« Il manque ce qui fait un marché provençal » : à La Seyne, le cours Louis-Blanc cherche un nouveau souffle
Si les commerçants historiques et la halle aux poissons continuent de faire la réputation du marché seynois, de nombreux visiteurs espèrent retrouver l’authenticité d’un véritable marché provençal.
Sous les platanes du cours Louis-Blanc, le marché du centre-ville demeure un rendez-vous incontournable pour de nombreux Seynois.
Fruits et légumes, produits du terroir, commerçants fidèles et halle aux poissons, ouverte du mardi au dimanche matin, font vivre un marché dont les origines remontent au XIXe siècle.
Si l’accueil des commerçants, la qualité des produits et le cadre du centre ancien sont régulièrement salués, beaucoup regrettent une évolution du marché.
« J’aimerais retrouver davantage de producteurs locaux et moins de revendeurs », explique Henri, 68 ans.
« Il manque ce qui fait un marché provençal : les odeurs, les couleurs, les spécialités et le choix », raconte Monique, 33 ans.
« La halle aux poissons est un vrai atout. Si le reste du marché retrouvait la même identité, ce serait un formidable moteur pour le centre-ville », estime Fabrice, 88 ans.
Plusieurs visiteurs regrettent également la place prise par les vêtements ou les fripes, au détriment des producteurs locaux, des spécialités régionales et d’une offre plus diversifiée.
Une baisse du nombre d’étals particulièrement visible certains jours. « Le vendredi, les commerçants ont aussi la possibilité de s’installer sur le marché des Sablettes. Beaucoup font ce choix et, forcément, ici, ça fait peau de chagrin », constate l’un des professionnels présents sur le cours Louis-Blanc.
Plusieurs tentatives pour redynamiser le marché
La Ville tente depuis plusieurs années de redonner du dynamisme au cours Louis-Blanc.
En 2023, les mardis des collectionneurs, les mercredis des enfants ou encore les jeudis « Halles à ciel ouvert » avaient été lancés.
En 2025, une autre formule avait pris le relais avec des marchés à thèmes organisés chaque deuxième dimanche du mois, de mars à novembre.
La recherche de nouveaux commerçants, elle, se poursuit. Un appel à candidatures, lancé dès 2023 à destination des forains et producteurs locaux, est toujours disponible sur le site internet de la Ville.
Des tarifs attractifs y sont proposés aux commerçants non sédentaires souhaitant rejoindre le cours Louis-Blanc et contribuer à étoffer son offre. Affaire à suivre, donc, pour ce marché historique du centre-ville.
Noyant : des pâtes depuis 142 ans
Photo C. Go.
Il suffit de pousser la porte de la Fabrique de pâtes Noyant pour remonter le temps. Cette année, l’établissement du cours Louis-Blanc célèbre ses 142 ans.
Christine Noyant en connaît les trente-deux dernières années : c’est en 1994 qu’elle reprend la boutique avec son mari Rémy. Elle n’a donc pas connu l’époque des chantiers navals, dont les anciens lui ont tant parlé. « Il paraît que c’était la plus belle des époques pour le cœur de ville », raconte-t-elle.
L’histoire de la maison en témoigne : entre 1919 et 1938, la boutique connaît son âge d’or et emploie jusqu’à quinze salariés.
Des gestes qui traversent les générations
Dans l’atelier, le temps semble parfois s’être arrêté. La machine la plus récente date de 1975.
Christine prépare les farces, tandis que son mari travaille la pâte. Daube de bœuf, ricotta-épinards, pâtes au basilic, gnocchis, ravioles au citron... tout est fabriqué artisanalement, frais et sans conservateur.
Certaines nouveautés témoignent pourtant de l’évolution des goûts, à l’image des préparations à l’ail des ours, une plante sauvage printanière dont les feuilles dégagent un parfum délicatement aillé.
À côté, la boutique propose également des préparations comme son caviar de tomates séchées aux pignons et à l’huile d’olive ou encore le parmesan râpé à la demande, fin ou plus grossièrement.
Une recette résiste particulièrement au temps : les raviolis à la daube de bœuf. « C’est la même recette qu’au siècle dernier et c’est toujours ce qui se vend le plus », sourit Christine. Même le pliage des paquets n’a pas changé : quelques mouvements précis pour envelopper les pâtes, transmis avec le métier et reproduits aujourd’hui comme autrefois.
En trente-deux ans derrière son comptoir, Christine a surtout vu défiler les générations.
« J’ai connu des clients qui venaient ici quand ils étaient bébés et qui viennent aujourd’hui avec leurs propres enfants. »
Les habitudes alimentaires, elles, ont évolué. « Les gens mangent moins de viande qu’avant », constate-t-elle.
De nouvelles saveurs ont fait leur apparition et la clientèle recherche davantage de variété, sans pour autant abandonner les recettes historiques.
Le cours Louis-Blanc a changé lui aussi
Lorsque Christine Noyant s’installe en 1994, obtenir une place sur le marché voisin n’est pas chose facile. « Il y avait une liste d’attente pour avoir un emplacement », se souvient-elle.
Trente-deux ans plus tard, le paysage est différent. Selon elle, la multiplication des marchés alentour a progressivement dispersé commerçants et clientèle.
Elle en reste néanmoins profondément attachée au centre ancien et à son authenticité.
Sa boutique, elle, n’a jamais perdu sa clientèle. Son adresse se transmet encore grâce au bouche-à-oreille.
Une fidélité qui rappelle tout le potentiel de ce cœur historique, alors que quelques mètres plus loin, le marché cherche aujourd’hui à retrouver une partie de l’effervescence qui faisait autrefois sa réputation.
Jours et horaires d’ouverture
Le marché du cours Louis-Blanc, au centre-ville de La Seyne, est ouvert du mardi au dimanche, de 8 h 30 à 12 h 30. Il est fermé le lundi.