« Il faut remoduler le temps de travail » : la proposition du père des 39 heures
Jean Auroux, ancien ministre du Travail. © Éric Hadj ...
Jean Auroux, ancien ministre du Travail.
© Éric Hadj
Florent Buisson 22/09/2026 à 07:30, Mis à jour le 22/09/2026 à 07:30
L’ancien ministre de François Mitterrand, à l’origine des 39 heures, de la cinquième semaine de congés payés et de la retraite à 60 ans, éclaire les débats actuels.
Le collier de barbe a blanchi, mais entoure toujours le visage de Jean Auroux, emblématique ministre du Travail de 1981 à 1982. À 84 ans, l’ancien maire de Roanne, qui a aussi réformé un tiers du Code du travail, participé ensuite au développement d’Airbus ou négocié pour le tunnel sous la Manche, poursuit ses discussions avec le monde politique et syndical. Il raconte ses memoires dans un livre.
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Paris Match. On vous nomme ministre du Travail, quelles mesures prenez-vous ?
Jean Auroux. Je refais une grande consultation, une coproduction politique et syndicale, comme à l’été 1981 avant les lois Auroux et les ordonnances. Juste avant, en juin 1981, nous avions augmenté le Smic de 10 %. Ensuite, j’ai fait une loi d’habilitation [le Parlement autorise le gouvernement à prendre des mesures relevant de la loi, NDLR], pour réduire le temps de travail, ajouter une semaine de congés payés et passer la retraite à 60 ans.
Était-ce alors ce qu’il fallait pour les Français ?
Ces mesures étaient bénéfiques, même si je regrette que les 39 heures (payées 40) n’aient pas créé assez d’emplois. Les 35 heures non plus… Je regrette la disparition des contrats de solidarité, qui établissaient que, quand un retraité partait, on favorisait l’embauche d’un jeune. Aujourd’hui, je reprendrais cette idée.
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Les 35 heures étaient dans le programme de 1981 ! Il ne fallait pas les faire du tout ?
On est allé un peu vite [les 35 heures ont été adoptées entre 1998 et 2000, NDLR]. Dès 1981, le paquet de mesures était déjà conséquent et j’ai décidé de ne pas ajouter les 35 heures. Le patronat était contre, les syndicats, mesurés, car dans les PME de quelques personnes, ç’aurait été compliqué à gérer. J’y étais attentif, en tant que maire d’une ville ouvrière.
Quand Fabien Roussel propose la semaine de 32 heures, il se trompe ?
On est aujourd’hui dans une économie mondialisée avec une concurrence féroce. Les consommateurs mènent la vie économique et ne cherchent pas toujours à défendre les produits tricolores. Je propose une plus grande modulation du temps de travail. Quand vous avez des coups de feu, vous négociez et montez à 38 ou 40 heures s’il le faut, avec des compensations salariales. Et vous descendez à 32 heures à d’autres moments. Je suis pour la négociation de la durée et de l’organisation du travail. Le débat sur le salaire ne suffit pas. Il faut le compléter par d’autres sur les conditions de travail, les déplacements, les abonnements numériques, le pouvoir du salarié sur l’investissement de son entreprise.
Les politiques manquent d’imagination, aujourd’hui ?
Oui, ce sont des gestionnaires de clientèles. J’attends les visions sur un État moderne, compétent. Il faut une loi d’habilitation permettant de modifier et d’enrichir le monde du travail.
Vous avez instauré le droit de retrait en cas de situation dangereuse. Près de quarante-cinq ans plus tard, la France est l’un des pires pays de l’UE en matière d’accidents du travail. À quoi est-ce dû ?
À la disparition des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et à son usage insuffisant, notamment. Dans mes textes, ils avaient la possibilité de poursuivre en justice ! Les délégués du personnel, qui servaient de médiateurs, ont aussi disparu.
Est-ce plus difficile d’être aux responsabilités aujourd’hui ?
Oui, car c’est le monde économique qui mène la danse. Et l’Europe, qui a été faite par des énarques sans inclure le monde du travail, ne joue pas son rôle.
Un candidat à la primaire de la gauche a-t-il votre préférence ?
Il y a une fascination pour la présidentielle, et le plus fasciné de tous, c’est Mélenchon ! Je le connais bien, il n’est pas fédérateur et est à la tête d’un parti où, paradoxalement, tout le monde lui est soumis… Les gens avec assez de hauteur, des créatifs, je les cherche. Faure, Glucksmann, etc., sont intéressants mais il leur manque toujours quelque chose.
« Histoire et confidences de Jean Auroux », entretien avec Albine Novarino-Pothier, éd. Héraclite, 162 pages, 18 euros.
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