Au Népal, près d’un millier d’ouvriers portés disparus dans les infrastructures hydroélectriques recouvertes de boue
Les autorités népalaises ont décompté 3 925 disparus après les crues, dont près d'un quart sont des employés du secteur hydroélectrique venus de plusieurs pays. Ils ont notamment été piégés dans des tunnels, alors que plusieurs chantiers de centrales étaient en cours.
Climat
Environnement
Les autorités népalaises ont décompté 3 925 disparus après les crues, dont près d'un quart sont des employés du secteur hydroélectrique venus de plusieurs pays. Ils ont notamment été piégés dans des tunnels, alors que plusieurs chantiers de centrales étaient en cours.
Publié le 31/08/2026 18:56
Mis à jour le 31/08/2026 19:45
Temps de lecture : 5min
Le Népal tente encore de faire vivre l'espoir, au milieu des coulées de boue qui ont ravagé le nord de la capitale Katmandou. Cinq jours après les crues monstrueuses qui ont dévalé les contreforts himalayens, les sauveteurs redoublent d'efforts dans des conditions extrêmes, lundi 31 août, en l'absence de routes et de ponts. Le secteur de l'hydroélectricité, notamment, a payé un lourd tribut à la catastrophe. Parmi les 3 000 employés qui travaillaient sur des chantiers de centrales, 894 manquent toujours à l'appel.
Les efforts se concentrent notamment sur trois grandes infrastructures situées sur les rives de la rivière Trishuli, à commencer par le projet Upper Trishuli-1, en construction lors de la catastrophe. Seules trois personnes ont pu y être secourues lundi, alors que les autorités ont perdu tout contact avec 573 personnes, selon le décompte communiqué à franceinfo par l'Association des producteurs indépendants d'énergie (Ippan). Parmi elles, 300 travaillaient à l'intérieur d'un tunnel.
Ashish Gurung, un guide de montagne expérimenté, a rejoint la localité de Haku pour participer aux opérations de secours. "Il y a ici un long tunnel et d'autres qui se connectent les uns aux autres", explique-t-il à franceinfo, entre deux coupures de connexion. "J'ai fait une reconnaissance du tunnel numéro 1, géré par une entreprise coréenne. Cet endroit est totalement enseveli sous les pierres et les débris, il n'y a plus rien." Les images envoyées par Ashish Gurung sont effroyables. Impossible d'imaginer la présence d'un tunnel sous la couche épaisse de sédiments.
Le guide dit avoir transmis un rapport aux autorités, afin de réclamer l'arrivée en toute urgence de matériel, notamment de pompes à pression alimentées par des générateurs. "Le tunnel est rempli d'eau et de boue et il faut d'abord évacuer l'eau stagnante pour progresser, décrit Ashish Gurung. Les équipes opérationnelles devraient arriver avec de la main-d'œuvre et des engins, par exemple des pelleteuses." Les conditions météorologiques compliquent encore la donne, car il pleuvait lors de cet appel. Partout, des familles font part de leur détresse. "Il y a 110 maisons là où je me trouve et toutes les familles ont un proche disparu et demandent de l'aide." Le volontaire veut continuer à croire qu'il existe des survivants.
De nombreuses installations hydroélectriques ont été bâties dans cette région, située au nord de la capitale Katmandou. Douze ont été lourdement endommagées par les crues gigantesques, et les autorités évoquent de possibles disparus dans la moitié d'entre elles. Parmi elles, quatre étaient en construction quand une mer de boue a déferlé. "Nous construisons des installations hydroélectriques qui résistent aux tremblements de terre et qui résistent aux crues centennales", explique à franceinfo Uttam Bhlon Lama, vice-président de l'Association des producteurs indépendants d'énergie. "Mais cette fois-ci, cela n'a rien à voir avec une inondation. C'est comme une boue de béton qui a atteint jusqu'à 150 mètres de hauteur par rapport au niveau du sol."
