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Il faudra l’aval de l’employeur ou de France Travail avant de suivre une formation: le gouvernement veut (encore) réformer le CPF et cela suscite déjà des remous

Nouveau serrage de vis en vue pour le compte personnel de formation (CPF). Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou entend conditionner chaque achat de formation à la validation par l'employeur, l'Apec ou France Travail.

Il faudra l'aval de l'employeur ou de France Travail avant de suivre une formation: le gouvernement veut (encore) réformer le CPF et cela suscite déjà des remous

Publié aujourd'hui à 18h29

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Caroline Robin et Caroline Morisseau (avec AFP)

Nouveau serrage de vis en vue pour le compte personnel de formation (CPF). Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou entend conditionner chaque achat de formation à la validation par l'employeur, l'Apec ou France Travail.

S'agirait-il de la réforme de trop? Alors que le gouvernement peaufine son budget pour 2027, le compte personnel de formation (CPF) pourrait encore être fragilisé, dans un contexte de redressement des finances publiques de l'État. Dans un entretien accordé aux Échos le 16 juillet, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a confié son intention de durcir les conditions d'utilisation du CPF - pourtant longtemps plébiscité pour faciliter les évolutions et reconversions professionnelles des actifs.

"Le 'P' de CPF, nous voulons le changer de personnel en professionnel. Chacun pourra toujours construire son parcours professionnel, mais nous voulons désormais faire vérifier que chaque formation est cohérente par rapport aux évolutions professionnelles souhaitées par le salarié et réalistes par rapport à la réalité du marché du travail", a affirmé l'ex-PDG de la SNCF.

En d'autres termes, chaque achat de formation deviendrait conditionné à la validation par l'employeur pour un salarié en poste, ou par l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), voire France Travail.

La CFDT s'y oppose

Sans surprise, l'idée n'est pas du goût des syndicats. Dans un communiqué publié ce mardi 21 juillet, la CFDT marque son opposition. "Soumettre l'utilisation du CPF à une validation préalable de l'employeur ou du Conseil en évolution professionnelle (CEP) remettrait en cause non seulement un équilibre construit par les partenaires sociaux par les ANI (accords nationaux interprofessionnels, NDLR) de 2013 et de 2018 mais aussi la philosophie de la loi du 5 septembre 2018, qui a fait de chaque actif le premier acteur de son parcours professionnel".

Pourquoi le reste à charge du CPF a-t-il augmenté depuis le 2 avril?

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Cette loi visait en effet à supprimer tous les intermédiaires et à redonner la main aux actifs pour mener à bien leur projet professionnel, qu'il s'agisse par exemple d'une montée en compétences en vue d'une évolution de poste dans leur entreprise, ou d'une reconversion professionnelle. Joint par l'AFP, le secrétaire confédéral de la CGT Denis Gravouil estime que le droit individuel à la formation est "une grande conquête", qui doit permettre à un salarié de "choisir une formation qui ne soit pas uniquement celle que son employeur veut qu'il fasse pour l'adaptation au poste de travail".

L'exécutif peut compter sur le soutien du patronat

Le projet du gouvernement fait aussi hurler certains macronistes, à l'image de Sylvain Maillard. "Enterrer le CPF, c’est un choix de défiance envers la liberté de chaque actif de choisir son avenir professionnel. Je m'étonne que cette annonce choc de Jean-Pierre Farandou se fasse dans un journal et pas face aux députés de sa majorité. À deux mois des discussions budgétaires, c’est pour le moins malhabile", a-t-il dénoncé dans un post publié sur le réseau social X.

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L'exécutif a en revanche le soutien du patronat. "On a investi énormement d'argent pour financer des réformes bidons", explique un responsable patronal à BFM Business. Comme le souligne un rapport du Sénat, publié le 9 juillet, les employeurs sont la première source de financement du CPF: leur contribution, collectée par l'organisme France compétences, s'élevait à près de 11 milliards d'euros en 2025. C'est ensuite la Caisse des dépôts et des consignations qui gère le fonds du CPF. Le coût total pour les finances publiques atteindrait 2,1 milliards d'euros par an depuis 2020 selon les auteurs du rapport.

Pour limiter la facture, l'État a déjà serré la vis à plusieurs reprises sur certaines formations, comme le permis de conduire qui a été exclu du catalogue du CPF (sauf pour les demandeurs d'emploi). Un décret, paru en février dernier a également plafonné à 1.500 euros les montants mobilisables pour financer des formations issues du répertoire dit "spécifique", comme les langues étrangères, la soudure, ou encore des habilitations requises pour l'exercice d'un métier. Et ce, quand bien même le bénéficiaire dispose de plus d'argent sur son CPF. Cette mesure doit permettre à l'État d'économiser pas moins de 250 millions d'euros.

En avril, le reste à charge, c'est-à-dire la somme que les actifs doivent dans tous les cas régler en s'inscrivant à une formation éligible au CPF a augmenté de 50% pour atteindre 150 euros. Ce reste à charge, appelé "participation forfaitaire", n'a pas toujours existé, il a été introduit en mai 2024. Cela signifie qu'avant, les titulaires du CPF pouvaient se financer à 100% une formation à l'aide des fonds qui leur étaient attribués, sans avoir à débourser le moindre euro de leur portefeuille.