Hugging Face : trois fondateurs français milliardaires, mais aucun fonds tricolore au capital
Ils changent de dimension. Après le rachat officiel de leur startup Hugging Face par Nvidia, les trois cofondateurs de la pépite de l'IA, Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf pèsent près de 1,8 mill...
Ils changent de dimension. Après le rachat officiel de leur startup Hugging Face par Nvidia, les trois cofondateurs de la pépite de l'IA, Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf pèsent près de 1,8 milliard de dollars chacun, selon le Bloomberg Billionaires Index, qui estime leur fortune pour la première fois.
Nvidia prévoit de verser environ 11,9 milliards de dollars aux actionnaires de Hugging Face, auxquels s’ajoute un programme de rétention pouvant atteindre un milliard de dollars en actions. S'agissant des salariés, l'entreprise prévoit de distribuer jusqu'à un milliard de dollars de bonus, à ceux qui resteront dans l'entreprise, après le rachat, soit environ 5 millions de dollars par salarié.
L’opération doit être finalisée au premier semestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires. Thomas Wolf a indiqué sur Bloomberg TV que les trois cofondateurs resteraient au moins six ans dans l’entreprise. Nvidia s’est aussi engagé à maintenir la plateforme ouverte aux modèles, jeux de données et infrastructures de calcul de son choix.
Du chatbot pour adolescents au « GitHub de l’IA »
Fondée en 2016 par les trois Français, Hugging Face ne ressemblait en rien à la plateforme que Nvidia a décidé d’acquérir dix ans plus tard. Son premier produit était un chatbot conçu comme un compagnon virtuel pour adolescents. En 2018, lorsque la startup lève 4 millions de dollars, cette application traite encore un million de messages par jour.
Le projet grand public ne trouve pas son marché. L’équipe se concentre alors sur les technologies développées pour le faire fonctionner. En 2018, Hugging Face publie en open source une implémentation de BERT, le modèle de traitement du langage de Google. Ces travaux donnent naissance à Transformers, une bibliothèque qui devient l’une des briques centrales de l’écosystème de l’intelligence artificielle. Dès 2019, elle avait été téléchargée plus d’un million de fois.
Les levées suivent ce changement d’échelle. Hugging Face lève 15 millions de dollars en 2019, puis 40 millions en 2021. En 2022, un tour de 100 millions de dollars porte sa valorisation à 2 milliards. Un an plus tard, Salesforce Ventures, Google, Amazon, Nvidia, Intel, AMD, Qualcomm et IBM participent à une levée de 235 millions de dollars, sur la base d’une valorisation de 4,5 milliards. Au total, Hugging Face avait levé 395,2 millions de dollars avant l’accord avec Nvidia.
Des business angels français, mais aucun fonds français
La liste des investisseurs illustre le poids des capitaux américains dans cette trajectoire. Lux Capital mène la série A puis la série C. Addition prend la tête du tour de 2021. Sequoia et Coatue entrent ensuite au capital, avant l’arrivée des grands groupes technologiques américains en 2023. Aucun fonds de capital-risque français n’apparaît dans les tours de table publics de Hugging Face.
La France n’est pas absente pour autant. Des entrepreneurs français ont investi à titre personnel. Olivier Pomel, cofondateur de Datadog, et Florian Douetteau, fondateur de Dataiku, participent notamment à la levée de 40 millions de dollars en 2021. Olivier Pomel remet au pot lors du tour suivant.
Hugging Face avait pourtant sollicité des investisseurs français. En 2024, l’entreprise expliquait au Monde avoir « approché des fonds français », qui « n’ont pas misé au début » puis ne pouvaient plus investir les montants recherchés lorsque les besoins de financement avaient augmenté.
Dix ans après sa création, Hugging Face revendique plus de 18 millions de développeurs et chercheurs et plus de trois millions de modèles hébergés. Le parcours reste celui de trois entrepreneurs français. Son capital montre toutefois que l’essentiel du financement nécessaire pour accompagner ce changement d’échelle est venu de l’autre côté de l’Atlantique.