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HPE : une intelligence artificielle peut-elle survivre sur la Lune ?

Avec le HPE Spaceborne Computer-4, Hewlett-Packard Enterprise veut tester le fonctionnement d'une infrastructure capable de faire fonctionner une intelligence artificielle dans les conditions extrêmes

Publié le 21 octobre 2026 à 13:20 par Christian D.

Avec le HPE Spaceborne Computer-4, Hewlett-Packard Enterprise veut tester le fonctionnement d'une infrastructure capable de faire fonctionner une intelligence artificielle dans les conditions extrêmes de la surface lunaire.

lune canyon Vallis Schrodinger

Avant la fin de l'année, l'entreprise Hewlett Packard Enterprise (HPE) va envoyer son quatrième ordinateur spatial, le Spaceborne Computer-4 (SBC4), sur la Lune.

Le système sera intégré au rover FLIP d'Astrolab, qui atterrira près du pôle Sud dans le cadre du programme CLPS (Commercial Lunar Payload Services) de la NASA.

La mission vise à prouver qu'il est possible d'exécuter des tâches d'intelligence artificielle et de calcul intensif directement sur le sol lunaire, préparant ainsi le terrain pour une infrastructure qui soutiendra les futures bases habitées et l'économie lunaire émergente.

Pourquoi envoyer un supercalculateur sur la Lune ?

Même si la Lune est notre plus proche voisine, il faut environ 2,5 secondes pour qu'un signal fasse l'aller-retour avec la Terre. Ce délai, bien que faible comparé à Mars, rend tout contrôle en temps réel extrêmement délicat.

De plus, la bande passante pour transmettre des données brutes, comme des images à très haute résolution ou des relevés de capteurs, est très limitée. L'idée est donc de traiter un maximum d'informations sur place pour n'envoyer que les résultats, les « insights ». C'est le concept de l'informatique « à la périphérie de la périphérie » (at the edge of the edge).

Astrolab rover FLIP

En installant un véritable cerveau déporté sur le rover, on lui donne une autonomie de décision et d'analyse sans précédent. L'ordinateur peut analyser en direct les données des caméras et du LiDAR pour naviguer ou cartographier le terrain.

Cela transforme radicalement l'exploration en la rendant plus efficace et moins dépendante du cordon ombilical numérique avec le centre de contrôle. C'est un pas décisif pour l'informatique spatiale, qui préfigure les futures infrastructures autonomes.

Quelle est la fiche technique de cet ordinateur lunaire ?

Le Spaceborne Computer-4 est une petite merveille de densité technologique. Mesurant environ 12 sur 25 centimètres pour quelques centimètres d'épaisseur, il est conçu pour être léger, compact et sans ventilateur.

Le secret de son processeur central (CPU) et de son processeur graphique (GPU) est pour l'instant bien gardé, le partenaire technologique de HPE préférant attendre le succès de la mission pour révéler son identité.

Une prudence compréhensible pour une mission à si haut risque. Ce que l'on sait, c'est qu'il est équipé de deux SSD Kioxia en miroir, pour une capacité totale de 1 To.

Mona Luna rover lunaire

Le plus surprenant est que la plupart des composants sont des produits commerciaux standard, c'est-à-dire non spécifiquement conçus pour l'espace.

L'entreprise HPE capitalise sur des années d'expérience acquises à bord de la Station Spatiale Internationale (ISS) pour créer un système résilient. Il ne s'agit pas de la machine la plus puissante sur Terre, mais elle sera, de loin, l'ordinateur le plus performant jamais opéré sur un autre corps céleste.

Comment ce système peut-il survivre à l'environnement lunaire ?

La surface de la Lune est un enfer pour l'électronique : vibrations extrêmes au lancement et à l'atterrissage, variations de température importantes et un bombardement constant de rayons cosmiques et de radiations solaires.

Pourtant, HPE a fait un pari audacieux : au lieu d'un blindage physique lourd et coûteux, l'essentiel de la protection est logicielle. C'est ce que les ingénieurs appellent le « durcissement matériel par le logiciel ».

Le système utilise ses cycles de calcul inoccupés pour se surveiller en permanence. Si un paramètre dévie, comme une surchauffe ou une erreur due à une particule cosmique, le SBC4 peut décider de ralentir sa cadence, de redémarrer ou même de se mettre en veille pour se protéger.

L'expérience de HPE sur l'ISS a montré que les pannes de SSD étaient souvent dues à de mauvais condensateurs, pas aux radiations.

Quelles expériences l'IA va-t-elle mener une fois sur place ?

Le Spaceborne Computer-4 ne va pas chômer. Son programme est un véritable laboratoire à ciel ouvert. Il exécutera des tests sur des modèles de langage (LLM) optimisés, notamment un système RAG (Retrieval Augmented Generation) qui aidera à fouiller et interpréter les documents de bord.

Il analysera également les données visuelles et LiDAR pour la cartographie et l'aide à la navigation du rover lunaire. Ces capacités sont essentielles pour préparer la construction de futures infrastructures.

En parallèle, des benchmarks de calcul haute performance, comme Linpack, seront lancés. Ils pousseront la machine dans ses retranchements et pourraient même servir à générer de la chaleur pour protéger les composants du gel pendant la longue et glaciale nuit lunaire de 14 jours.

D'autres partenaires comme la NASA et Deloitte testeront des solutions de coordination d'IA (projet FLUID) et de cybersécurité prédictive (Silent Shield), faisant de cette mission un test grandeur nature pour l'ensemble de l'écosystème de l'exploration spatiale de demain.

Journaliste GNT spécialisé en mobilité / Ante-Geek des profondeurs du Web et d'ailleurs

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