Sur le projet Upper Trishuli 3-A, plus en aval sur la rivière du même nom, un dynamitage contrôlé a été mené pendant la nuit de dimanche à lundi, au niveau de la voûte. Cette opération a permis de constater la présence d'eau à l'intérieur du tunnel, qui est maintenant évacuée à l'aide de pompes motorisées. Les secouristes tentent d'éliminer les gravats et la terre pour aménager une voie d'accès au tunnel. Ils sont appuyés par des géologues et d'autres experts techniques, alors que 42 travailleurs sont piégés.
Sur le projet voisin Upper Trishuli 3-B, les sauveteurs pensent qu'une centaine d'ouvriers sont bloqués. Les services du Premier ministre ont précisé qu'une équipe était parvenue à atteindre le corps d'un tunnel de chantier, dimanche après-midi, afin d'y pratiquer une ouverture : "Des sauveteurs sont descendus avec des cordes en rappel dans le tunnel par la brèche et ont tenté d'entrer en contact avec ses occupants, mais ils n'ont pas obtenu de réponse." Les sauveteurs prévoyaient d'élargir la brèche, selon le ministère de l'Energie, afin de permettre le passage de sauveteurs équipés de masques à oxygène.
"Le Népal est un pays montagneux. Maintenant que les routes et les ponts ont été emportés, il n'y a plus aucun moyen d'atteindre ces sites, résume Uttam Bhlon Lama. Il ne reste plus que les hélicoptères, eux-mêmes très sollicités car ils doivent emporter l'équipement et transporter les experts." L'opération est entièrement prise en charge par l'armée. Les autorités ont installé leur quartier général de campagne dans une caserne de Bidur, sur les rives de la Trishuli, ce qui doit permettre de limiter la durée des rotations.
Le cataclysme marque également les rescapés, parmi ceux notamment qui avaient gagné un abri lors de la crue. "Nous essayons de leur donner une sorte d'assistance psychologique car ils ont eu très peur, bien sûr, décrit Uttam Bhlon Lama. Ce sont des scènes d'horreur, dignes d'un film hollywoodien. C'est comme si la boue et les sédiments s'étaient transformés en bombe nucléaire."
"Certains sont restés coincés à l'intérieur d'un tunnel pendant deux, voire trois jours, sans savoir s'ils allaient s'en tirer. C'est évidemment une expérience traumatisante."
Uttam Bhlon Lama, vice-président de l'Association des producteurs indépendants d'énergie
à franceinfo
Contacté par franceinfo, le géologue australien Arnold Dix reprend volontiers cette métaphore d'une "explosion de bombe". Ce spécialiste conseille les secouristes népalais sur les endroits à forer en priorité et sur les zones où trouver de potentiels survivants. "Presque tout a disparu en surface, les sections souterraines sont extrêmement difficiles à localiser, et creuser est complexe", expose-t-il. Arnold Dix estime que la probabilité de trouver des survivants en surface ou à faible profondeur est désormais nulle, mais que cette possibilité est "toujours réelle pour ceux restés sous terre".
Un peu plus au nord, la centrale souterraine de Rasuwagadhi suscite elle aussi la plus vive inquiétude. Le site a été submergé par la crue de la rivière Bhotekoshi. Un secouriste, cité par l'Ippan, explique que l'équipe est parvenue à parcourir 200 mètres dans un tunnel d'accès, partiellement obstrué par des obstacles. Mais le passage est totalement rempli de boue sur les cinquante derniers mètres, ce qui fait craindre que la centrale elle-même soit entièrement recouverte. Douze personnes y sont portées disparues, et 93 dans l'ensemble du chantier.
Sept personnes sont également portées disparues à Mailung Khola, toujours dans le district de Rasuwa, et 41 personnes dans le projet en cours à Langtang Khola. Dans cette zone difficile d'accès, une équipe de l'armée est arrivée seulement dimanche. Le ministre de l'Energie dit avoir rencontré les familles des employés disparus sur les différents sites, afin de les tenir informées des opérations en cours. "Jamais une telle catastrophe ne s'était produite dans l'histoire du Népal", résume Uttam Bhlon Lama, à la fois "triste et désemparé".
France Télévisions