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« La pire idée de ma vie » : pourquoi je regrette tellement d’avoir vendu ma BMW 325is E30

L’automobile représente souvent des histoires passionnées, plus que raisonnées. Cet été fut l’occasion, pour chaque membre de la rédaction, de revenir sur une voiture considérée, à titre personnel, comme l’une des meilleures du monde malgré moult défauts. Suivez nos plaidoiries sur une voiture essayée ou possédée, en toute mauvaise foi, donc à l’exact opposé de nos essais objectifs, avec un premier épisode sur la BMW 325is E30 de notre essayeur Alan Froli.

Histoire d’amour : la BMW 325is E30…

Alan Froli

L’automobile représente souvent des histoires passionnées, plus que raisonnées. Cet été fut l’occasion, pour chaque membre de la rédaction, de revenir sur une voiture considérée, à titre personnel, comme l’une des meilleures du monde malgré moult défauts. Suivez nos plaidoiries sur une voiture essayée ou possédée, en toute mauvaise foi, donc à l’exact opposé de nos essais objectifs, avec un premier épisode sur la BMW 325is E30 de notre essayeur Alan Froli.

Mes premiers émois pour l’automobile me viennent assurément d’une voiture de mon enfance, plus particulièrement d’une BMW Série 5 E12, précisément une 525i. Une voiture qui m’a marqué avant tout par la sonorité de son moteur et son ambiance intérieure… Et cela m’a poursuivi à l’âge adulte : bien qu’ayant su apprécier les bienfaits de moteurs plus petits, tant en termes de légèreté que d’encombrement, il me fallait un six cylindres en ligne à essence, si possible puissant, et l’odeur typique des productions bavaroises de l’époque.

Je commence fort avec une Série 3 E36 que l’on pouvait considérer comme sportive, en l’occurrence une 325is de 1993 dotée non seulement d’un moteur de 192 ch mais aussi de sièges enveloppants, de suspensions sport et d’un différentiel autobloquant. Une auto d’autant plus attachante qu’elle est dans un état irréprochable mais qui ne me comble pas totalement : en dépit de performances élevées (28s au 1 000 m D.A.) et d’un comportement rigoureux, elle m’apparaît trop aseptisée. Et parallèlement, je ne peux m’empêcher de reluquer la génération précédente.

D'une beauté fatale à une vieille décrépitre...

Après 30 000 km parcourus et une belle amende pour excès de vitesse, je me mets donc en quête de l’équivalent de ma voiture, avec quelques années de plus, à savoir une 325 E30 phase 2, également en « is » pour disposer des mêmes attributs sportifs que sur l’autre et auxquels s’ajoutaient, sur cet opus, une boîte de vitesses mieux étagée et les superbes jantes nid-d’abeille en 15 pouces. Nous sommes en 2004 : la voiture n’est pas encore trop rare, et une annonce sur l’édition papier de La Centrale attire mon attention vers un modèle de décembre 1989 (donc 170 ch, catalysé) et 216 000 km. Pas de photo. Je file rapidement en Seine-Saint-Denis, où je tombe sur une voiture pas fraîche mais saine, et dans une configuration rêvée pour moi : deux portes, sellerie cuir beige, et toit ouvrant électrique

Il n’en faut pas plus pour que je signe un pauvre chèque de… 2 600 € ! Au grand dam de ma mère, qui a l’impression de voir débarquer un bandit de grand chemin quand je reviens à son volant à la maison. Même les amis de la famille me font la morale en me disant que l’auto risque de desservir mon image de jeune journaliste.

Une BMW immatriculée AMG… avouez que cela rendait cette 325is E30 encore plus attachante.
Une BMW immatriculée AMG… avouez que cela rendait cette 325is E30 encore plus attachante.

C’est vrai que par rapport à la e36 que je possédais avant, ma E30 fait changer de trottoir avec ses yeux jaunes et sa peinture défraîchie (contrairement à ce que les photos d’époque laissent croire). Mais moi, elle me plaît, et je sais ce qu’elle vaut. Le coup de foudre a été immédiat dès les premiers tours de roues : le moteur bien plus présent dans l’habitacle, les grandes vitres gages d’une bonne visibilité, le design intérieur qui me rappelle mon enfance, tout m’enchante. Mieux, je n’y perds pas trop en performances avec seulement une demi-seconde de plus sur le 1 000 m D.A., soit 28s5, et les cotes supercarrées (alésage supérieur à la course) confèrent au bloc M20B25 un caractère rageur au-dessus de 4 000 tr/mn, et même un pic inattendu autour de 5 500 tr/mn.

Quand le mieux est l'ennemi du bien...

Bien sûr, l’auto n’est pas exempte de défauts. Déjà, elle consomme trop : alors que sa descendante pouvait se contenter d’à peine plus de 8 l/100 km, l’aînée ne réclame jamais moins de 10 l/100 km, même en écoconduite. Et côté comportement routier, elle souffre d’une direction trop démultipliée et d’un train arrière très mobile au lâcher d’accélérateur en courbe sous l’effet des transferts de masse. Mais chaque instant à son volant est un pur moment de bonheur, même sans rouler vite. Et sa vivacité en virage me permet de mettre en pratique ce que j’ai appris en école de pilotage.

Du reste, je comprendrais plus tard que chaque euro investi dans cette voiture limitée à 392 exemplaires (et encore moins dans cette configuration) n’est pas perdu. À mesure que je gagne de l’argent, je refais ce que mon portefeuille autorise : montage d’amortisseurs Bilstein B8, remplacement de la totalité des silentblocs, et enfin une peinture complète. Après cinq ans et plus de 55 000 km en sa compagnie, elle est quasi irréprochable. Même Maman finit par la trouver jolie. Sauf que l’envie d’acquérir une M3 e36 me pousse à la vendre. La pire idée de ma vie… De toutes les voitures que j’ai possédées, cette 325is est la seule que je regrette vraiment, même si les suivantes étaient intrinsèquement meilleures… Sans compter que si je la retrouvais aujourd’hui, il me faudrait sans doute débourser au moins six ou sept fois le prix auquel je l’ai vendue.