« Il est le meilleur pour jouer entre les lignes » : Dani Olmo, le feu follet qui a choisi l’exil pour mieux briller
Meilleur joueur offensif espagnol pendant la Coupe du monde, parfois qualifié de « meilleur joueur du monde entre les lignes », le Catalan Dani Olmo a forgé son destin par un exil en Croatie avant de triompher au Barça et avec la Roja, qui affronte l'Argentine dimanche (21 heures) en finale de la Coupe du monde.
Il est l'incarnation footballistique de l'expression savoir lire entre les lignes. Joueur d'échecs patenté depuis son passage à Leipzig, Dani Olmo anticipe les déplacements des uns et des autres avec plusieurs coups d'avance et il en devient souvent insaisissable, comme mardi contre les Bleus (2-0). Le Barcelonais sait lire et bouger entre les lignes adverses avec une facilité déconcertante et on pourrait même ajouter qu'il sait aussi déchiffrer les lignes du destin. Car il fallait être un oracle pour comprendre que la réussite au Barça d'un gamin formé à la Masia passerait par les Balkans et l'Allemagne de l'est.
L'ÉQUIPE
publicité
L'ÉQUIPE
publicité
Car s'il a emprunté des détours pour finalement être adoubé dans le club qu'il a toujours imaginé comme « sa maison », Olmo est né à moins de trente kilomètres du Camp Nou, à Terrassa, une ville qui doit être étudiée par la science puisqu'elle a enfanté un autre génie de la géométrie du terrain, un certain Xavi.
Fils d'un modeste attaquant ayant écumé les clubs de Catalogne, le petit Dani est évidemment plongé très tôt dans l'univers footballistique, ce qui a des vertus. « C'était un garçon hyperactif, avec beaucoup d'énergie et le football l'aidait à se canaliser, raconte Fidelio Santiago Gracia, qui fut l'un de ses premiers entraîneurs à Terrassa. Avant qu'on commence les exercices, il pouvait être un peu agité mais ensuite, sa concentration était absolue. Il avait tellement d'énergie qu'il jouait avec des enfants d'un an plus âgé. C'était du foot à 7 et il jouait ou devant, ou sur le côté gauche. Et malgré la différence d'âge, il trouvait les ressources pour se faire vraiment remarquer. Il marquait beaucoup, donnait beaucoup de passes décisives, il faisait déjà ces contrôles orientés qui sont aujourd'hui une merveille. »
« Ce qu'il fait aujourd'hui à la perfection, il le faisait déjà tout petit, très intelligent pour bouger, avec une capacité à combiner et un sens du but très aiguisé »
Quique Alvarez, un des formateurs de Dani Olmo à la Masia
L'ÉQUIPE
publicité
L'ÉQUIPE
publicité
Chez les petits, Terrassa évolue dans la plus haute catégorie et il est vite repéré par les gros clubs de la région. Une saison à l'Espanyol puis très vite, le grand Barça, où il n'est pas encore ce joueur hybride mais plutôt un avant-centre. « Sa génération, c'était un très bon groupe, avec notamment Cucurella, qui avait déjà les cheveux longs, se marre Quique Alvarez, l'un de ses formateurs à la Masia. Dani alternait entre ailier et avant-centre. Il a toujours eu le sens du but et il savait très bien se placer. Ce qu'il fait aujourd'hui à la perfection, il le faisait déjà tout petit, très intelligent pour bouger, avec une capacité à combiner et un sens du but très aiguisé. »
Mais un événement va l'obliger à évoluer : l'arrivée de Lee Seung-woo, vite surnommé le Messi coréen et qui sera malgré lui responsable de l'interdiction de recrutement du Barça quelques années plus tard (*). Ce dernier évolue en numéro 9 et c'est donc sur les ailes voire dans l'entrejeu qu'Olmo va devoir évoluer, forgeant les qualités qui feront de lui le joueur qu'il est aujourd'hui.
(*) Le club catalan sera sanctionné pour infractions relatives au recrutement des joueurs mineurs.

Dani Olmo, deuxième en partant de la gauche parmi les joueurs à genoux, lorsqu'il évoluait avec le club de Terrassa. (DR)
Mais si le talent est là et qu'il n'est pas loin d'obtenir son premier contrat pro en Catalogne, le garçon ne ressent pas une confiance absolue et il est convaincu que sa réussite future au Barça passe par un exil. À 16 ans. « Il a pris une décision très courageuse, reprend Quique Alvarez. Le Barça voulait qu'il reste mais il a pris la décision d'aller dans un Championnat où l'on pouvait faire monter les jeunes beaucoup plus tôt. Sa décision n'était pas "normale" car à l'époque, ce sont les équipes anglaises qui venaient chercher les joueurs espagnols de cet âge. Le temps lui a donné raison. »
Olmo prend donc la direction de la Croatie et du Dinamo Zagreb, où il intègre très vite l'équipe première. Nenad Bjelica, qui l'a entraîné de l'été 2018 à décembre 2019, est intarissable lorsqu'on lui demande ce que lui évoque le nom Dani Olmo : « Qualité, talent, caractère, courage, régularité. Dani a un bon caractère, une bonne première touche, la dernière passe, le sens du but, il a faim devant le but, une bonne frappe. Pour moi, il est le meilleur pour jouer entre les lignes. »
Une patience récompensée avec la Roja
Milieu offensif gauche dans le 4-3-3 de Bjelica, le garçon convainc par son niveau, avec quelques buts d'anthologie, notamment son ouverture du score contre Manchester City en C1, d'une volée en angle fermée sur un long centre venu de l'arrière. Mais aussi par l'intérêt qu'il porte vite à la culture du pays, au-delà de son apprentissage de la langue. « Il est très humble, très simple, et généreux, reprend le technicien Il donnait d'ailleurs une partie de son salaire aux victimes de la guerre de 1992. »
« J'ai commencé à m'intéresser à l'histoire quand j'étais là-bas, racontait le joueur dans une interview à GQ, l'an passé. J'ai le souvenir de mes débuts à Vukovar, une des villes emblématiques de la guerre, et j'ai vu les immeubles, les champs, les maisons encore affectés par ce qu'il s'est passé. Cela a piqué ma curiosité et j'ai commencé à poser des questions et lire sur la guerre. J'ai beaucoup de croate en moi désormais. J'ai le gène compétitif croate, cette faim de gagner pas seulement dans le foot mais en water-polo, en hand, tennis. Ils ont à peine 4 millions et vont toujours très loin. »
Ils avaient été jusqu'en finale de la Coupe du monde 2018 et Olmo aurait pu être l'un des leurs, mais il avait repoussé les avances du maillot à damiers, sentant que son heure arriverait avec la Roja. Ce fut le cas dès novembre 2019, deux mois avant son transfert pour le RB Leipzig. « C'était un club qui grandissait avec le coach Julian Nagelsmann, expliquait l'an passé à L'Équipe celui qui est par ailleurs un fan de Padbol, une sorte fusion du padel et du football. C'était la meilleure étape pour moi. En ayant l'idée, un jour, de revenir chez moi et, au final, tout a été parfait. »
Dans la foulée de la victoire à l'Euro, à l'été 2024, Olmo fait donc un retour triomphal à la maison, même s'il devra quand même patienter quelques semaines en raison des difficultés financières du club catalan, qui n'a dans un premier temps pas eu le droit de l'inscrire. La suite va lui sourire, avec deux titres de champions d'Espagne, en attendant un potentiel titre de champion du monde, ce dimanche. Si ça sourit, on pardonnera alors bien volontiers à l'hyperactif gamin de Terrassa de sauter dans tous les sens.