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“Hypocrite”: un dirigeant conservateur allemand opposé à la GPA a eu recours à une mère porteuse

Jens Spahn, le chef du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, est devenu père grâce à une mère porteuse aux États-Unis. Problème: cette figure de proue du parti conservateur allemand et ancien ministre de la Santé s’était prononcée politiquement contre la GPA (gestation pour autrui) et s’était opposée à une tentative de légalisation. Encore aujourd’hui, cette pratique est illégale en Allemagne. Depuis cette révélation, les appels à sa démission se multiplient.

Jens Spahn, le chef du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, est devenu père grâce à une mère porteuse aux États-Unis. Problème: cette figure de proue du parti conservateur allemand et ancien ministre de la Santé s’était prononcée politiquement contre la GPA (gestation pour autrui) et s’était opposée à une tentative de légalisation. Encore aujourd’hui, cette pratique est illégale en Allemagne. Depuis cette révélation, les appels à sa démission se multiplient.

Ann De Nil, Kevin Dupont

Source: HLN, ANP, Bild, Euronews, Die Welt

17 juillet 2026, 18:52

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Jens Spahn, chef du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, est devenu père avec son compagnon Daniel Funke. Une photo circulant en ligne montre ainsi les deux hommes aux côtés d’une poussette, relève le tabloïd Bild. “Mon mari est devenu papa, et moi aussi”, a-t-il déclaré. “Georg représente notre plus grand bonheur. Ce sentiment est presque indescriptible.”

Pour rendre leur rêve réalité, le couple s’est rendu aux États-Unis, l’Allemagne interdisant le recours à la GPA. Et c’est là que le bât blesse. Sur le papier, Spahn est un farouche opposant à la GPA. Lorsqu’il était ministre de la Santé, il s’était d’ailleurs opposé à une tentative de légalisation en 2020. “En tant qu’homme homosexuel et chrétien, j’ai beaucoup de mal à me faire à l’idée d’une mère porteuse”, avait notamment déclaré par le passé cet éminent homme politique conservateur.


Lors de son congrès de février, la CDU a adopté une résolution dans laquelle le parti réaffirme son opposition à la GPA. “Compte tenu des objections éthiques, juridiques et pratiques à la GPA, la CDU réitère sa demande de maintenir l’interdiction de la GPA en Allemagne, y compris sous ses formes altruistes, afin de prévenir les abus, l’exploitation et les risques pour la santé”, a déclaré le parti conservateur. Même après ces révélations sur Jens Spahn, la CDU affirme maintenir sa position, comme l’a confirmé un porte-parole interrogé à ce sujet.

En soi, le démocrate-chrétien n’enfreint aucune loi en se rendant aux États-Unis avec son mari pour recourir à une mère porteuse. Le couple ne rencontrera pas non plus de difficultés pour faire reconnaître l’enfant en Allemagne. Mais le décalage entre la position politique de Spahn et sa décision personnelle n’a pas manqué de déclencher une polémique dans son pays.

“Sa position n’est plus tenable”

Face à ce paradoxe, Daniel Peters, président de la CDU dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, a exigé la démission de Jens Spahn. Il juge “totalement inacceptable” qu’un homme politique prône une chose sur le plan politique et fasse l’inverse à titre personnel. “Jens Spahn a la responsabilité de montrer l’exemple”, a déclaré Daniel Peters. “Sa position n’est plus tenable en tant que président du groupe parlementaire CDU/CSU.”

Jens Spahn. © EPA

Les critiques sont également vives au sein de l’opposition. Du côté du parti écologiste Grüne, une des deux grandes formations politiques allemandes favorables à la GPA avec Die Linke (gauche radicale), le député Janosch Dahmen a déclaré à Die Welt que “celui qui prône ces mesures politiques (sur la GPA, ndlr) doit être capable d’expliquer clairement pourquoi celles-ci ne s’appliquent manifestement pas à lui-même”. “Spahn interdit à des millions d’Allemands ce qu’il s’autorise lui-même”, renchérit sa collègue écologiste Paula Piechotta auprès de Bild.

Janosch Dahmen souligne également que Jens Spahn peut se permettre financièrement son “hypocrisie”, ce qui n’est pas le cas de nombreux Allemands.

Jens Spahn en compagnie de Friedrich Merz, président de la CDU et chancelier allemand. © ANP / EPA

L’affaire fait également la une dans plusieurs médias allemands. “C’est hypocrite, Monsieur Spahn”, titre ainsi Bild. Selon Die Welt, la décision de l’ex-ministre de la Santé soulève des “questions fondamentales”: “Il est particulièrement contestable, surtout pour un haut responsable politique, d’utiliser à l’étranger un système interdit en Allemagne.”

Pour Der Spiegel, cette affaire donne l’impression que les règles ne s’appliquent pas à Jens Spahn et rappelle qu’il s’était également rendu à une fête pendant la pandémie de coronavirus, malgré ses fonctions au sein du gouvernement allemand.

Pas de réponse

Interrogé sur le sujet, Jens Spahn a répondu “avoir longtemps hésité” sur le recours à la GPA, comme le relève Bild. “J’étais partagé. Mais c’est précisément grâce à cette réflexion et à cet engagement sur le sujet que nous avons opté pour cette voie”, réplique-t-il, tout en affirmant savoir “en tant que chrétien” que “l’un relève de la doctrine pure et l’autre de la réalité, et que parfois, il n’y a pas de réponses tranchées ni de décisions faciles”.

Il rappelle en outre que la reconnaissance de la parentalité d’un enfant né par GPA n’est pas illégale en Allemagne, mais affirme regretter de ne pas avoir révélé sa démarche plus tôt. Lorsque la CDU a réaffirmé sa position contre la GPA en février dernier, la mère porteuse était déjà enceinte aux États-Unis. Il pointe enfin le fait qu’il s’est opposé à son propre parti lorsque la CDU s’est opposée à la législation du mariage pour les personnes de même sexe en 2017. “J’ai voté pour, et j’ai épousé mon mari.”

Le chancelier allemand Friedrich Merz (CDU) a félicité les nouveaux parents et s’est dit personnellement heureux pour eux. Cette affaire le met toutefois dans une position délicate aujourd’hui. Interrogé sur une éventuelle démission, Jens Spahn a déclaré que “seul le groupe parlementaire peut décider de la suite des événements”. “Mais une chose est claire pour moi, et j’en prends de plus en plus conscience chaque heure: il n’y a rien de plus important que ma famille.”

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