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Après les pillages, la facture et la fracture des commerçants

Fragilisés par les violences et la concurrence, des commerçants envisagent de se protéger eux-mêmes, ravivant les craintes de dérives sécuritaires et judiciaires.Si on cherche les signes d’une dégradation de no...

Fragilisés par les violences et la concurrence, des commerçants envisagent de se protéger eux-mêmes, ravivant les craintes de dérives sécuritaires et judiciaires.

Si on cherche les signes d’une dégradation de notre cohésion nationale, c’est bien dans cette catégorie socio-professionnelle qu’on la trouve, comme le note le philosophe et universitaire Pierre-Henri Tavoillot.
"On voit que les commerçants commencent à se dire qu’ils vont se protéger par eux-mêmes, l’idée de milice émerge." (mercredi matin, sur France Inter)
Pierre-Henri Tavoillot parlait même d’un « embryon de guerre civile »…

Des commerçants face à la menace et au désespoir

Mais il y a les faits, corroborés par le cabinet du ministre du commerce, lui-même ex-patron de système U, Serge Papin !

Quand des commerçants désespérés lui disent qu’ils finiront par se faire justice eux-mêmes, ce ne sont pas des paroles en l’air… Surtout quand s’y ajoute la maladresse d'un préfet de police de Paris, Patrick Faure, qui leur conseille de faire appel à des agents de sécurité privée.
Rien ne va dans cette économie où les plateformes numériques écrasent le petit commerce en dur, qui, lui, s’expose au risque, réel, de destructions.

A Paris, les armureries ne connaissent pas la crise : certaines enseignes ont vu leurs commandes d’armes de défense non létales faire X 10 ! Les commerçants s'équipent.

Entre armement et promesses de soutien de l'État

C’est normalement à l’Etat de garantir, et la liberté de manifester, et le droit à la sécurité et à la propriété.
D’où les paroles de compassion venues d’en haut depuis le 17 octobre : le ministre Serge Papin multiplie les rencontres, quitte à en "prendre plein la gueule", comme l’assume son conseiller presse.
Il va dévoiler, dans les prochaines 48 heures, un fonds de soutien, en plus des mesures déjà prises pour les assurances, le chômage partiel et les prêts à taux zéro.

Les leçons du passé et la question de la justice

Je ne vous refais pas un cours sur le poujadisme… Mais j’ai retrouvé cette archive d’une période très chahutée, en pleine Trente Glorieuses : en 1969, certains artisans et commerçants sont au bord de la crise de nerfs. Trop d’Etat, trop d’impôts, trop de grandes surfaces.
Avec un leader syndical à leur tête, Gérard Nicou, secrétaire général de la CIDUNATI, la Confédération intersyndicale de défense et d'union nationale des travailleurs indépendants.

"Chez nous, chez les commerçants et artisans, il y a aussi les risques du métier, et il n’y a pas de raison que les préfets et les ministres ne connaissent pas les risques du métier, qui sont parfois de se faire enlever. Si je vais en prison, je sais que mes amis feront tout pour m’en sortir. " (Au micro de Philippe Gildas, sur la 1ère des 2 chaînes de l'ORTF, en novembre 1969)

Fonctionnaires et policiers pris en otage, actions coup de poing pour piller les registres des centres des impôts. Gérard Nicoud passera effectivement par la case prison.

Le risque des dérives et des milices citoyenne sur le terrain de la république et du droit

Ce qui n’empêche pas de méditer ces mots du procureur de la République d’Alès, Abdelkrim Grini.

"Dans un Etat de droit, on ne peut pas accepter ces dérives, qui consistent à s’arroger le droit de se venger, d’exercer la loi du talion : rendre la justice n’appartient qu’à l’autorité judiciaire." (Abdelkrim Grini, qui s’exprimait sur Arte, le 17 juin dernier)

Depuis 2002, des millions de Français ont adhéré à la plateforme collaborative « Voisins Vigilants et Solidaires ». Tant qu’il s’agit de vigilance et de solidarité, c’est un plus pour faire République. La bascule vers la milice citoyenne, de plus en plus banalisée aux Etats-Unis, nous conduirait sur une pente terriblement glissante.
Les appels de l'ultra-droite à se porter volontaires pour protéger les commerces les jours de manifs sont un autre signal d'alerte.

À écouter

France Inter

22 min