les pontons pour se poser et chasser. On en a déjà compté jusqu’à 70. Je ne suis pas un spécialiste, je ne peux pas dire s’il y a un équilibre des choses ou pas, mais s’ils restent tout l’hiver, ça veut dire qu’il y a assez de poissons pour nourrir 70 cormorans. »
Incroyable mais vrai : le plan d’eau regorge de carpes, de brochets, de gardons et même d’écrevisses, comme le montre Vincent Jeannerat. Photo fournie
Curieux de nature, voyant le plan d’eau non pas comme « un outil de travail » mais comme « un lieu dont nous voulons prendre soin et préserver, de manière douce, sans polluant, et en remplaçant cette année le moteur thermique de notre bateau de sécurité par un moteur électrique », les gérants de l’East Park, bien qu’ils ne soient pas tenus de le faire, effectuent chaque année des analyses de l’eau. Les résultats sont ensuite transmis à la mairie de Bartenheim, à l’Agence régionale de santé (ARS) Grand Est, affichés à l’infirmerie et à l’accueil du site.
« Avant de répondre à l’appel à projets, on a reçu tout un dossier de Holcim contenant les analyses d’eau depuis la fin des années 1990. Quatre cents pages qu’il a fallu lire et analyser, car on ne pouvait pas se permettre de créer les activités si le niveau variait trop. Il y a eu des périodes de sécheresse, notamment en 2017, mais sinon, à part un niveau d’eau ayant de petites variations qui sont normales, la qualité de l’eau a toujours été bonne. »
Algues ramassées, berges entretenues, mais baignade interdite
Leurs actions ne s’arrêtent pas là, puisqu’ils se jettent à l’eau pour s’occuper des algues. Ayant une fonction filtrante quand elles poussent mais beaucoup moins bénéfique quand elles arrivent à la surface. « Depuis l’ouverture du site, tous les ans au mois de juin, on prend tous les employés, on les met sur les paddles et on ramasse les algues en surface, que l’on dépose ensuite sur les berges. Il s’agit d’une action concrète, pour éviter que l’eau ne se réchauffe et qu’il y ait des cyanobactéries », observe encore Vincent Jeannerat. Les berges sont également entretenues et débroussaillées, tout comme le sentier pédagogique. « Nous avons aussi appris que la qualité de l’eau peut être affectée par les matières organiques et les feuilles qui tombent dans l’eau. À long terme, nous aimerions avoir une végétation éparse mais maîtrisée, tout autour du plan d’eau. »
Autre point positif de par les activités nautiques, « avec le passage des wakeboarders et des skieurs, l’eau est brassée en permanence. Elle est donc oxygénée et ne stagne pas ». Même si la qualité de l’eau à l’East Park continue à être bonne, la baignade y reste interdite. « Toutes les activités sont surveillées et encadrées, chaque utilisateur du plan d’eau a un gilet de sauvetage. Le gros risque, ici, c’est la turbidité de l’eau, qui n’est pas claire comme dans une piscine. Les berges sont très vite très profondes, on n’a pas pied. » Raison pour laquelle l’aquapark a été placé là où le plan d’eau affiche le plus de profondeur (cinq mètres en moyenne), « pour que les usagers sautent, plongent et ne puissent pas toucher le fond ».
Plus d’infos sur le site internet https://east-park.fr
L’East Park en six chiffres
▶ 2022. L’East Park a ouvert en 2022, à la suite d’un appel à projets de la commune de Bartenheim. Cette année-là, ses fondateurs signent un bail emphytéotique sur une durée de 20 ans.
▶ 2. Vincent Jeannerat et Éric Kuenzi sont les deux associés fondateurs ayant porté ce projet au niveau de l’ancienne gravière, en jonglant avec leurs métiers respectifs côté suisse : avocat d’affaires pour Éric Kuenzi, ingénieur pour Vincent Jeannerat, avec son bureau d’études en techniques du bâtiment.
▶ 49. C’est la superficie, en hectares, du site de l’East Park, dont 19 hectares de plan d’eau.
▶ 60 000. Entre les activités nautiques et la partie restauration, l’East Park a accueilli 60 000 visiteurs entre avril et octobre 2025. Une progression conséquente en comparaison de 2022, l’année d’ouverture ayant enregistré 30 000 visiteurs.
▶ 87. Toujours en 2025, l’East Park a attribué 87 contrats de travail. Essentiellement des contrats à durée déterminée et des contrats saisonniers pour de jeunes étudiants. Une soirée à thème, comme la soirée années 80 du samedi 18 juillet 2026 nécessite jusqu’à 40 employés.
▶ 1 300 000. Chiffre d’affaires annoncé pour 2025 : 1,3 million d’euros. Les gérants de l’East Park investissent 1 % de ce chiffre pour entretenir toute la partie naturelle du site (location des machines adéquates comme les épareuses, travail effectué sur le sentier pédagogique et les chemins périphériques, salaires de l’ouvrier qui débroussaille ces espaces…).