Il doit porter leurs échanges à 500 milliards de dollars par an: pourquoi l’accord commercial entre l’Inde et les États-Unis patine
Alors que Marco Rubio doit se rendre en Inde cette semaine, l'accord commercial entre les deux pays n'est toujours pas bouclé. Les discussions semblent bloquées.Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, est ...
Alors que Marco Rubio doit se rendre en Inde cette semaine, l'accord commercial entre les deux pays n'est toujours pas bouclé. Les discussions semblent bloquées.
Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, est attendu la semaine prochaine pour sa deuxième visite de l'année en Inde, à l'heure où les deux pays peinent à conclure un accord de libre-échange commercial source de multiples tensions.
Le chef de la diplomatie des États-Unis n'a pas prévu cette fois de faire étape dans la capitale New Delhi, lui préférant la capitale financière du pays, Bombay, et Jamnagar (ouest), le berceau du conglomérat Reliance, propriété du milliardaire Mukesh Ambani. Les discussions commerciales bilatérales sont perturbées depuis de longs mois.
À la guerre des droits de douane lancée par Donald Trump s'ajoutent les frictions sur les importations indiennes de pétrole russe ou le réchauffement des liens entre les États-Unis et le Pakistan, l'ennemi héréditaire de l'Inde.
Pourquoi ça coince ?
New Delhi et Washington ont annoncé en février un accord de principe sur la baisse des taxes sur leurs importations réciproques. En échange d'une baisse de 25 à 18% du taux appliqué par les Américains, les Indiens se sont engagés à réduire les leurs, notamment sur les produits agricoles. Malgré des mois de tractations depuis, le texte n'a toujours pas été paraphé.
La remise en cause par la justice américaine des droits de douane imposés par le locataire de la Maison Blanche l'explique largement.
"Les offres américaines n'ont plus de base depuis que la Cour suprême a invalidé le régime actuel", a écrit l'analyste financier Ajay Srivastava, "la valeur de la proposition américaine est devenue moins claire".
L'Inde est aussi dans le flou depuis le vote d'une loi américaine punissant de droits de douane allant jusqu'à 100% les acheteurs de pétrole russe, accusés de financer l'effort de guerre de Moscou en Ukraine. Même si le président américain en a suspendu vendredi l'application.
Où en sont les tractations ?
Les deux pays ont rivalisé de déclarations optimistes, mais leurs discussions semblent bloquées. En juin, le ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, avait annoncé un accord sur 99% du texte, et l'ambassadeur américain à New Delhi, Sergio Gor, confirmé des discussions sur "le 1% restant". Le ton est devenu nettement moins optimiste.
La ministre indienne des Finances, Nirmala Sitharaman, a évoqué la semaine dernière un "plateau au-delà duquel elles (les parties) ne semblent pas prêtes à faire des concessions". Quelques jours plus tôt, le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a confié qu'il n'anticipait pas d'annonce "imminente" d'un accord, évoquant "la multitude des points d'achoppement qui demeurent".
"Tout cela signifie que l'objectif d'atteindre la barre des 500 milliards de dollars d'échanges bilatéraux annuels (...) a peu de chances d'être atteint d'ici 2030", en a conclu l'ex-diplomate indien, Kanwal Sibal.
Quelles difficultés ?
L'agriculture reste un secteur particulièrement sensible pour l'Inde, car source de revenu de 45% de son milliard et demi d'habitants. Washington espère de son côté convaincre New Delhi d'augmenter ses importations d'énergie. Mais le principal point de blocage semble l'insistance de l'Inde à obtenir que le taux des droits de douane américains retenus pour ses produits ne dégrade pas sa position face à ses autres concurrents asiatiques, comme le Vietnam.

Le Monde qui bouge : le parti pris : Chine-Inde, retour du dialogue après 7 ans de brouille - 11/09
4:29
Le ministre Goyal a confirmé cette semaine que l'accord, une fois signé, ne serait opérationnel qu'une fois ces garanties acquises. "Nous revoyons les derniers détails et espérons être en mesure de bientôt finaliser tout ça et de le mettre en oeuvre dès que nous aurons assuré notre avantage concurrentiel sur les autres pays", a-t-il dit.
Comment va le commerce ?
Très bien. La plupart des produits indiens ne sont pour l'heure taxés qu'à 10% aux États-Unis, pendant que certains autres comme les iPhones ou les médicaments génériques en sont complètement exemptés. Les exportations indiennes ont fait un bond de 21% en août, à 8,3 milliards de dollars, par rapport au même mois de l'année précédente lorsque les droits de douane atteignaient encore 50%.
Cette hausse a contribué à porter l'économie indienne, sévèrement impactée par la hausse mondiale des prix de l'énergie. Si des droits de douane élevés étaient remis en vigueur, ils affecteraient les prévisions de croissance de l'Inde - 7% pour l'année fiscale en cours, selon le Fonds monétaire international (FMI) -, la confiance des marchés et la santé déjà fragile de la roupie.
Sujets liés :