“Hsi Shih, la plus belle de toutes”, “Résurrection” et “Dust of angels” : trois visions des cinémas chinois et taïwanais
Si le support physique a perdu la bataille de la diffusion domestique des films depuis la multiplication des plateformes de visionnage, il l’emporte toujours auprès des amoureux du cinéma, pour ce qui est de la qualité, la curiosité, l’originalité. Démonstration cette semaine avec trois films chinois.
Si le support physique a perdu la bataille de la diffusion domestique des films depuis la multiplication des plateformes de visionnage, il l’emporte toujours auprès des amoureux du cinéma, pour ce qui est de la qualité, la curiosité, l’originalité. Démonstration cette semaine avec trois films chinois.
"Hsi Shih, la plus belle de toutes"
Vaincu par le puissant royaume de Wu, Goujian, roi sage et stratège du petit pays Yue, missionne la belle Hsi Shih : la jeune femme est offerte à la cour ennemie dans le but secret de séduire l’arrogant roi de Wu Fucha, le roi de Wu, et de détourner son attention pendant qu’il prépare sa revanche…
Réalisé en 1965 à Taïwan par Li Han-hsiang, l’un des plus grands réalisateurs chinois, par ailleurs mentor de King Hu, Hsi Shih, la plus belle de toutes est une fresque antique grandiose d’une ampleur et d’une ambition sans commune mesure (155 minutes, tout de même), qui entremêle intrigues de palais, drame romantique et grand spectacle. On se perd parfois dans ses circonvolutions shakespeariennes, mais on est toujours rattrapé par ses costumes raffinés, ses décors somptueux, sa figuration profuse et surtout sa mise en scène éblouissante. Bref, une découverte majeure proposée par Carlotta dans une restauration 4K impeccable, assortie d’un éclairant portrait du cinéaste par Frédéric Ambroisine.
Résurrection
"Dans une époque sauvage, les gens ont découvert le secret de l’immortalité : ne plus rêver. Comme une bougie qui ne se consume plus, ils existent à jamais. Certains rêvent en cachette, ce sont les “Révoleurs”. Avec eux, la réalité est douleur, l’Histoire, chaotique et le temps se convulse." C’est par ce carton que s’ouvre le film le plus cinématographique, le plus cinéphilique de l’année et, peut-être, le plus beau que nous ayons vu en 2025. Un voyage visuellement époustouflant de 160 minutes à la suite d’un “Révoleur” qui va traverser les époques (cinq), les genres (cinématographiques), les esthétiques, les formats…
Pour s’en régaler il convient à la fois de s’accrocher un peu et de s’abandonner beaucoup mais cela fait, quel trip ! Potemkine propose ce bijou en blu-ray, accompagné notamment d’un chouette court métrage de Bi Gan, judicieusement titré A short story.
Dust of angels
Ados rebelles aussi paumés que débordant d’énergie, Guo et Doa traînent leur rage de vivre dans la petite ville de Peikang, se droguent, se battent et fricotent avec la pègre. Au point d’un jour suivre leur mentor à Taïpei, dans une spirale de violence…
Produit par Hou Hsiao-hsien, le plus célèbre cinéaste taïwanais, Dust of angels est, en 1992, le premier long métrage de Hsu Hsiao-ming qui ne suit pas directement les pas de son mentor. S’il partage un peu de son filmage contemplatif légèrement distant (narration au flottement naturaliste, plans qui laissent advenir l’action, cadres subtilement composés…), il adopte un ton plus brut, violent, qui renvoie au néo-polar 70’s étatsunien et à son cousin 80’s hongkongais, l’héroïsme en moins. Mais derrière ses éclats de film de gangsters, c’est un portrait très sombre, limite désespéré, qu’il brosse de la jeunesse taïwanaise de la fin du siècle passé. Remarquable !